L’Afrique de plain-pied dans la narco-économie

Le dernier rapport annuel de l’Observatoire géopolitique des drogues annonce que l’Afrique est en passe de devenir le continent privilégié du narco-business. Morceaux choisis.

Cinq ans. Il n’aura fallu que cinq ans pour que l’Afrique du Sud, en s’ouvrant au monde avec les premières élections démocratiques de son histoire, en 1994, s’aligne sur les modes de consommation de drogues des grandes métropoles occidentales.

Cinq ans pour que le pays le plus dynamique d’Afrique s’affirme comme la plaque tournante du trafic de cocaïne et en centre actif de blanchiment d’argent. Cinq ans pour se hisser sur le podium des grandes nations productrices de cannabis et de drogues de synthèse : mandrax, ecstasy, héroïne…

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Un exemple éloquent qui ne fait que souligner le processus d’intégration ultra-rapide du continent africain à l’économie mondiale des drogues, présenté en détail dans le dernier rapport annuel de l’Observatoire géopolitique des drogues, sorti fin avril. Le rapport met en évidence l’impact des conflits locaux (RDC, Angola, Casamance, etc…) dans l’économie politique des drogues et démonte les mécanismes de la criminalisation du politique liée à l’argent des stupéfiants.

Il rappelle enfin que (coïncidences, coïncidences…) le développement de la production de certaines drogues a suivi de près la baisse du prix mondial des matières premières. En Côte d’Ivoire, un hectare de cannabis rapporte cent fois plus qu’un hectare de café. Au Kenya, dans la région de Nyambene, la production de khat (plante euphorisante, légèrement hallucinogène) est devenu la seule culture d’exportation après l’effondrement de la caféiculture kenyane. Au Lesotho, le cannabis rapporte 4 739 malotis, la monnaie locale, à l’hectare, contre 209 malotis pour un hectare de maïs.

A lire également,  » Drogues, un marché de dupes  » (Ed Alternatives, Paris), d’Alain Labrousse et toute l’équipe de l’OGD, paru le 4 mai. Un ouvrage qui s’interroge sur l’échec des luttes contre la drogue, en révélant hypocrisies et incohérences.

Corinne Moncel