Kuku, un artiste engagé dans la cause des enfants soldats

L’artiste nigérian Kuku s’est produit le 12 février à la Bellevilloise, à Paris, pour la cause des Enfants-Soldats. L’occasion de plonger dans l’univers très doux de l’auteur-compositeur, où le talent se conjugue avec bonté, altruisme et générosité. Juste bluffant! Vous pourrez découvrir ou redécouvrir KUKU en concert les 27, 28 février prochains à Paris. Portrait

Ses traits se lissent. Son visage s’apaise. Et c’est en souriant, l’œil brillant, que KUKU chante, accompagné de percussions Udu et d’inflexions de guitare des townships sud-africains. Une voix soul, grave, envoûtante émerge et vous emporte. Une voix dénuée de tout artifice. Un enchantement. Une pure bouffée d’oxygène ! En cet instant, le chanteur yoruba nigérian est maître du temps.

Le public, suspendu à ses lèvres, profite d’un moment agréable emprunt de douceur inouïe en contraste avec un quotidien brutal et parfois agressif. Un sentiment, une sensation que l’on peut retrouver dans son nouvel album, « Soldier of Peace » (BÁLÓG?N ÌRÒRÙN en yoruba, sa langue maternelle). L’enchaînement des chansons se fait entrecouper de petits messages chaleureux et drôles. Quel farceur, ce KUKU ! Une façon bien africaine de mettre son public à l’aise. En toute simplicité.

Et quand on tente de comprendre et d’expliquer d’où lui vient cette profonde gentillesse qu’on perçoit chez lui et cette douceur qui se dégage, KUKU explique, très modestement, qu’il ne se perçoit pas comme cela. « C’est juste le minimum que je puisse faire : être gentil et aimable avec les autres. Il n’y a pas de raison de ne pas l’être ».

Ses chansons véhiculent des messages forts d’amour, de joie et de soutien. « J’ai envie que les gens ressentent un bien-être en écoutant ma musique mais que cela les amène à réfléchir aussi. Un peu comme Stevie Wonder qui nous procure de la joie, un peu de nostalgie mais jamais de tristesse ».

Artiste engagé

KUKU s’est engagé dans la cause des Enfants-Soldats lors de sa rencontre avec Univerbal. « Je trouve cela formidable de s’engager comme cela pour d’autres personnes et ici pour les enfants soldats. Sa vie à soi en pensant aux autres. J’espère aider au mieux les enfants pour leur permettre de vivre une enfance normale ».

Pour lui, le but premier serait d’ « arrêter les guerres car quand les adultes sont en guerre, les enfants le sont aussi. Les enfants sont plus facilement influençables et manipulables ». D’ailleurs, précise-t-il, à juste titre, qu’« on oublie de parler du sort des petites filles qui se font violer, enrôlées et embrigadées ». Son idéal, fort utopiste, répondrait au retrait de la bombe nucléaire et de l’armée de chaque pays.

Sa mobilisation et son dévouement, à travers des concerts de soutien, servent d’autres associations, notamment une aux États-Unis, répondant au nom de N’Street Village et dont le combat sert la cause des femmes (dans la rue, ayant subi des violences, accros à la drogue…). « Ce que je peux offrir à ce genre d’association ce n’est pas mon argent, parce que j’en ai pas beaucoup, je ne suis pas un énorme artiste mais je peux leur offrir mon talent, ma musique et mon temps. C’est le minimum que je puisse leur donner ».

Citoyen du Monde

L’artiste nigérian dit détester la politique non pas qu’il ne s’y intéresse pas mais ce sont plutôt les politiciens qui, pour lui, ne sont qu’à la recherche du pouvoir et non pas pour servir les pauvres. « Je pense que c’est un monde vraiment beau mais les choses sont rendues difficiles car on nous impose de choisir entre deux ou trois options alors qu’il y en a beaucoup plus. Et en même temps quand le monde est régi par la politique, l’économie et la finance, ça ne rend pas les choses faciles et encore moins quand on donne le pouvoir à un général d’armée ».

