L’Afrique du Sud n’est plus un Eldorado pour les investisseurs anglais

Une enquête d’opinion réalisée auprès des décideurs économiques britanniques fait ressortir la méfiance des investisseurs envers l’économie sud-africaine, en particulier en raison de la crise sociale dans le pays.

En quatre ans, la valeur des investissements étrangers en Afrique du Sud a été divisée par quatre, ne dépassant plus que de peu les 1 milliard de dollars l’année dernière. Après l’euphorie de l’avènement du pays arc-en-ciel, Pretoria affronte désormais une nouvelle méfiance des investisseurs du Nord.

Nombre de diplômés insuffisants, chômage trop élevé, sida, criminalité, émigration massive vers le Nord, incertitude quant au développement du nombre des entreprises dirigées par des Noirs : les admirateurs occidentaux du modèle Rainbow Nation ont la gueule de bois, à en croire l’enquête financée par le Conseil britannique de la recherche économique et sociale (ESRC). 45 dirigeants d’entreprises, et parmi eux plusieurs investisseurs en Afrique du Sud, viennent de faire part de leur hésitation à placer leur argent dans un pays réputé instable, dangereux et imprévisible.

Mieux qu’en 1990

Malgré les efforts de Thabo Mbeki, qui a emmené nombre de patrons sud-africains avec lui lors de sa visite à Londres au début du mois, le gouvernement peine à séduire les nouveaux apporteurs de capitaux dont il a besoin pour faire enfin repasser la croissance au-dessus de 3 % annuels. Le dernier contrat d’envergure, qui porte sur 65.000 emplois pour les quinze prochaines années, concerne la fabrication d’armes, l’un des points forts traditionnels du pays.

Une situation d’autant plus préoccupante que l’indice de confiance des acteurs économiques nationaux, calculé par l’institut national SACOB, devrait enregistrer un nouveau mauvais résultat au deuxième trimestre 2001. Selon les experts de cet organisme, l’Afrique du Sud, grâce à son relatif isolement, devrait assez peu souffrir du ralentissement de la croissance mondiale cette année. Mais la nécessité d’une demande intérieure dynamique n’en sera que plus grande.

Quant à l’ESRC, il rappelle toutefois dans son rapport que l’image du pays était bien plus mauvaise encore au début des années 1990. Les patrons anglais craignaient alors un départ massif des entrepreneurs sud-africains blancs, mais aussi la guerre civile et les conflits tribaux.