L’acide ne dissout pas la mémoire.

L’opposant marocain Mehdi Ben Barka a été assassiné par le général Oufkir, ministre de l’Intérieur à l’époque, dans la banlieue parisienne, et sa dépouille dissoute dans une cuve d’acide à Rabat. C’est le triste sort réservé à un grand intellectuel par les services marocains avec la complicité des services français.

Nauséabond. Mehdi Ben Barka a été tué par le général Oufkir, après avoir été torturé, dans la banlieue parisienne et et son cadavre dissous dans une cuve d’acide au Maroc avec le consentement du roi Hassan II. Les révélations du  » Monde  » et du quotidien marocain  » Le Journal  » ont levé le voile sur le mystérieux assassinat d’un grand intellectuel et tiers-mondiste africain. Le 30 octobre 1965, une voiture s’arrête à la hauteur de Mehdi Ben Barka, boulevard Saint-Germain, à Paris, et les passagers du véhicule l’obligent à y monter. Depuis cet instant, plus personne ne sait rien de ce qui lui arrive. Ce qui peut ressembler à un mauvais livre d’espionnage est une amère vérité. Le grand intellectuel et éternel opposant marocain a été durement torturé par le général Oufkir, à l’époque ministre de l’Intérieur et serviteur dévoué du roi, avant qu’il le trahisse…

Dissolvez son cadavre !

Cinquante heures après la mort, le cadavre, transporté au Maroc, a disparu dans une cuve d’acide installée à Dar-el-Mokri, un centre de tortures situé dans la banlieue de Rabat, signalent les deux quotidiens. Le centre dispose depuis 1961, selon les mêmes sources, d’un dispositif pour faire disparaître les corps des victimes du régime.

C’est Ahmed Boukhari, un ancien capitaine des services secrets marocains, qui, à la demande d’un agent de la CIA, le « colonel Martin », a fait construire un chaudron en acier inoxydable de 2,5 m de diamètre dans lequel sont plongés les cadavres.  » Entre 1961 et 1967, des dizaines de cadavres d’opposants, morts au Dar-el-Mokri, ont disparu grâce à la cuve de la SCIF » (société qui avait exécuté la commande, ndlr) et l’acide, « venait à bout de tout, même de gros os comme le fémur », précise la gorge profonde-. L’espion repenti se dit prêt à aller à Paris pour témoigner devant le juge chargé du dossier, Jean-Baptiste Parlos.

Complicité française

L’évasion du cadavre vers le Maroc a été rendue possible grâce à la complicité des services secrets français.  » La voiture qui transportait le cadavre a pu entrer dans l’enceinte de l’aéroport, stationner sur le tarmac à côté de l’avion militaire marocain, le temps de transborder le  » colis  » « . Si le « Cab-1 » (service de renseignements marocain chargé de liquider Ben Barka), a gardé dans ses archives, au moins jusqu’à sa fermeture par Dlimi en 1973, des photos du corps de Mehdi Ben Barka avant sa « disparition », la seule copie du film tourné lors de l’immersion dans la cuve de Mehdi Ben Barka aurait été remise au roi Hassan II par Dlimi, adjoint du Général Oufkir au moment des faits « , révèle Ahmed Boukhari.

Pour l’instant, les autorités françaises et marocaines observent un silence embarrassé. Le Premier ministre marocain, Abderrahmane Youssoufi est d’autant plus embarrassé que le fondateur de son parti, USFP, n’est autre Mehdi Ben Barka.