L’ambassade américaine au Togo assiégée

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Plusieurs dizaines de personnes, constituées en « Collectif des victimes du Diversity Immigrant Program », organisent depuis plus de deux semaines un sit-in devant l’ambassade américaine à Lomé. L’indifférence des diplomates américains face à leurs revendications les pousse à passer à l’étape supérieure : la grève de la faim. Les manifestants entendent ainsi protester contre le refus des autorités consulaires américaines de délivrer le visa aux gagnants.

Notre correspondant à Lomé

Les manifestants exigent de l’Ambassade des Etats-Unis, qu’elle « réhabilite » ceux qui n’ont pas été retenus, ou qu’elle leur rembourse les frais afférant à la demande du visa. « Nous réclamons simplement nos droits. Nous avons été opprimés par le consulat de l’ambassade des USA qui refuse injustement de nous délivrer nos visas. », estime Youssouf Kpéléawo, le responsable du collectif.

visaTogo1.jpgIls brandissent des banderoles et autres pancartes sur lesquelles on peut lire « nos visas ou rien », « Gorges Bush au secours ! »… Autant de messages qui expriment leur désarroi. A cause des dettes contractées « dans le cadre de la loterie DV program, les victimes affirment être « poursuivis partout ». Selon les plaignants, « il y a des décès, des malades » dans les rangs des demandeurs.

«Nous n’avons pas l’intention de baisser les bras. S’il faut mourir, nous mourrons ici », a martelé le responsable du collectif. Il a par ailleurs a évalué à près de 3 milliards (environ 460 000 euros) « la somme récoltée par l’ambassade dans cette histoire de loterie ».

Pour les plaignants, une convocation pour passer l’interview, sous-entend que vous répondez aux critères de sélection. « Nous sommes sûrs de remplir toutes les conditions de la loterie visa. Nous ne savons pas pourquoi l’ambassade refuse de nous octroyer le visa », s’étonne Laurent Nimon, la cinquantaine dépassée, et père de quatre enfants, tous dans le même cas. Ce dernier préfère ne plus calculer les frais engagés dans cette aventure.

L’Oncle Sam victime de la vie chère

visaTogo2.jpgFace au refus que subissent les victimes de la loterie visa, certains songent déjà à leur reconversion. « J’ai déjà dépensé plus d’un million de francs CFA. J’étouffe financièrement. S’ils me retournent les sous, je ne crois plus partir. Je préfère les gérer autrement et faire face à la vie chère », estime plutôt Bill Fernand, mécanicien. Pour Aicha Tall, commercante, les choses deviennent de plus en plus dures. « Ma stratégie est de faire du commerce pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille (3 enfants à charge) en attendant le retour à la normale du coût de vie », confie-t-elle.

Dans un communiqué, l’Ambassade dit avoir « expliqué au groupe des demandeurs que la législation américaine en matière de visa n’autorisait pas le réexamen des dossiers du Programme Diversité Visa, au-delà du 30 septembre de l’année de la loterie ».

visaTogo3.jpgSelon les autorités consulaires, il est clairement indiqué dans les textes que « l’obtention du statut final de gagnant est conditionné par un entretien préalable avec les services diplomatiques et d’immigration. (…) Si le gagnant remplit toutes les conditions fixées (bac, qualification professionnelle, statut familial, etc…), le visa lui sera accordé. Dans le cas contraire, un refus lui sera signifié sans que l’ambassade n’ait à en justifier les motifs ».

En outre, la représentation diplomatique américaine a régulièrement rappelé aux demandeurs que les frais engagés au moment de la demande n’intervenaient que pour l’entretien avec le candidat, « non pour la décision finale ».

Les délégués du collectif n’ont pas jusqu’alors été reçus par les autorités consulaires américaines.

Le Diversity Immigrant Program est une loterie instituée par le gouvernement américain, et qui permet aux immigrés de vivre et de travailler aux Etats-Unis après l’obtention de la « green-card ».