L’Afrique enregistre sa plus forte croissance depuis 20 ans

L’Afrique a enregistré sa plus forte croissance économique de ces deux dernières décennies, avec un taux de croissance du Produit intérieur brut (PIB) d’environ 5% par an en moyenne ces six dernières années, passé à 5,5% en 2006 et qui devrait atteindre 6% cette année, selon un nouveau rapport de la Banque africaine de développement (BAD) et de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

« La perspective économique africaine 2006/2007 », présentée à Shangaï (Chine) dimanche en prévision des réunions annuelles du Groupe BAD, a cité une forte demande extérieure en produits pétroliers et non- pétroliers, un investissement accru dans ces secteurs et des conditions climatiques favorables à l’agriculture, comme les principaux facteurs de cette croissance.

Le maintien de politiques macroéconomiques rigoureuses dans la plupart des pays a également renforcé la confiance des entreprises, ce qui a entraîné une relance de l’investissement privé en général, selon le rapport.

« Cependant, le continent doit toujours accélérer et soutenir la croissance à un taux de 07 à 08% pour être en mesure d’atteindre les Objectif du millénaire pour le développement (OMD), consistant à réduire de moitié la proportion des personnes vivant dans la misère d’ici 2015 », a fait remarquer l’économiste en chef de la Banque africaine de développement, Louis Kakekende.

Une analyse montre que la croissance a été forte dans les plus grandes économies d’Afrique (l’Afrique du Sud, l’Algérie, le Nigeria et l’Egypte) désignées par le sigle SANE, qui représentent la moitié du PIB du continent et près d’un tiers de sa population. Les pays SANE ont enregistré un taux de croissance moyen de 5,1%.

Dans les autres pays d’Afrique, les taux de croissance économique ont même été plus forts avec une moyenne de 6%, avec les exportateurs de pétrole qui enregistrent des taux de croissance élevés, autour de 5,9%, tandis que les importateurs nets de pétrole ont enregistré un taux de croissance moyen de 5,2% au cours de la période révisée.

Concernant les sous-régions, le taux de croissance moyen pour l’Afrique australe devrait passer de 5,4% en 2006 à 6,1% en 2007.

La croissance grâce au pétrole et au gaz

Le taux de croissance de l’Angola devrait pratiquement doubler à 27% en 2007 (principalement en raison du renforcement des activités dans le secteur pétrolier sur les nouveaux gisements et dans une moindre mesure dans l’exploitation diamantifère).

En Afrique du Sud, la croissance -estimée à 5%, son niveau le plus élevé depuis la fin de l’apartheid en 1994- et généralisée est principalement basée sur la demande locale.

Les prévisions pour l’Afrique du Sud indiquent que la croissance du PIB doit rester forte dans ce pays à environ 4,5%, aussi bien en 2007 qu’en 2008, ce qui marque une rupture importante par rapport aux taux de croissance relativement lents enregistrés ces dix dernières années.

Au Zimbabwe, l’activité économique a continué à baisser en 2006, se contractant d’environ 5%.

La croissance réelle du PIB dans les pays d’Afrique du Nord devrait rester forte à 6%, aussi bien en 2007 qu’en 2008 sur la base de taux de croissance exceptionnellement élevés pour la Mauritanie et le Soudan principalement en raison des augmentations de la production pétrolière et gazière.

Une forte croissance a également été enregistrée en Egypte (6,8%), tandis qu’au Maroc, la relance de la production agricole avec la fin de la sécheresse qui a entraîné une croissance du PIB de 7,3% en 2006.

La croissance économique dans les pays d’Afrique de l’Ouest devrait passer de 4,8% en 2006 à 5,9% en 2007.

Au Nigeria, la croissance du PIB de 5,3% en 2006 devrait passer à 7% en 2007 sur la base de la récente hausse des prix du pétrole, de la production pétrolière accrue, alors que la stabilité est rétablie dans la région du Delta du Niger et que les secteurs non-pétroliers de l’agriculture et des services poursuivent leur croissance rapide.

Les performances de la Sierra Leone et du Ghana sont restées relativement fortes en 2006 (7,4% et 6,1%, respectivement).

Dans l’Union économique et monétaire de l’Afrique de l’Ouest (UEMOA), les performances économiques en 2006 ont été affectées par la situation politique en Côte d’Ivoire, les réductions de la production céréalière et arachidière, ainsi que de la production industrielle.

Le taux de croissance moyen du PIB en Afrique centrale devrait passer de 3,9% en 2006 à 5,2% en 2007 et une accélération de la croissance à 6,3% est prévue en 2008.

Des tendances de croissance positives sont observées pour la République centrafricaine et le Rwanda, tandis qu’il est prévu que la croissance reste largement au niveau de 2006 pour la République démocratique du Congo (6,2%) en raison principalement des efforts de reconstruction soutenus par les donateurs.

La croissance économique en Afrique de l’Est a été en moyenne de 5,1% en 2006 et devrait s’accélérer à 5,8% et à 6% en 2007 et 2008, respectivement, l’Ethiopie et l’Ouganda étant les pays qui enregistrent la croissance la plus rapide dans la sous-région.

Les perspectives de croissance de Maurice et de Madagascar continuent à être négativement affectées par la concurrence accrue des producteurs de textile asiatiques et la fin l’Accord multi-fibres.

Le rapport met également l’accent sur un sujet d’une importance primordiale pour les décideurs dans les pays africains, à savoir l’analyse thématique des questions relatives à « l’accès à une eau potable et à l’assainissement ».

Un des objectifs importants des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) est l’accès à l’eau potable et à l’assainissement et le rapport se penche sur cette question en faisant clairement savoir que les progrès restent insuffisants par rapport aux besoins, en soulignant que la probabilité d’atteindre l’OMD sur l’accès à une eau potable et à l’assainissement reste faible.

Des exceptions importantes

« Maurice et la Tunisie présentent un bilan positif, en ayant largement dépassé les objectifs en matière d’accès à l’eau potable et à l’assainissement. La situation en Tanzanie, où l’accès à l’assainissement est estimé à environ 90% démontre également que des progrès sont possibles en Afrique », a indiqué M. Kasekende.

Selon Louka Katseli, le directeur du Centre pour le développement de l’OCDE basé à Paris: « garantir des financements adéquats reste un défi pour l’amélioration à l’accès à l’eau et à l’assainissement en Afrique ».