L’Afrique face à l’urgence de protéger ses enfants dans les conflits armés


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Enfants soldats
Enfants soldats

Dans un contexte mondial de recrudescence des conflits armés, l’Afrique paie un tribut particulièrement lourd en matière de protection de l’enfance. Selon le rapport annuel de la Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies pour les enfants et les conflits armés, présenté à l’Assemblée générale en juillet 2025, les violations graves contre les enfants ont bondi de 25% en 2024 par rapport à l’année précédente, atteignant des niveaux sans précédent pour la troisième année consécutive.

L’ONU a confirmé 41 370 violations graves, dont 36 221 commises en 2024 et 5 149 perpétrées antérieurement mais vérifiées seulement en 2024. Les violations ont touché 22 495 enfants, dont un tiers de filles, révèle le document officiel (A/80/266). Ces chiffres alarmants illustrent une réalité brutale : les enfants africains figurent parmi les premières victimes des conflits qui ravagent le continent.

Un continent en première ligne des violations

L’analyse géographique des données révèle que plusieurs pays africains figurent parmi les plus touchés. C’est en République démocratique du Congo (4 043), en Somalie (2 568) et au Nigéria (2 436) qu’ont été confirmées le plus de violations graves après Israël et le Territoire palestinien occupé. Le Mozambique et l’Éthiopie enregistrent également des hausses dramatiques, avec respectivement 525% et 235% d’augmentation des violations vérifiées.

Le rapport souligne que le recrutement et l’utilisation d’enfants se sont maintenus à des niveaux très élevés, 7 402 enfants ayant été recrutés et utilisés par des acteurs étatiques et non étatiques, le plus fréquemment en République démocratique du Congo, au Nigéria et en Somalie. Cette instrumentalisation des enfants perpétue les cycles de violence et compromet l’avenir de générations entières.

Des progrès fragiles mais encourageants

Malgré ce tableau sombre, le continent africain témoigne également d’efforts significatifs pour améliorer la protection des enfants. Plusieurs gouvernements africains ont pris des mesures concrètes en collaboration avec l’ONU.

Au Burkina Faso, l’action de sensibilisation de l’ONU a conduit à la nomination d’une personne référente en matière de protection de l’enfance au sein des Forces de défense et de sécurité. Le Cameroun a réussi à réintégrer un groupe de 447 enfants (246 garçons et 201 filles) qui avaient quitté les groupes armés dans la région de l’Extrême-Nord.

En République centrafricaine, le Gouvernement et l’ONU ont signé un protocole pour le transfert des enfants associés aux forces armées et aux groupes armés à des acteurs civils, marquant un pas important vers une approche plus humanitaire du traitement de ces enfants vulnérables.

L’impératif d’une mobilisation renforcée

La Représentante spéciale par intérim, Dr Najat Maalla M’jid, a souligné l’urgence de la situation : « Les enfants paient un lourd tribut. Ils sont affamés, déplacés et tués. Cela souligne l’importance cruciale d’assurer une paix et une stabilité durables, seules garanties de protection des enfants. »

Le rapport rappelle que plus de 40 plans d’action ont été signés et le dialogue engagé a permis d’obtenir la libération de plus de 220 000 enfants des forces et groupes armés depuis la création du mandat. Ces succès, bien que significatifs, restent insuffisants face à l’ampleur du défi.

À l’approche du 30e anniversaire du mandat sur les enfants et les conflits armés, l’Afrique se trouve à un carrefour crucial. La communauté internationale, les gouvernements africains et les organisations régionales doivent intensifier leur coopération pour briser les cycles de violence qui continuent de sacrifier l’enfance africaine sur l’autel des conflits armés. Car comme le souligne le rapport, protéger les enfants contribue non seulement à leur bien-être immédiat, mais aussi à la construction d’une paix durable pour l’ensemble du continent.

Zainab Musa
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Zainab Musa est une journaliste collaborant avec afrik.com, spécialisée dans l'actualité politique, économique et sociale du Maghreb et de l'Afrique de l'Ouest. À travers ses enquêtes approfondies et ses analyses percutantes, elle met en lumière des sujets sensibles tels que la corruption, les tensions géopolitiques, les enjeux environnementaux et les défis de la transition énergétique. Ses articles traitent également des évolutions sociétales et culturelles, notamment à travers des reportages sur les figures influentes du Maroc et de l’Algérie. Son approche rigoureuse et son regard critique font d’elle une voix incontournable du journalisme africain francophone.
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