L’Algérie parie sur l’aquaculture

Un vaste programme de développement de l’aquaculture a été lancé par le ministère de la Pêche algérien. Pragmatique et ambitieux, il vise la création de 10 000 emplois directs en cinq ans. Investisseurs à vos filets.

Venez à nous les petits poissons. Le Plan national de relance de l’aquaculture (PNDA), lancé ce week-end par l’Algérie, concilie (non sans pragmatisme) politiques de l’emploi, sécurité alimentaire et développement économique.

Ce programme de cinq ans élaboré par le ministère de la Pêche et des ressources halieutiques affirme clairement son ambition : créer 10 000 emplois directs et 50 000 indirects d’ici 2005. Pour100 000 hectares de parcs aquatiques. Produire 30 000 tonnes de poissons par an destinés tant à la consommation intérieure qu’à l’exportation. Ambitieux, le PNAD l’est également de par les moyens employés par l’Etat qui financera 48% du programme. Soit 2,122 milliards de dinars – un peu plus de 200 millions de FF. Le reste sera assuré par des opérateurs privés et un  » mixte « , l’office national pour la production en aquaculture (ONPDA).

L’eau est précieuse, profitons-en

Une offensive  » tout azimut « , selon l’expression de Kamel Djeffel, directeur du département Développement de l’aquaculture créé à l’occasion, qui part d’un constat simple. Les pêcheurs algériens sortent chaque année dans leurs filets environ 100 000 tonnes de poisson. Le cap critique des 160 000 tonnes/an (limite à partir de laquelle la biomasse ne se renouvelle plus) arrive à grands pas. Sans pour autant  » parvenir à satisfaire la consommation intérieure « , fait valoir M. Djeffel. Seules solutions : l’importation ou l’aquaculture.

L’originalité de ce projet tient dans son grand pragmatisme. Ses initiateurs entendent profiter des espaces aquatiques existant à travers tout le territoire algérien. Sur le littoral, les centrales hydroélectriques du Cap Ginette (wilaya de Boumerdes) et de Jijel à l’Est, devraient être le théâtre de deux fermes marines produisant respectivement 1000 et 2000 tonnes de loups et dorades. Des parcs à moules seront également constitués. Ailleurs, ce seront les barrages et les lacs naturels qui seront mis à contribution pour produire de l’anguille, de la carpe argentée, du mulet (qui survit bien dans les eaux douces), du Sandre et du Black Bass.

Ailleurs encore, le ministère de la Pêche et des ressources halieutiques entend utiliser les étangs artificiels, retenues collinaires et les oueds du Grand Sud utilisés pour l’irrigation.

 » Le Sahara est riche en eaux souterraines. Les petits étangs créés pour l’agriculture, constituent un milieu favorable pour le Tilapia. Nous allons en importer d’Egypte « , explique le responsable du ministère. Ajoutant :  » L’aquaculture reste marginale en Algérie. Mais nous nous fondons sur des études et des expériences menées il y a quinze ans qui ont donné d’excellents résultats. Nous connaissons les débouchés intérieurs et extérieurs. Nous avons pu constater que le marché intègre facilement de nouvelles espèces. Voilà pourquoi nous pouvons affirmer que ce projet est réaliste ».

En ciblant les campagnes, le PNAD vise aussi à limiter l’exode rural qui tend à asphyxier les agglomérations urbaines. Un monde rural durement touché par le chômage qui avoisine les 30% de la population sur l’ensemble du pays.