« Kissina », l’appel au partage des nos origines

Les créatrices de

Kissina, un nouveau magazine féminin afro-européen français, est sorti dans les kiosques il y a une semaine. Sandrine Nzinda et Charifa Madi, les deux jeunes créatrices du bimestriel, jouent la carte du métissage et du partage culturel. Sandrine Nzinda, rédactrice en chef et directrice de publication, nous explique en quoi Kissina est différent de ses grands frères.

Les femmes noires et métisses de France en rêvaient, Kissina l’a fait. Le premier numéro de ce magazine bimestriel féminin afro-européen est sorti dans les kiosques le lundi 4 octobre. Son concept tient en un slogan « Partageons nos origines ». D’où le nom Kissina, qui signifie « origine » en swahili. De quoi résumer très simplement l’objectif des deux jeunes créatrices, Sandrine Nzinda et Charifa Madi, qui veulent faire partager la culture africaine aux Européens. Sandrine Nzinda, rédactrice en chef et directrice de publication, revient sur ce qui fait la force de ce nouveau média.

Afrik.com : Qui a eu l’initiative de créer Kissina ?

Sandrine Nzinda :
Je suis à l’origine du concept. Je mûrissais l’idée depuis trois ans, au moment où je suivais mes études de BTS. J’avais envie d’un magazine qui me ressemble plus. J’en ai parlé à Charifa, qui était dans le même lycée que moi et avec qui j’ai la même vision des choses. C’est à l’automne dernier qu’elle s’est jointe à moi. Elle est mon associée et rédactrice en chef adjointe du magazine.

Afrik.com : Quelle est la cible du magazine ?

Sandrine Nzinda :
Il y en a plusieurs car nous sommes un magazine ouvert et nous ne voulons pas être communautaristes. Le magazine s’adresse en premier lieu aux femmes noires et métisses, âgées de 18 à 30 ans et vivant en France. J’insiste sur le fait qu’elles soient nées en France car la façon de penser change selon le contexte dans lequel on vit. Je pense que les mentalités sont différentes si l’on est afro-américain, afro-antillais, afro-africain.
Ensuite, nous visons les populations ethniques (maghrébines, asiatiques,…) et enfin les Européennes qui ne connaissent pas l’univers afro. Le noyau de Kissina est afro, mais nous invitons toutes les cultures. Nous souhaitons aussi que les hommes feuillettent Kissina, car les sujets de certaines de nos rubriques, comme « Connais-tu ma belle Afrique ? » ou certains sujets société, peuvent les intéresser.

Afrik.com : Est-il vraiment possible de concilier les cultures afro et européenne ?

Sandrine Nzinda :
La clé pour que cette combinaison marche est d’avoir un discours fluide, compréhensible et surtout pas sectaire. D’ailleurs, notre équipe aussi est métissée de façon à ce que chacun apporte ses suggestions et ses attentes en fonction de ses racines.
Ce métissage sera plus marqué dans le second numéro.

Afrik.com : Quelle est votre différence par rapport aux autres magazines féminins afro-européens du marché ?

Sandrine Nzinda :
Tous parlent de la femme afro. Nous avons décidé de nous préoccuper des femmes afro-européennes. De plus, j’insiste sur le fait qu’au-delà d’être un simple féminin, Kissina développe un réel état d’esprit focalisé sur le partage et la volonté d’accepter les différences de chacun. Il se veut être un portail d’ouverture entre la culture noire et européenne. Nous aimerions que Kissina puisse devenir une vitrine socioculturelle et un outil intégration.

Afrik.com : Dans votre premier numéro, vous abordez des thèmes qui touchent à la sexualité, ce qui est plutôt tabou chez les Africains. Ne craignez-vous pas que les femmes se braquent ?

Sandrine Nzinda :
Parler de sexe n’est pas facile compte tenu de notre culture, mais je ne pense pas que les articles soient choquants. Ils ont un titre accrocheur, mais le contenu n’est pas racoleur. Ce qui est par exemple moins le cas de magazines qui ont sur leur couverture un titre comme « les dix meilleures façons d’être habile au lit ». Nous ne sommes pas dans ce créneau. Le sexe, surtout dans la communauté afro, on le pratique dans tous les sens (excusez moi du terme), mais lorsqu’il s’agit dans parler ouvertement et sérieusement les personnes ont tendances à se braquer. Le sexe fait partie de la vie et il y a des réalités qu’il faut relater. L’étroitesse d’esprit peut amener à de sérieux dégâts, car quand on ne connaît pas on a tendance à rejeter sans fondement.

