L’Algérie accueille mal les migrants africains

Les Noirs africains, candidats à l’exil vers l’Europe, sont de plus en plus nombreux à se fixer en Algérie. Faute de moyens pour poursuivre l’aventure. L’Etat algérien ne sait pas comment gérer ce phénomène.

Alger, port Saïd. Les Noirs africains s’ennuient. L’Europe est trop loin, Alger n’est pas sûre. Bamako, Niamey se trouvent dans le passé. Le port d’Alger est très surveillé. Inaccessible. Les policiers contrôlent toutes les entrées et sorties. De peur des islamistes.

Ahmadou savait que c’était difficile de rejoindre l’Europe par Alger. Il a réalisé que c’est impossible.  » Cela fait deux ans que je traîne à Alger. C’est intenable. Je veux partir à Tanger. Ici, il n’y a ni boulot, ni respect « . Ahmadou souffre de l’indifférence des Algériens. Quand ce n’est pas du racisme.  » Avant, je sortais dans la rue avec une Algérienne. Ce n’est plus possible. Il y a toutes les nuances dans les regards : du plus sympathique au plus outré. Le racisme n’est pas affiché mais il est très présent « .

Le quartier Port-Saïd était le point de chute des Noirs africains candidats à l’exil, un point de passage vers l’Europe. Depuis  » les évènements d’Algérie « , les hôtels du quartier ont été réquisitionnés pour les policiers et autres personnes menacées. Les prix se sont envolés et les tracasseries policières plus fréquentes. Les  » immigrés  » sont priés de se rendre moins visibles dans la capitale.

Ruée vers l’or noir

Depuis l’année dernière, les autorités algériennes ont raccompagné  » à leur demande « , les émigrés clandestins. Si ces rapatriements, dont le dernier a eu lieu fin novembre, se sont déroulés sans incident, il plus que permis de mettre en doute la volonté des rapatriés de rentrer chez eux.  » Ils vivaient dans des conditions abominables. Les filles se prostituaient pour manger. Les hommes les payaient avec un paquet de lahda ( marque de lait en poudre). Elles étaient des esclaves « , se rappelle avec écoeurement Abida, bénévole dans une association d’aide aux migrants.

La plupart des postulants à l’Eden européen s’arrêtent dans le sud algérien, faute de moyens financier pour poursuivre l’aventure. Le cauchemar commence. A Tamanrasset, ville frontalière avec le Mali et le Niger, et à Djanet, ils grossissent les rangs des réfugiés touaregs maliens parqués dans des centres d’accueil en banlieue.

L’Europe devient vite un vieux rêve. Le prix du billet pour Alger coûte plus de dix milles dinars (1000 FF).  » Je travaille de six heures du matin à la tombée de la nuit pour 400 dinars. Quelques fois, les patrons refusent de me payer car ils savent qu’on ne peut pas se plaindre aux autorités. Il y a même une famille qui m’a proposé de m’acheter ma fille. La patronne se disait prête à me payer un billet pour le Canada ! », témoigne Mamadou, plus amusé qu’offusqué.

Tous attendent un assouplissement des autorités algériennes pour acquérir la nationalité.  » Le gouvernement algérien est très retors. La nationalité algérienne s’acquiert par le sang (hérédité) mais il sait fermer les yeux quand il veut « , remarque malicieusement Mamadou. Au début des années 90, il suffisait de trouver deux témoins attestant de la nationalité algérienne pour l’acquérir. Les mairies ont reçu l’ordre se montrer très souples.