Konan Banny à l’épreuve du pouvoir

Près de trois semaines après sa nomination au poste de Premier ministre par les médiateurs de l’Union africaine, M. Charles Konan Banny, qui a engagé d’intenses négociations avec les parties signataires de l’Accord
inter ivoirien de paix de Linas-Marcoussis, éprouve beaucoup de mal à mettre sur pied le gouvernement de transition.

Par Moriba Magassouba Correspondant de la PANA

Cette situation, qui ne manque pas de susciter de nombreuses interrogations, voire une certaine irritation ou impatience dans l’opinion, n’a évidemment pas échappé à la quasi totalité des titres abidjanais de la semaine écoulée qui en ont fait leurs principales manchettes.

« Formation du gouvernement de transition : Banny pris en
tenailles par Gbagbo et le FPI », titre le quotidien indépendant « 24 heures » qui attribue les difficultés du nouveau Premier ministre au « double jeu des refondateurs », à savoir le président Gbagbo lui-même et son parti, le Front populaire ivoirien (FPI, socialiste au pouvoir) qui le prennent ainsi en tenailles pour lui imposer leurs vues sur la question sensible du partage des portefeuilles ministériels dont le camp présidentiel revendique au moins la moitié.

Pour « Soir info« , un autre quotidien indépendant de la capitale économique ivoirienne, il ne fait aucun doute que le retard dans la formation du gouvernement est imputable au bras de fer que le FPI a engagé avec le Premier ministre.

« Le temps de grâce aura été de courte durée. Le processus de paix est à nouveau dans l’impasse. Le Premier ministre Charles Konan Banny et le Front populaire ivoirien sont à couteaux tirés. La clef de répartition des portefeuilles ministériels constitue la pomme de discorde entre les deux parties », constate le journal qui demande à toutes les parties, particulièrement le FPI, de « faire prévaloir l’intérêt général pour une sortie de crise rapide ».

« Le nouveau réveil« , quotidien proche du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI, l’ex-parti unique) parle également de bras de fer. Mais ici les protagonistes changent. Il s’agit, cette fois-ci, selon le journal, du président de cette formation, l’ancien président Henri Konan Bédié et du Premier ministre lui-même.

Un gouvernement sans le FPI ?

« Formation du gouvernement/Bédié-Banny : le 1er clash ! »,
s’alarme « Le nouveau réveil ». Il s’en prend vivement au Premier ministre pour avoir provoqué la colère de M. Bédié, qu’il dit « très révolté » par le refus de l’ancien gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) de reconduire dans le futur gouvernement deux personnalités membres de l’équipe de son prédécesseur à la primature Seydou Diarra.

Le journal qui fait état de la montée de la tension au sein du parti, et qui affirme que « Banny se trompe de mission », n’écarte pas l’hypothèse d’un gouvernement sans les ministres du plus vieux parti de Côte d’Ivoire, qui pourrait être tenté par un éventuel boycott.

La menace de la politique de la chaise vide est également agitée par le quotidien gouvernemental « Fraternité matin » qui titre : « Un gouvernement sans le FPI ? »

Le journal, qui rapporte que toutes les rencontres entre M. Banny et la direction de ce parti se sont soldées par des échecs, assure que le parti au pouvoir « campe sur ses positions et est prêt à aller jusqu’au boycott du gouvernement que mettra en place le nouveau Premier ministre ».

« Formation du gouvernement : les vains chantages de Charles Konan Banny », s’indigne « Notre voie » , quotidien proche du FPI qui reproche au Premier ministre d’avoir menacé de « prendre ses responsabilités s’il n’y a pas de consensus » pour « faire chanter le président Gbagbo et le FPI ».

Considérant que ce sont des « menaces sans effet », le journal se demande d’ailleurs « où Banny obtiendra-t-il son décret pour « prendre ses responsabilités et nommer ses ministres en écrasant le FPI au passage? ».

Tout en assurant que ce ne serait certainement pas chez Laurent Gbagbo, la Notre voie, considéré comme la « bible des frontistes », met en garde le Premier ministre qui, selon lui, « prend des risques ».