Kofi Annan au Congo : entre guerre et paix

Au terme de sa visite de trois jours en République Démocratique du Congo, M. Kofi Annan, Secrétaire Général des Nations Unies, part avec deux sentiments contradictoires. D’un côté, la satisfaction de voir le processus de la paix se dérouler de manière positive et, de l’autre, la préoccupation devant les ravages du sida et autres maladies endémiques dans la population congolaise.

De notre correspondant à Kinshasa

Les trois jours de visite du Secrétaire général de l’ONU en Afrique centrale n’ont pas été de tout repos. Il a rencontré le président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila. Il a reçu des représentants des partis politiques et de la société civile. Et il a rendu visite aux malades du Sida, geste qui a beaucoup touché les Congolais.

Kofi Annan a commencé son programme du dimanche 2 août par une visite à l’Hôpital Général de Kinshasa, la plus grande unité médicale de la capitale congolaise. Il s’est longtemps attardé dans les pavillons des malades atteints du Sida pendant que sa femme rencontrait les responsables et les patients dans une unité de soins pédiatriques de la ville. Frappé par la rareté des médicaments disponibles pour des malades en nombre bien trop important, le Secrétaire général de l’ONU a promis de tout faire pour obtenir des financements plus conséquents et contribuer à la lutte contre le Sida en RDC.

Sida, l’autre guerre

Dans le même hôpital, il a pris part à une séance de vaccination anti-polio. Le Congo fait partie des pays à forte recrudescence de poliomyélite en Afrique centrale. Mais depuis l’année dernière, plusieurs séances de vaccination sont organisées en faveur des enfants âgés d’un à cinq ans, sous la supervision de l’OMS. La poliomyélite, tout comme d’autres maladies telles que la trypanosomiase, est en recrudescence dans cette zone dont elles avaient été éradiquées. Conséquence directe des perturbations politiques, des guerres successives et de leurs effets sur le plan économique.

Le secrétaire général de l’ONU en a fait le triste constat.  » Il faut procéder par élimination, a-t-il déclaré. Commençons par mettre fin à la guerre, c’est-à-dire par tout mettre en oeuvre pour que cessent les combats. La tâche vous incombe à vous Congolais. Je suis satisfait des résultats de la rencontre de Gaborone. Mais le plus gros reste à faire « .

Kisangani se souvient

Sur le plan politique, il faut retenir la promesse faite à Kofi Annan par le président congolais Joseph Kabila de mettre à la disposition de la Monuc (Mission d’Observation des Nations Unies au Congo) les 3000 ressortissants rwandais rassemblés dans les camps militaires de Kamina, province du Katanga (à l’Est) et de Kitona, province du Bas-Congo (à l’Ouest).

Ces ressortissants rwandais, ex-militaires pour la plupart, ont été désarmés conformément aux accords de Lusaka et attendent de rentrer chez eux, si possible, au Rwanda, ou de trouver un pays d’asile. Leur présence sur le territoire congolais a toujours été un prétexte aux revendications sécuritaires du Rwanda. Le Secrétaire général des Nations-Unies s’est déclaré très satisfait d’une telle nouvelle, qui le mettait dans de bonnes dispositions pour discuter avec le chef de l’Etat rwandais et le rencontrer par la suite le lundi 3 septembre, à Kigali.

Le passage de Kofi Annan par Kisangani, ville martyre s’il en est, théâtre par deux fois l’an dernier d’affrontements meurtriers entre troupes rwandaises et ougandaises, a été aussi symbolique qu’attendu.

Rwandais, go home !

Actuellement, la ville est sous le contrôle de l’armée rwandaise, à la grande indignation des populations, qui n’ont jamais supporté leur présence trop massive. Kofi Annan s’en est vite rendu compte en lisant les calicots tendus ou brandis sur son passage. La population ne demandait rien moins que le départ des troupes rwandaises, la démilitarisation de la ville et la réouverture du fleuve au commerce et à la circulation des personnes. La démilitarisation de la ville découle de la résolution 1304 du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Les banderoles ne faisaient que le rappeler. Kofi Annan en a débattu avec les autorités rebelles du RCD (Rassemblement Congolais pour la Démocratie) qui gouvernent la ville, appuyées par l’armée rwandaise. Il est question que tous les militaires vident les lieux, rwandais comme congolais, et que la ville reste sous la seule supervision de la Monuc.

Le porte-parole du RCD, M. Kin-Kiey Mulumba, s’est montré assez conciliant dans ses propos, à la sortie des pourparlers conduits avec le Secrétaire général des Nations Unies  » Nous sommes prêts à retirer nos troupes de Kisangani, a-t-il déclaré à la presse, mais nous devons avoir des garanties que les troupes de Kabila (troupes de l’armée régulière) qui se trouvent à 150 km de là n’en profiteront pas pour l’investir à notre place ».

De Kisangani, Kofi Annan est arrivé à Kigali en fin d’après-midi. L’accueil y fut moins froid que celui de 1998, où il avait été boudé. Kigali en voulait alors encore à celui qui avait été directeur des opérations aux Nations Unies pendant que s’opéraient les massacres au Rwanda en 1994. Dernière incertitude autour de ce voyage décisif au sein des populations de la région : aura-t-il eu l’occasion d’aborder le dossier des opposant rwandais, qui réclament qu’à son tour, leur pays accepte d’organiser un dialogue inter-rwandais ? Malgré les difficultés spécifiques à cet exercice, cela ferait également partie du processus d’établissement de la paix au Congo…