Kinshasa succombe à la fièvre Kotazo

Lorsque Papy Mbavu a créé le Kotazo, il ne pensait pas qu’il ferait un tel tabac. Et pourtant. Ce mouvement musical made in Kinshasa est largement diffusé dans les boites, sur les radios, sur Internet… Une popularité que n’a pu arrêter la censure temporaire du morceau, jugé obscène.

Petit Kotazo est devenu grand. Papy Mbavu n’en revient toujours pas. Ce jeune homme de 28 ans a inventé ce mouvement musical entraînant il y a deux ans et demi avec une dizaine de proches et d’amis. C’était dans la banlieue de Kinshasa, la capitale de la République Démocratique du Congo (RDC). « Ce style de musique et de danse m’a été inspiré par notre population, confie calmement l’artiste. Les jeunes gens se regroupaient en ce que vous appelleriez peut-être des gangs. Ils avaient tendance à mal se conduire, à se battre. Nous avons alors décidé d’intervenir, de nous interposer. »

Danse de la grippe aviaire et tecktonik

D’où le nom Kotazo, qui signifie « l’homme fort, robuste » en ngbandi, l’une des langues et ethnies du vaste pays d’Afrique centrale. Avant de se lancer dans la musique, Papy Mbavu a brillé dans le sport. Il a goûté au judo, au karaté et à la boxe – des disciplines dont il a recyclé les gestes pour sa danse. Une danse qui, côté garçons, fait parfois penser à un mélange de danse de la grippe aviaire et de tecktonik. Chez les filles, on assiste généralement à un spectacle de postérieurs tourbillonnants.

Une nouvelle forme de divertissement, se sont réjouis certains. De l’obscénité, a condamné la Commission nationale de censure. Le « clip et les chansons contiennent des paroles et des images contraires aux bonnes mœurs. Nous avons estimé que ce sont des chansons obscènes », avait tranché en juillet Mazala Mango, président de la structure, fustigeant au passage des entorses au protocole d’enregistrement concernant les œuvres musicales.

Le Kotazo prend son envol

Revenant sur l’accusation d’obscénité, Papy Mbavu estime que l’un des pas de la danse a été mal interprété par la Commission. « Les filles adorent le pas qui consiste à s’accroupir un peu vers l’arrière. Vous voyez ce que ça donne. Mais loin de moi l’idée de choquer, je voulais transmettre un message et mettre un peu de gaieté dans la société », explique l’artiste, un peu gêné. Quant aux paroles, il affirme qu’il parle, dans les grandes lignes, « de paix et de tranquillité ». « Au début, je dis que c’est la galère mais qu’il faut se calmer », précise-t-il.

Frédéric Valentin Montiri est chargé de programmation chez Top Congo FM. Selon lui, ce qui a choqué les censeurs est plutôt le fait qu’il parle de « string et de faire l’amour. Il était cru dans ses propos ». Reste que le Kotazo n’est désormais plus banni en RDC. Grâce à l’intervention de deux avocats, « la censure a été levée il y a environ six mois », indique Papy Mbavu. La censure n’aurait toutefois jamais vraiment été appliquée en raison des difficultés de contrôle et de la popularité du Kotazo, largement diffusé en radio et dans les boîtes, d’après Frédéric Valentin Montiri.

Promotion Internet

La popularité du mouvement a fait un petit : Kotazo 2, qui sera bientôt suivi d’un petit dernier… Papy Mbavu ne s’explique pas vraiment ce succès faisant de lui une star réclamée par la diaspora africaine d’Europe. Il reconnaît cependant que la diffusion de son clip sur Internet a joué un grand rôle. « Je remercie tous ceux qui ont fait ça. C’est une publicité mondiale qu’ils m’ont faite là ! », se satisfait le chanteur.

Les fans ne se contentent pas de faire circuler son clip. Filles et garçons se filment en train de danser le Kotazo et mettent en ligne les images sur les sites de partage de vidéos. Certains improvisent, d’autres créent une chorégraphie… L’un d’entre eux sera-t-il le Papy Mbavu de demain ? Pas impossible. Mais le leader du mouvement est serein : « Si des jeunes peuvent imiter le style, ça me fera un grand plaisir. On ne fait pas de la musique pour faire de la musique, il faut préparer la relève ».

Voir le clip de « Kotazo » :