Afrique de l’Est : l’Ouganda et la Tanzanie lancent un mégaprojet énergétique de plus de 20 milliards de dollars


Lecture 3 min.
Afrique de l’Est : l’Ouganda et la Tanzanie lancent un mégaprojet énergétique de plus de 20 milliards de dollars
Yoweri Kaguta Museveni et Samia Suluhu Hassan

Les présidents Yoweri Kaguta Museveni et Samia Suluhu Hassan ont approuvé un protocole d’accord pour la création du pôle énergétique régional de Tanga, un projet estimé à plus de 20 milliards de dollars. Au-delà de l’exportation du pétrole brut, l’Ouganda et la Tanzanie veulent bâtir une véritable plateforme industrielle capable de transformer localement les ressources énergétiques et de renforcer l’intégration économique de l’Afrique de l’Est.

Signé entre la Compagnie nationale pétrolière ougandaise (UNOC), la Société tanzanienne de développement pétrolier (TPDC) et Vitol Bahrain EC, le protocole d’accord définit les bases d’un vaste complexe énergétique qui sera implanté à Tanga, sur la côte tanzanienne de l’océan Indien.

Adossé à l’oléoduc d’Afrique de l’Est (EACOP), ce futur hub réunira des infrastructures de raffinage, de stockage, de logistique, de pétrochimie et de transport des produits énergétiques. Les présidents Yoweri Kaguta Museveni et Samia Suluhu Hassan y voient un changement de paradigme. En effet, il ne s’agit plus seulement d’exporter du pétrole brut, mais de créer davantage de valeur sur le continent grâce à une transformation locale des hydrocarbures.

Accélérer l’industrialisation régionale

Le projet de Tanga entre dans le cadre d’une stratégie qui vise à accélérer l’industrialisation de l’Afrique de l’Est. Pour Kampala comme pour Dodoma, les ressources naturelles doivent désormais servir de moteur au développement économique plutôt que d’alimenter exclusivement les marchés internationaux.

« L’EACOP transporte des molécules. Le pôle énergétique régional de Tanga transforme ces molécules en prospérité », a résumé le ministre tanzanien de l’Énergie, Deo Ndejembi.

La ministre ougandaise de l’Énergie, Monica Musenero Masanza, a insisté sur la nécessité pour l’Afrique de dépasser le modèle d’exportation des matières premières afin de créer des emplois qualifiés dans les secteurs de l’ingénierie, de la maintenance industrielle, des technologies et de la gestion énergétique.

Un projet complémentaire à la raffinerie de Hoima

Les autorités ougandaises assurent que le futur hub de Tanga ne concurrencera pas la raffinerie de Hoima, dont la décision finale d’investissement est désormais attendue début 2027, pour une entrée en service envisagée entre 2029 et 2030.

Alors que Hoima répondra principalement aux besoins du marché ougandais, Tanga est conçu comme une plateforme régionale destinée à approvisionner l’Afrique de l’Est et une partie de l’Afrique centrale.

Le projet prévoit également la réalisation d’un oléoduc bidirectionnel destiné au transport de produits pétroliers raffinés entre les deux pays, ainsi qu’un gazoduc transfrontalier dont les études techniques devraient être finalisées avant la fin de l’année 2026.

En parallèle, l’Ouganda poursuit le développement de son réseau électrique régional grâce à un financement de 250 millions de dollars de la Banque mondiale destiné à une ligne d’interconnexion de 400 kilovolts avec la Tanzanie, appelée à renforcer les échanges d’électricité au sein du Pool énergétique d’Afrique de l’Est.

L’EACOP, colonne vertébrale du projet

Le futur complexe industriel reposera sur l’oléoduc d’Afrique de l’Est (EACOP), long de 1 443 kilomètres. Présenté comme le plus long oléoduc chauffé électriquement au monde, il doit acheminer jusqu’à 230 000 barils de pétrole brut par jour depuis les champs pétroliers de Tilenga et Kingfisher, dans l’ouest de l’Ouganda, jusqu’au port tanzanien de Tanga.

Pour les autorités ougandaises, l’ensemble des infrastructures pourrait générer des milliers d’emplois, renforcer la sécurité énergétique régionale et réduire la dépendance de l’Ouganda aux importations de produits pétroliers, qui représentent actuellement près de deux milliards de dollars par an.

Casimir Vodjo Kpenou
LIRE LA BIO
Vodjo Kpenou Casimir est un journaliste béninois basé à Cotonou, titulaire d'une licence en journalisme de l'Institut Universitaire Panafricain de Porto-Novo (2019). Il a forgé son expérience dans des rédactions web africaines. Engagé dans la lutte contre la désinformation, il est membre actif de l'African Fact-Checking Alliance et contributeur au réseau Wikipédia pour l'Afrique francophone.
Newsletter Source préférée