Afrik.com : Certaines photos sont assez dénudées… N’avez-vous pas peur de choquer ?

Sandrine Nzinda :
Nous faisons des choses dans l’air du temps. En l’occurrence le thème de la beauté du numéro un est le grunge, alors on ne va pas montrer une femme souriante et couverte de la tête aux pieds. Arrêtons un peu de jouer les prudes. Aujourd’hui, nous voyons des seins ou des fesses partout que ce soit pour vendre du riz, un yaourt ou une voiture, … Ce n’est pas parce que nous sommes un magazine « afro » que nous devons surveiller ce que nous disons pour ne pas choquer les âmes sensibles.

Afrik.com : Beaucoup de magazines afro naissent mais meurent rapidement. Comment comptez-vous faire pour durer ?

Sandrine Nzinda :
Les annonceurs sont devenus très méfiants à cause de certaines mauvaises expériences et maintenant ce n’est qu’à partir du numéro deux qu’ils sont plus enclins à investir. Ils ont besoin de gages de confiance. Mais du coup, il faut mettre beaucoup de sa poche au départ pour rester dans la course. Tout est une question de financement. C’est pourquoi nous allons faire énormément de communication et que nous avons un bon pôle commercial et une bonne régie publicitaire.

Afrik.com : Pourquoi avoir créé la rubrique « Belle en rondes » ?

Sandrine Nzinda :
Je voulais les mettre à l’honneur, cela ne s’est jamais vu. Et moi aussi j’ai de petites rondeurs (rires)… Alors je voulais qu’on puisse toutes être bien dans notre peau. Qu’on soit mince ou ronde.

Afrik.com : Quels problèmes avez-vous rencontré pour monter Kissina ?

Sandrine Nzinda :
Cela nous a pris du temps. Comme nous n’étions pas du milieu, nous avons dû réunir toutes les compétences nécessaires. Beaucoup étaient pessimistes. L’edition est un secteur onéreux, il a fallu des apports financiers importants.

Afrik.com : Avez-vous déjà eu envie de tout arrêter ?

Sandrine Nzinda :
Je n’ai jamais eu envie d’arrêter. C’est mon bébé, un reflet de moi-même, le fruit de mon imagination. Qui n’aimerait pas que ses idées prennent vie ? Et puis nous avons reçu beaucoup de soutien et d’aide. Alors pour tous ceux qui nous ont supporté, je ne veux pas baisser les bras.

Afrik.com : Après une semaine dans les kiosques, avez-vous eu des retours positifs ?

Sandrine Nzinda :
Oui, beaucoup. Beaucoup de femmes nous remercient de mettre l’accent sur des femmes de tous les jours et pas seulement des tops models. On nous félicite aussi pour notre ouverture d’esprit, pour avoir abordé des sujets osés et pour notre engagement à faire découvrir la culture africaine aux Européens. Certains médias sont intéressés pour nous faire une promotion, des bibliothèques veulent prendre un abonnement, d’autres nous proposent des subventions. Il y a aussi eu quelques retours négatifs de personnes qui nous trouvent trop « provoc » ou qui estiment qu’il n’y a pas assez d’équilibre entre les rubriques et qu’il manquait de quoi donner envie à la lectrice de garder le magazine. Nous tiendrons compte des critiques, bonnes ou mauvaises.

Afrik.com : L’afro-européanité est en vogue. Kissina a-t-il suscité des vocations?

Sandrine Nzinda :
D’après mes informations, deux personnes qui ont travaillé chez Afrobiz, Miss Ebène et Black Match devraient sortir un magazine un peu calqué sur le nôtre en novembre ou décembre prochain. Cela me met un peu en colère parce que je trouve dommage de ne pas innover et de copier. Mais comme certains m’ont dit, si on nous copie, c’est quelque part un compliment. Cela signifie que l’idée est bonne.

Afrik.com : Que nous réserve le deuxième numéro ?

Sandrine Nzinda :
La citation d’Edmund Kurke que j’ai retenue pour annoncer le deuxième numéro, dont la sortie est prévue le lundi 6 décembre, est la suivante : « The only thing necessary for the triumph of evil is for good men to do nothing », qui signifie en substance « Aidons son prochain ». Quelques pages mode hommes sont aussi au programme. Cela peut donner des idées aux femmes pour relooker leurs maris ou compagnons pour les fêtes! (rires). Par ailleurs, nous avons tenu compte des remarques et nous allons ajouter de nouvelles rubriques.