L’agriculture marocaine made in bio

L’agriculture biologique a de beaux jours devant elle au Maroc. Un marché d’exportation en pleine croissance et des agriculteurs motivés : le bio marocain envahit les étalages européens.

Nous sommes le 18 janvier et Fruit Logistica, le Salon Bio allemand de Nuremberg, vient d’ouvrir ses portes. 2500 fermiers bio du monde entier ont fait le déplacement. Parmi eux : les Marocains. Pour sa première participation à ce genre de salon, le Maroc est représenté par l’Association marocaine des producteurs et exportateurs de produits biologiques, avec à sa tête, M. Khajji.

Cette présence marque la volonté du royaume chérifien de prendre sa place sur le marché florissant des produits biologiques.  » Le Maroc est un pays à vocation agricole et il n’y a pas de raison pour qu’il rate la révolution du bio « , clame M. Khajji. L’agriculture biologique a commencé à se développer au Maroc il y a une dizaine d’années. A cette époque, elle ne concerne que quelques personnes.

Un marché bio dynamique

Depuis, son développement est rapide. Le nombre d’hectares consacrés au bio augmente régulièrement chaque année. En 1990, selon le Centre marocain pour la promotion des exportations (CMPE), une dizaine d’hectares sont concernés. Aujourd’hui, Lahcen Kenny – enseignant et chercheur à l’Institut agronomique et Vétérinaire Hassan II à Agadir – avance le chiffre de 12 500 hectares, découpés en petites (1 à 2 hectares) et moyennes (de 20 à 50 hectares) exploitations. Ces dernières ne dépassant jamais les 100 hectares.

Le marché bio marocain est pour le moment tourné à 100% vers l’exportation.  » Certains produits ont un avenir très prometteur et connaissent des progressions énormes, comme la tomate ou les agrumes « , note M. Kenny. L’Europe en est le principal importateur, avec en tête, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni.  » Pour l’année 2000, nous avons exporté 6600 tonnes de produits, contre 800 tonnes en 1994 « , remarque le CMPE. Les produits qui ont le plus de succès : le maraîchage, les agrumes, l’huile.

S’il existe un marché national, il est  » dormant « , selon l’expression de Lahcen Kenny.  » Il y a un réel besoin émanant d’une certaine classe de la société marocaine. Car même pour le Marocain moyen les produits bios sont tout à fait accessibles. Et puis d’un point de vue socio-psychologique, il faut savoir que les Marocains sont habitués à manger des produits naturels, ce que nous appelons  » beldi  » ( » produit naturellement « ). Notre système de production est extensif mais basé sur des approches saines, presque biologiques.  »

Biographies très bio

On peut les classer en trois groupes les agriculteurs qui se lancent dans l’aventure. Ceux qui utilisent déjà des « intrants » proches de ceux utilisés dans le bio.  » Ceux-là se reconvertissent et nous mettons un support technique à leur service. Ils représentent seulement 20 à 25% de nos producteurs car nous n’avons pas les moyens financiers de les accompagner dans une reconversion qui dure entre 2 et 3 ans « , explique M. Khajji.

D’autres possèdent des terrains vierges et veulent commencer directement leur exploitation par le bio. Certains, enfin, sont de gros producteurs-exportateurs travaillant avec des centrales d’achat et, qui devant la demande forte de produits bio, reconvertissent une partie de leur agriculture traditionnelle en agriculture biologique.

Azzemout, eldorado du bio

Les principales régions de production sont Agadir pour le maraîchage, Marrakech pour l’arboriculture, Taroudant, Skhirat, Meknès et surtout Azzemour, promise à un bel avenir. C’est dans cette région du centre que M. Khajji a repris les terres de ses parents. Il cultive du bio depuis 3 ans. Entre les serres et les plains-champs, 60 hectares environ sont consacrés à la production d’une quinzaine de produits biologiques. Tomate, melon, haricot, fraise, petit pois, maïs doux, betterave, aubergine, concombre…  » Dans le bio, nous avons besoin d’une rotation très importante. Nous cultivons plusieurs produits en moyenne quantité « , explique-t-il.

Son exploitation emploie 10 à 12 personnes à l’hectare :  » On désherbe à la main et on travaille sur de petits produits comme les fraises ou les petits pois qui sont ramassés à la main « , explique l’agriculteur. C’est donc une activité fortement mobilisatrice de main-d’oeuvre.

L’un des principaux avantages à cultiver bio est bien sûr de pouvoir vendre sa production plus cher,  » mais nous n’avons pas les mêmes moyens ni la même productivité que dans le traditionnel « , tempère M. Khajji,  » les 2 ou 3 premières années dans le bio sont très difficiles. Il faut refaire le sol, reconstituer la faune et la flore. Cela prend du temps.  »

Le Maroc ne bénéficie pas encore d’un label  » Agriculture biologique  » mais cela ne saurait tarder. La réglementation est, en effet, à l’étude au Parlement marocain. Pour ceux qui ne croient pas encore à l’avenir du bio marocain, rendez-vous est pris : un symposium international sur l’agriculture biologique aura lieu à Agadir du 7 au 10 octobre 2001.