C’est surprenant quand on apprend que KUKU s’est engagé, à l’âge de 21 ans, dans l’armée américaine. C’était là le seul moyen pour lui de payer ses études. « Je ne ressens aucune allégeance pour aucun pays en particulier. Pour moi, tous les pays sont beaux. Je ne suis pas en train de revendiquer une communauté américaine (à travers cet engagement) par rapport à d’autres ».

Sa vision du monde, de son propre monde, est, elle, bien différente. « Je pense que je sais qui je veux être. Je pense que chaque jour offre une toile nouvelle dans laquelle nous dessinons un tableau différent. Mon monde est le monde de l’amour. C’est un beau monde rempli d’amour où je rencontre des gens biens. » Quant à la haine, il n’y accorde pas grande importance car, selon lui, « si la haine voyait son monde de l’extérieur, elle dirait « non » il y a trop d’amour dans ce monde là donc ça n’est pas intéressant (rires)».

Fort de son parcours

Riche d’une culture africaine et américaine, KUKU émet une nette dissemblance entre ses deux civilisations à la fois sur le plan politique, économique, social et culturel. « Les Africains sont des gens plein de ressources. Mais parfois certains pas ont un complexe d’infériorité par rapport aux occidentaux qu’ils placent haut, très haut. Du coup, ils ont l’impression de devoir être comme eux. Comme par exemple, le Mali qui a eu besoin de la France pour faire la guerre alors que je pense que c’est un pays avec des gens très talentueux avec des ressources à exploiter : le pétrole, la nourriture, l’or … mais malheureusement ces gens-là s’occidentalisent de plus en plus ».

A son retour aux États Unis, l’artiste s’est rendu compte « que ça n’était pas ma culture d’origine ». Il se souvient notamment d’une petite anecdote qui le fait encore beaucoup sourire. Celle-ci remonte à l’Université, aux États Unis, quand certains de ses camarades lui demandaient s’il y avait, au Nigeria, un aéroport, des maisons, de l’électricité… Des questions qui l’ont profondément choqué. Surtout lorsqu’un professeur, lui réitère les mêmes interrogations.

Un parallèle entre la France et les États-Unis est fait. Il insiste sur le fait « qu’en France, il y a une exposition des artistes de toute origine confondue qui montre les différentes cultures dont le pays est enrichi. Les gens peuvent voir des posters, des affiches d’artistes africains en concert ou dans les salles, dans la rue ou dans le métro. » Une mise en avant, dénote-t-il, qu’il n’y a pas aux États Unis. Il a davantage conscience que ce brassage culturel n’est peut être propre qu’à Paris.

Origine et influence

Un citoyen du monde qui n’oublie pas pour autant d’où il vient…
Né à Miami de parents immigrés nigérians, KUKU, de son vrai nom Abdulzatar, Adebola, Abisoye,…. a grandi au Lagos, où il baigna dans la culture africaine et dont il s’est inspiré. Il distingue, lui-même, deux types d’inspiration qui l’ont fort influencé : « les grands musiciens soul et afro-américains comme James Brown et les gens qui m’entourent, que je connais : ma famille, mes amis, mes rencontres ».

Son amour pour la musique, qui lui a été transmis par ses parents, l’écoutant eux-mêmes beaucoup, remonte, à sa plus tendre enfance. « Je ne me souviens pas de l’âge que j’avais mais aussi loin que je me souvienne j’ai toujours voulu une guitare et être comme les Jackson Five, que j’adore ».

La musique, dit-il, a toujours fait partie de sa vie mais un réel changement s’est opéré le jour où il fit l’achat de sa toute première guitare. « C’est en 2002, et à partir de ce moment là, que je me suis senti libre de jouer ma propre musique sans être dépendant d’autres musiciens qui devaient m’accompagner, voulant eux-mêmes jouer de la musique et réaliser leur projet. Je me sentais enfin libre de faire mon propre son ».

Pour le nouvel album « Soldier of Peace », déjà dans les bacs, le chanteur et compositeur nigérian propose un mélange puisé dans ses racines africaines qu’il rappelle ô combien elles font partie de lui, et notamment dans la culture occidentale pour la structure des chansons reposant sur des couplets, un refrain et un son. Même s’il est évident que l’influence occidentale reste prédominante, KUKU l’explique par « l’envie que le plus grand nombre [me] le comprenne ce qui justifie le choix de l’anglais ».