Khorma : bêtise divine ou humaine ?

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Khorma « La bêtise » est le premier long métrage du Tunisien Jilani Saadi. Il concourt pour le Prix de la Francophonie durant le Festival du film de Paris qui se tient depuis le 29 mars dans la capitale française. Khorma « La bêtise » est une incursion filmée, dans l’univers d’un être différent, qui vous enchantera par son authenticité, sa simplicité mais surtout son efficacité.

Khorma est différent ! Certainement. Rouquin mais aussi légèrement attardé. Bou Khaleb, le colporteur du village l’a pourtant pris sous son aile. Au jeune orphelin, il transmet son savoir unique : celui de prieur pour les morts. Tout le monde dans ce quartier de la ville de Bizerte (Nord de la Tunisie) trouve néanmoins son petit protégé, interprété par un Med Graya criant de vérité, débile. Entre alors en scène le destin qui fait basculer la vie de ces deux hommes…Voilà en quelques lignes, la trame de Khorma « La bêtise », le premier film du réalisateur tunisien Jilani Saadi. Le film est l’un des sept longs métrages en course pour le Prix de la Francophonie dans le cadre de la 19è édition du Festival du film de Paris qui se tient actuellement dans la ville des Lumières.

Le cinéaste y dépeint une Tunisie moderne, où les femmes jouissent d’une certaine liberté mais où la tradition a encore toute sa place. Les jeunes y arborent les maillots de leurs joueurs ou équipes de football préférés. On y voit également une Tunisie, comme sur tout le continent, où les funérailles et les noces sont le lieu où les plus pauvres trouvent de quoi faire honneur à leurs panses. Mais le plus important reste la qualité du travail de Jilani Saadi et du casting pour retranscrire l’univers d’un mal-né, de la façon dont il est perçu et de l’univers qu’il se crée. La paire que forment Khorma et Bou Khaleb a des allures de vieux couple surtout quand le colporteur lui assène, quitte à radoter, ses sages conseils du genre : « Quand on est pauvre, il faut également être sourd et muet ». Comme si le kharma de Khorma n’était pas déjà assez pesant…

Si différent, si semblable

Tout l’indique pourtant. De son nom, qui signifie bêtise en arabe, en passant par des surnoms comme « tête de malheur » jusqu’à ces goûts musicaux. Car Khorma a un faible pour le légendaire Abdel Halim dont l’une des chansons, qui parle d’une triste destinée, semble avoir été écrite pour lui. Khorma n’est en effet pas comme les autres et tout le monde le lui fait savoir. « Tu es vraiment fait n’importe comment », lui dit d’ailleurs l’un de ses jeunes amis alors qu’il découvre que son acolyte dispose de deux orifices urinaires. Khorma subit bien évidemment les outrages dus à son rang, ceux dont sont souvent victimes les plus faibles et les innocents. Même quand il travaille, son labeur n’est pas rémunéré. C’est l’idiot mais aussi le bouffon du village. Comme une parenthèse enchantée, la reconnaissance viendra mais suffira-t-elle à gommer sa différence…

Quelques effets techniques qui feront certainement plaisir à vos yeux rivés sur l’écran, des personnages forts, campés par des acteurs plein de justesse font de Khorma un très belle œuvre de fiction. Rythmé et plein d’humour, le film de Jilani Saadi ne soufre d’aucune longueur, ni d’aucune lourdeur et traite avec maestria d’une des tragédies de la vie. Celle de ceux qui sont différents et par conséquent inaccessibles pour le commun des mortels. Si, par hasard, vous n’avez pas compris le message subliminal, le voici en termes clairs : Khorma « La bêtise » est à voir absolument !

 Khorma « La bêtise », sortie française prévue pour juin 2004.