L’Algérie se barricade contre les partis islamistes

Le gouvernement algérien a adopté mardi une nouvelle loi sur les partis visant à interdire le retour du Front islamique du salut sur la scène politique. Alors que le pouvoir annonce une réforme-clé, d’autres parlent d’une restriction du champ d’action de l’opposition.

Ils étaient 287 députés sur les 389 que compte l’Assemblée nationale algérienne à voter favorablement contre le retour de toute personne « responsable de l’exploitation de la religion ayant conduit à la tragédie nationale de fonder un parti politique ou de participer à sa création». En ligne de mire : le Front islamique du salut (FIS). Aujourd’hui dissous, le FIS est accusé d’avoir mené des actes de violences dans les années 1990. On parle alors de la « décennie noire » qui a fait 60 000 à 150 000 morts. Force est de constater que la majorité gouvernementale ne souhaite pas le retour du FIS. Un projet de loi voté dans la foulée après les victoires succinctes du parti Ennahda en Tunisie et du Parti Justice et Développement au Maroc. Alors qu’en Egypte, les Frères musulmans et les Salafistes ont remporté 42 sièges lors du premier tour des élections législatives, selon les résultats préliminaires annoncés mercredi par la presse locale.

Le projet de loi a principalement été soutenu par les partis nationalistes du Front de libération nationale (FLN) et le Rassemblement national démocratique (RND), appuyé par le parti islamiste modéré du Mouvement de la société pour la paix (MSP). Les trois partis forment l’alliance présidentielle qui soutient le président Abdelaziz Bouteflika.

Une « réconciliation nationale » limitée

« La charte pour la paix et la réconciliation nationale », approuvée par référendum en 2005, est une aubaine pour les militants du FIS qui voient en cette mesure une opportunité de revenir doucement mais sûrement dans la politique. L’ordonnance d’application a permis la libération d’activistes islamistes et même d’anciens émirs des Groupes islamistes armés (GIA) et des membres du Groupe salafiste de prédication et de combat (GSPC). Les réformes politiques exprimées par le président Bouteflika lors de son discours du 15 avril 2011 ont par ailleurs été un grand espoir de retour en politique pour les anciens cadres du FIS. Raté. Le projet de loi sur les partis politiques, acté le 12 septembre par le Conseil des ministres, leur en interdit formellement.

Cette décision a été critiqué par le chef historique du FIS dissous, Abassi Madani, réfugié à Doha, capitale du Qatar. D’après lui, cette loi va à l’encontre des « conventions internationales sur les droits politiques et civiques ». Dans un communiqué, il a appelé les partis algériens à la rejeter. La nouvelle loi laisse au ministère de l’Intérieur la décision de valider ou non toute nouvelle formation politique. Celui-ci a 60 jours pour se prononcer.

Le régime à pris la décision de choisir lui-même ses concurrents. En 1991, le FIS remportait les élections législatives en Algérie. Une onde de choc pour le gouvernement et l’Occident. Désormais, un barrage d’envergure empêche le FIS dissous de réitérer sa prouesse.

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