
Il reste encore des glaciers au sommet du Kilimandjaro, en Tanzanie. Mais ces glaces mythiques, qui coiffent le toit de l’Afrique depuis près de douze millénaires, ont perdu l’essentiel de leur surface depuis le début du XXe siècle. Leur recul spectaculaire offre l’un des symboles les plus visibles du dérèglement climatique sur le continent.
Au sommet du Kilimandjaro, à 5 895 mètres d’altitude, la neige n’a pas encore totalement disparu. Contrairement aux prévisions qui annonçaient la fin des glaciers entre 2015 et 2020, des blocs de glace subsistent encore sur le volcan tanzanien. Mais ils ne sont plus que les fragments d’un monde en train de s’effacer.
Selon le glaciologue Douglas Hardy, spécialiste du climat à l’université du Massachusetts Amherst et fin connaisseur du massif, la surface des glaciers du Kilimandjaro a cependant diminué d’environ 91 % depuis 1912, date des premières cartographies précises. L’UNESCO estime de son côté que les glaciers africains situés dans des sites du patrimoine mondial, dont ceux du parc national du Kilimandjaro et du mont Kenya, devraient très probablement disparaître d’ici 2050.
Un symbole africain du réchauffement
Le Kilimandjaro est une des images fortes du changement climatique. Une montagne tropicale posée près de l’équateur, dont la blancheur recule année après année. Le sommet enneigé incarnait une permanence naturelle que les populations locales et les visiteurs associaient à l’identité même du continent. Cette perception a profondément changé.
La NASA rappelle que les glaces du Kilimandjaro ont persisté pendant près de 11 700 ans, traversant des périodes de sécheresse et de variations climatiques intenses, notamment une sécheresse de trois siècles survenue il y a environ 4 000 ans. Mais depuis plus d’un siècle, la tendance s’est brutalement inversée. Entre 1912 et 2011, plus de 85 % de la masse glaciaire du sommet avait disparu, selon les observations de l’agence américaine.
Pas seulement une question de « fonte »
L’histoire est toutefois plus complexe qu’un simple glacier qui fond au soleil. Au sommet du Kilimandjaro, l’air reste très froid. Les chercheurs soulignent le rôle de la sécheresse, de la diminution des chutes de neige et de l’ensoleillement sur les parois verticales des glaciers. Des études publiées dans PNAS et par des glaciologues autrichiens et néo-zélandais indiquent même que la hausse des températures locales n’est pas le facteur déterminant. En effet, ceseait principalement la modification du régime de précipitations, liée au réchauffement des eaux de l’océan Indien depuis la fin du XIXe siècle, qui prive les glaciers de neige fraîche.

Autrement dit, les glaciers ne sont pas seulement attaqués par la chaleur. Privés d’apports en neige nouvelle, exposés à un rayonnement solaire accru par une atmosphère plus sèche et moins nuageuse, leurs parois reculent, se fragmentent, s’isolent, puis disparaissent.
Une perte patrimoniale et scientifique
La disparition annoncée des glaciers du Kilimandjaro effacerait aussi une archive climatique car les glaces tropicales conservent des traces précieuses sur l’histoire de l’atmosphère et les variations environnementales de l’Holocène. Lorsqu’elles disparaissent, une partie de cette mémoire naturelle disparaît avec elles.
L’impact hydrologique direct reste plus limité qu’on ne le croit souvent. Les glaces du sommet n’alimentent pas directement les sources d’eau du massif, qui proviennent surtout de la condensation nuageuse à environ 3 000 mètres d’altitude. Mais le recul des glaciers du Kilimandjaro touche à l’identité du paysage, au tourisme, à la biodiversité de montagne et à la manière dont le changement climatique est perçu et vécu en Afrique.
Le toit du continent n’a pas encore perdu toute sa neige. Mais chaque année rapproche le Kilimandjaro d’un basculement qui, selon l’UNESCO, sera consommé avant 2050.




