L’Afrique de la soif

L’Afrique est le continent qui pâtit du plus faible taux de couverture en approvisionnement d’eau de la planète. Couplé avec de gros problèmes d’assainissement, la situation expose les populations à d’importants risques sanitaires. Un rapport de l’OMS relate une décennie de stagnation.

Avec 62% de taux de couverture en approvisionnement d’eau en 2000, l’Afrique – bonne dernière, derrière l’Asie (81% de taux de couverture) – est de loin le continent le plus mal loti de la planète. Les chiffres concernant l’assainissement ne sont pas meilleurs. Les déficits sont à la fois quantitatifs et qualitatifs. Maladies à transmission hydrique, infections liées au manque d’hygiène, les risques sanitaires pour les populations sont encore énormes. Le Rapport décennal de l’Organisation mondiale de la santé révèle 10 ans de stagnation.

Ce sont les campagnes africaines qui tirent le taux de couverture en approvisionnement d’eau du continent vers le bas. Ni puits, ni raccordement des habitations à un réseau, ni source, ni citerne d’eau de pluie. Plus de la moitié des zones rurales (53%) est dépourvue de tout accès à l’eau (15% en zone urbaine). Même situation pour l’assainissement : seule 45% de la population paysanne bénéficie de systèmes d’assainissement (84% dans les villes), raccordement au tout-à-l’égout, à une fosse septique, latrines à chasse d’eau ou à fosse.

L’hygiène impossible

Comment se laver quand on a tout juste de l’eau pour boire ? L’hygiène corporelle est dans beaucoup de régions africaines un luxe que malheureusement beaucoup ne peuvent pas se permettre. Un état de fait qui laisse le champ libre aux infections en tout genre. Notamment cutanées et oculaires telles que le trachome, conjonctivite contagieuse d’origine virale pouvant entraîner la cécité.

Diarrhées, choléra, typhoïde, hépatites A, vers intestinaux, draconculose, les maladies liées à l’eau sont nombreuses. L’absorption d’eau contaminée a provoqué chaque année dans le monde près de 4 millions de cas de diarrhée, dont plus de la moitié mortelle. Principalement en Asie et en Afrique.

Les enfants et les personnes âgées sont les personnes les plus exposées aux risques sanitaires. La mortalité infantile, mais pas seulement. Les parasites intestinaux peuvent également provoquer à des degrés divers anémies, malnutrition ou problèmes de croissance.

Peu d’investissements nationaux

Les questions liées à l’eau risquent de rester longtemps d’actualité en Afrique. Entre 1990 et 2000, la situation du continent n’a pas bougé ou presque. Les taux de couverture en approvisionnement par catégorie de services se sont légèrement améliorés en dix ans. 43% des Africains n’avaient pas d’accès à l’eau en 1990, ils ne sont que 38% en 2000 et 24% de la population se trouvent rattachés à un réseau en 2000 (contre 17% en 1990). Timide. Plus timides encore sont les chiffres de l’assainissement par catégorie de service. Le taux de couverture continental des personnes n’ayant pas d’accès au tout-à-l’égout a même régressé sur la période.

La croissance démographique (+169 millions de 1990 à 2000) n’explique pas tout. Et il faut chercher les raisons de la relative stagnation des infrastructures hydriques dans l’absence de réelles politiques nationales d’investissement. Entre 1990 et 2000, les investissements nationaux annuels pour l’approvisionnement en eau et l’assainissement en Afrique – 1,470 milliards de dollars – étaient moitié moindres que les appuis extérieurs (Ong ou Organismes internationaux) – 3,163 milliards de dollars.

L’assainissement reste le parent pauvre. Les investissements totaux réalisés sont sept fois moindres que pour l’approvisionnement. Les Etats parent au plus pressé. Mais le problème demeure. D’autant que seule une partie des eaux du tout-à-l’égout est effectivement traitée. Le reste étant rejeté tel quel dans la mer ou les rivières. Une autre pollution qui ne fait que déplacer le problème.