L’affaire Ben Barka relancée par la justice française

La chaîne France 3 a révélé ce mercredi qu’une commission rogatoire délivrée par le juge d’instruction français Patrick Ramaël invite les autorités chérifiennes à entendre trois témoins impliqués dans la disparition de Mehdi Ben Barka. Si les Marocains répondent à cette requête, ils permettront d’entrer en possession d’informations sur la disparition, il y a 41 ans, du leader de l’Union nationale des forces populaires du Maroc.

L’enquête sur l’enlèvement et la disparition de l’opposant marocain Mehdi Ben Barka, à Paris, le 29 octobre 1965, est relancée. Le juge d’instruction Patrick Ramaël a délivré une commission rogatoire internationale aux autorités marocaines en date du 26 septembre dernier. Son contenu a été révélé par le journaliste Joseph Tual, mercredi, dans un journal télévisé de la chaîne publique française France 3. Cette commission invite les autorités marocaines à auditionner trois témoins. Le premier d’entre eux, Miloud Tounsi, alias Larbi Tchouki, a déjà été condamné en 1967 par contumace, en France, pour son implication dans l’enlèvement de l’opposant marocain. L’homme a été formellement identifié par Mahjoub Tobji, un ancien militaire marocain.

Les autres témoignages souhaités sont ceux de Boubker El Hassouni, qui aurait drogué Ben Barka lors de son enlèvement, et d’Housni Ben Slimane, l’actuel chef d’Etat-major de la gendarmerie royale. Les autorités chérifiennes sont également priées d’effectuer des fouilles sur un site dénommé PF3 (point fixe 3), « un centre secret de détention […] où aurait été enterrée la tête de Mehdi Ben Barka », selon Le Nouvel Observateur. L’hebdomadaire français s’est procuré une copie de la commission rogatoire, disponible en ligne. Quarante-et-un ans après les faits, l’audition de ces témoins permettra certainement d’éclaircir le mystère qui pèse sur la disparition, devant la brasserie Lipp, sur le boulevard Saint-Germain, du leader de l’Union nationale des forces populaires du Maroc. Il y avait rendez-vous pour un prétendu déjeuner avec le cinéaste Georges Franju. Le réalisateur avait sollicité l’homme politique dans le cadre de la préparation d’un film sur la décolonisation (Basta !).

La justice française s’acharne, le Maroc peu coopératif

Si une suite favorable n’est pas donnée à la requête du juge Ramaël, des mandats d’arrêt internationaux devraient être délivrés à l’encontre de ces témoins. L’Association marocaine des droits humains (AMDH) s’apprête d’ailleurs à organiser un sit-in devant la gare ferroviaire de Rabat-ville, le 29 octobre prochain, pour dénoncer la lenteur des autorités marocaines dans le traitement de ce dossier. Elles « font obstruction à l’enquête judiciaire menée par la justice française sur l’affaire Mehdi Ben Barka », a confié le président de l’AMDH, Abdelhamid Amine, au journal marocain Aujourd’hui dans son édition du 24 octobre dernier.

Ce nouveau rebondissement dans le dossier Ben Barka est une preuve de la volonté de la justice hexagonale de faire la lumière sur une affaire dans laquelle Bachir Ben Barka, le fils de Mehdi Ben Barka, s’est porté partie civile depuis le 21 octobre 1975. Un souci qui n’a jamais été celui de l’Etat français. « Du côté français que s’est-il passé? Rien que de vulgaire et de subalterne. Rien, absolument rien, n’indique que le contre-espionnage et la police, en tant que tels et dans leur ensemble, aient connu l’opération, a fortiori qu’ils l’aient couverte.», avait affirmé le 21 février 1966, selon L’Express, le Général de Gaulle.

L’Etat français n’a de fait jamais reconnu son implication dans la disparition de l’opposant marocain. Les informations rapportées dans le livre de Lucien Aimé-Blanc, L’Indic et le commissaire, paru il y a quelques mois, aux éditions Plon, tendent à prouver le contraire. Cet ancien commissaire de police explique dans son ouvrage que les autorités françaises avaient eu vent du projet d’enlèvement de Ben Barka grâce à des écoutes téléphoniques. Le représentant de l’ordre aurait lui-même failli être associé à l’opération.