L’Afrique sous le signe du Soleil levant

Discrètement mais sûrement, la Chine populaire resserre les liens avec ses amis africains. A la fois bailleur de fonds, partenaire économique et politique, le géant asiatique s’affirme comme l’interlocuteur incontournable des dirigeants du continent. Enjeux et décryptage de l’omniprésence chinoise.

Jeudi dernier, Laurent Gbabo, le président ivoirien, en visite à Pékin, rencontrait son homologue chinois Jiang Zemin. A peine deux mois auparavant, c’est Mohammed VI, roi du Maroc, qui rendait visite au dirigeant chinois. Et quand ce ne sont pas les chefs d’Etat africains qui se déplacent, c’est la Chine qui vient à eux. Jiang Zemin en personne vient d’achever une tournée de deux semaines qui l’aura emmené du Nigeria à la Tunisie en passant par la Libye. Entre le continent et le pays du soleil levant les relations politiques sont manifestement au beau fixe, visites rapprochées sur fond de coopération économique fructueuse.

Coopération économique à deux vitesses

Le fait n’est pas nouveau. Depuis la conférence de Bandoeng en 1955, la Chine n’a cessé de renforcer ses liens avec les pays émergents, et notamment avec l’Afrique. Mais depuis le début des années 90, et plus particulièrement ces trois dernières années, les échanges entre la République populaire et le continent ont augmenté de façon significative. De 958,69 millions de dollars en 1980, ceux-ci se sont multipliés par cinq pour s’élever, en 1998, à 5535,87 millions de dollars.

Si la relation reste inégale – la Chine exporte quatre fois plus vers l’Afrique que l’Afrique vers la Chine – la Chine joue de plus en plus un rôle de bailleur de fonds qui sert largement les intérêts africains. Et la création, en 1996, de  » centres pour l’investissement et le commerce  » dans dix pays d’Afrique ne fait que renforcer cette collaboration. Depuis 1998, partenaires chinois et africains se rencontrent régulièrement lors des  » séminaires Chine-Afrique des fonctionnaires de gestion économique « , où il est chaque année promis que la balance commerciale entre les deux parties connaîtra bientôt l’équilibre.

Un partenaire idéal

Pourquoi la Chine reste-t-elle un partenaire idéal pour beaucoup de pays d’Afrique ? D’abord parce que, contrairement à certains partenaires occidentaux, elle ne met jamais en cause la forme des régimes avec lesquels elle traite. Seule lui importe la stabilité politique du pays, profitable aux échanges. Solidaires à l’Onu, la Chine et la plupart des pays africains font toujours front commun dès que le thème des droits de l’homme est abordé. Et pour consolider cette belle entente, le Parti communiste chinois a établi des relations amicales avec une quarantaine de partis politiques africains, toutes tendances confondues.

La Chine est également le partenaire économique rêvé. En demande de matières premières, que ce soit de pétrole, de cacao, de café ou de sucre, la République populaire exporte son savoir-faire. Dans l’électricité, elle vient par exemple de décrocher le plus gros projet de centrale jamais entrepris au Nigeria, pour une valeur de 350 millions de dollars. Depuis longtemps la Chine est également le premier fournisseur d’armes du Soudan. Et lorsqu’elle ne réhabilite pas les barrages congolais (cette année, financement des travaux du barrage du Moukoukoulou pour une valeur de 3,8 millions de dollars), elle édifie, comme à l’heure actuelle en Côte d’ivoire, les palais des députés africains.

L’omniprésence asiatique

Seuls neuf pays n’entretiennent pas de relation avec la Chine. Le Burkina Faso, Sao-Tomé et Principe, la Guinée-Bissau, le Tchad et le Libéria ont préféré s’en remettre à Taïwan, ennemi juré de la République populaire. Certains, comme l’Afrique du Sud jusqu’en 1998, ont longtemps fait jouer la concurrence entre les deux partenaires chinois. Enfin, le Malawi et le Swaziland sont les seuls pays à ne bénéficier d’aucun soutien asiatique.

Par sa politique très volontaire de coopération, la Chine investit donc plus que jamais le continent et bat en brèche le  » dissident  » taïwanais. Elle permet également à ses partenaires africains de ne pas avoir pour seuls interlocuteurs les instances américaines et européennes dans le domaine de l’aide au développement. La coopération économique a donc valeur d’enjeu politique sur l’échiquier international, et l’Afrique est en passe de devenir l’atout de la Chine pour s’affirmer comme la troisième puissance mondiale.