L’Afrique a mal au baril

Le cours du baril de pétrole a atteint lundi un pic record, à New-York, à 55,33 dollars. Un sommet qui enchante les quelques pays africains producteurs du précieux or noir, mais qui désespère l’écrasante majorité qui en est démunie. Petit tour d’Afrique des situations causées par la hausse du prix du pétrole.

L’essence n’est plus disponible dans les pompes érythréennes. Le petit pays de la corne de l’Afrique a pris une décision extrême, mercredi 13 octobre, en suspendant la vente au public. L’Erythrée espère ainsi faire face à la crise pétrolière qui secoue la planète et plaçait ce lundi le prix du baril à 55,33 dollars. Une solution qui n’a pas été retenue par d’autres pays africains, qui préfèrent, pour l’essentiel, répercuter le prix du baril sur les consommateurs. Petit tour du continent des situations causées par la crise pétrolière.

La vente d’essence suspendue en Erythrée

C’est l’Erythrée qui a donc pris la mesure la plus extrême, ce mercredi 13 octobre, en suspendant la vente d’essence, mais en maintenant celle du diesel. Début septembre, le petit pays de la corne de l’Afrique, qui subit une crise économique et exporte la totalité de son pétrole, avait déjà dû mettre en place un rationnement du carburant. Il y avait mis fin début octobre, tout en augmentant le prix à la pompe. Le litre avait cru de 40 % et le diesel de 25%. « Augmenter le prix de l’essence n’est pas la solution, cela affecte les personnes à faibles revenus », a expliqué vendredi le ministre érythréen de l’Information, Ali Abdu Ahmed, lorsqu’il a fait part de la nouvelle mesure prise par son pays. « Notre priorité est de fournir de l’essence aux services publics et aux programmes de développement dans le meilleur intérêt de la nation. Nous ne voulons pas qu’il y ait de consommation superflue. Nous ne pouvons pas laisser les personnes qui ont de l’argent consommer toute l’essence », a-t-il argumenté. En septembre dernier, rappelle l’AFP, plusieurs diplomates en poste à Asmara avaient estimé que le rationnement pouvait être lié à un manque de devises étrangères. Des propos qualifiés de « rumeurs » par le directeur général de la compagnie érythréenne de pétrole.

Des transports en commun plus chers en Côte d’Ivoire

Le prix à la pompe a augmenté au début de la semaine en Côte d’Ivoire. Le super est passé de 543 à 595 FCFA le litre, le gasoil de 386 à 475 FCFA et le pétrole lampant de 286 à 395 francs. Ce qui équivaut à une hausse moyenne de 20,27 %, selon Fraternité Matin, qui rapporte les chiffres. La société ivoirienne de raffinage (Sir) a appliqué ces nouveaux prix aux consommateurs après les avoir calculé sur la base du prix d’achat du baril de brent sur le marché international, poursuit le quotidien ivoirien. Le gouvernement aurait réclamé à la Sir de ne pas répercuter la hausse du prix du pétrole sur les usagers, depuis quatre mois, jusqu’à ce que l’approvisionnement du pays soit en danger. Reste que la population motorisée est passablement énervée et les piétons craignent désormais de voir les prix des transports en commun augmenter.

« Un fonds de stabilisation des prix » au Sénégal

Les Sénégalais ont dû faire face aux mêmes augmentations du prix du pétrole à la pompe. Le gasoil est passé de 405 à 425 FCFA, le pétrole lampant de 294 à 307 FCFA. L’essence et le super n’ont pas été touchés, car le Sénégal souhaite appliquer la « vérité des prix », a expliqué le ministre de l’Energie et des Mines, lorsqu’il a fait part de ces augmentations à la presse. « Quand les prix des produits pétroliers baissent (au) plan des cours mondiaux, nos prix baissent. Quand les prix des produits augmentent, nos prix aussi augmentent », a-t-il souligné. Mais pour éviter ces désagréments aux consommateurs sénégalais, Madické Niang a annoncé la volonté du gouvernement de créer un « fonds de stabilisation des prix », destiné à soutenir les hausses, lorsqu’elles se produisent, en évitant de les répercuter. Le fonds serait « alimenté par les effets induits par les variations des prix. Quand les prix baissent, nous appliquons un niveau acceptable qui permettra aux consommateurs de faire face, et quand les prix [augmenteront], pour éviter des phénomènes d’inflation des prix dans d’autres prestations, nous [appuierons] les prix (avec) l’économie réalisée au moment des baisses ».

L’Afrique plus cher par avion

Les amoureux du Sénégal devront aussi payer plus, s’ils veulent s’y rendre, puisque les transporteurs aériens ont revu leurs tarifs sensiblement à la hausse. Air Sénégal International a introduit une « taxe carburant » sur toutes ses destinations internationales, en prenant soin de préserver les vols nationaux. Une taxe conjoncturelle, précise la compagnie, imposée pour « maintenir la qualité du service » et qui disparaîtra dès que le prix du pétrole sera redevenu « normal ». Du coup, les Tours Opérateurs n’ont pas tardé à appliquer de nouveaux tarifs. Jet Tours, filiale du Club Med, a augmenté de sept euros le prix des vols moyens courriers, sur le bassin méditerranéen (Tunisie, Maroc) et de 22 euros les longs courriers, type Sénégal. Un « renchérissement [qui] aura « un impact négatif sur le nombre de clients à destination du Sénégal », estime le responsable de Jet Tours à Dakar, Sylvain Alexandre, cité par Wal Fadjiri. Chez Fram, les moyens courriers ont augmenté de 16 euros et les longs courriers de 34, selon le quotidien sénégalais. D’après le Président de l’Association des Tours Opérateurs, René Marc Chikli, la hausse pratiquée par la profession « devrait atteindre de 15 à 18 euros pour le moyen courrier et de 34 à 45 euros pour le long courrier ».

La troisième calamité des producteurs de coton bukinabés

La principale source de revenu du Burkina Faso n’est pas le tourisme mais le coton, qui contribue chaque année à près de 60 % de son produit intérieur brut. Une ressource qui risque elle aussi d’être touchée par la crise pétrolière. Les producteurs burkinabés de coton étaient déjà désespérés de voir les producteurs occidentaux, notamment américains, largement subventionnés par leurs gouvernements. Ils ont dû faire face au premier semestre 2004 à une dépréciation du prix du kilo de coton, avec un cours à environ 600 FCFA, contre 800 en 2003. Ils devront désormais compter avec la crise pétrolière. Outre l’augmentation de 10% des coûts de l’électricité et des transports, ils devront peut-être également compter avec une augmentation du prix de certains engrais à base de dérivés de pétrole. Des engrais indispensables à l’amélioration de leurs rendements.

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