L’ambassadeur d’Erythrée est une femme

Hanna Simon s’est toujours battue. Engagée à 16 ans dans le Front de Libération de l’Erythrée, soldat dans les Forces combattantes, elle lutte aujourd’hui pour que son pays soit reconnu sur la scène internationale. Elle a inauguré la première ambassade d’Erythrée en France en 2001.

Madame l’ambassadeur d’Erythrée ne ressemble pas à sa fonction. Elle ne vit pas sous les lambris d’un hôtel particulier parisien, ne  » coktail «  pas à longueur de temps et ne pratique pas la langue de bois. Hanna Simon a ouvert la première représentation diplomatique de son pays en France en 2001. Elle a dû chercher elle-même l’appartement, essuyer les refus et les méfiances car l’immunité diplomatique des ambassades inquiète.

Depuis, elle tente de s’acclimater à Paris, ville  » difficile à vivre « . Les gens y sont indifférents ou franchement hostiles. Rien à voir avec Bruxelles,  » plus disciplinée, plus calme « , où elle a fait ses armes diplomatiques de 1999 à 2001. Il est rare de voir une femme africaine à ce poste.  » L’Erythrée est un petit pays, il a besoin d’être remarqué !  » plaisante-t-elle. Consciente que les relations internationales tiennent du jeu dans lequel il faut savoir « vendre et montrer une belle image de son pays « , Hanna Simon a tous les atouts en main. Car elle est belle.

Tingrinya contre Ahmaric

Qu’elle apparaisse en robe traditionnelle lors d’un vernissage ou reçoive dans son bureau en tailleur cintré, son visage fin aux airs de petite fille espiègle se remarque.  » Les gens ont tendance à plus écouter une femme « , soutient-elle. Les gens ont tendance à plus regarder une femme. Hanna Simon sait aussi s’imposer comme un homme, s’appuyant sur une expérience riche de plusieurs vies alors qu’elle n’a que 40 ans.

Elle passe son enfance et son adolescence à Addis-Abeba, en Ethiopie, mais a été  » élevée dans un cadre érythréen. Mon père nous répétait sans cesse qu’un jour nous aurions notre indépendance.  » Avec ses frère et soeurs, la petite Hanna défie les autorités, sur le chemin de l’école, elle parle ouvertement le Tingrinya, la langue érythréenne, devant les Ethiopiens. Elève brillante, son carnet faute en Ahmaric, qui reste pour elle la langue d’occupation.

Dans les forces combattantes

Fin 1977, elle rejoint le Front de libération de l’Erythrée. Elle a 16 ans. Si jeune ?  » Certains s’engageaient à 12 ou 14 ans. Comme le Front avait ses propres structures, des enfants de 2 à 8 ans étaient pris en charge et ils rejoignaient l’organisation après avoir grandi… Nous avions une telle détermination, nous voulions tellement l’indépendance…  » Une femme qui s’engage ?  » Les femmes représentent la moitié de la société, c’est une force à ne pas négliger. Nous avons été très nombreuses à faire la guerre. Il y a eu 30% de femmes dans les rangs du Front. Alors que j’étais prête à partir étudier en Europe, j’ai vu ces combattantes qui donnaient leur sang pour leur pays, je me suis dit que je n’avais pas de privilège. J’y suis allée.  »

La jeune Hanna suit un an d’entraînement, formée militairement et politiquement dans une petite unité du Front. Fin 1978, elle rejoint les forces combattantes. Elle y reste 3 ans et demi. Madame l’ambassadeur pose sa tasse de thé. Le regard est légèrement plus dur. Elle laisse filer sa mémoire. Premier cadavre, apparition morbide et traumatisante, première bataille, les balles qui sifflent. Les combats féroces, quasi au corps à corps. Simple combattante, elle devient assistante de section et il lui arrive même de mener des soldats en  » guerre dirigée « .

Méchante blessure

Elle est blessée quatre fois. La dernière blessure est de celles que l’on dit  » méchante « . La balle a traversé le genou droit, ressortant par le mollet. Elle devrait boiter. Même pas.  » C’est la chance « . Parmi les cinq membres de sa fratrie à s’être engagés, tous n’ont pas eu cette chance. Hanna y a perdu deux frères.

On retrouve ensuite la future ambassadrice au service des écoutes radio, elle y parfait son anglais, son français et ses connaissances des relations internationales.  » Cette expérience a plus de valeur pour moi que d’avoir étudié à l’Université « . La preuve : jusqu’à la Libération, en 1991, elle est responsable des services d’écoute du département de l’information, puis elle passera par les ministères de la Pêche et des Affaires étrangères, avant d’être nommée ambassadeur en Belgique en 1999.

Femmes d’Erythrée

Aujourd’hui, elle a foi en l’avenir de l’Erythrée.  » Mon pays a besoin de paix avant tout. Nous sommes entre 3,5 et 4 millions d’habitants, la population est travailleuse. Il suffit de bien organiser le peu de ressources que nous avons pour réussir à nous affirmer dans la communauté internationale.  »

Quant aux femmes érythréennes, elles ont, à l’image d’Hanna, gagné leur place en combattant aux côtés des hommes pendant la guerre d’indépendance et comptent bien la conserver. Lors des élections régionales, 30% des places sont réservées aux femmes et celles-ci peuvent se porter candidates aux élections générales. Les quinze ministres du gouvernement comptent trois femmes dans leurs rangs. L’Erythrée serait-il l’un des pays les plus paritaires d’Afrique ? A voir Hanna Simon, certainement.

Photo d’Hanna Simon.