khat par khat

Les pays producteurs de café se tournent de plus en plus massivement vers la culture de plantes narcotiques, comme le khat, pour palier la baisse constante du prix de la fève de café. C’est le constat de l’ONG Oxfam, qui a publié mardi une étude sur cette question, à la veille d’un sommet à Genève entre institutions internationales, industriels et producteurs de café.

Cultiver de la drogue. Ethiopie, Burundi, Ouganda, Rwanda, les pays africains producteurs de café ont trouvé la solution à la chute constante du cours de la fève sur le marché. Sans l’aide du Fonds monétaire international, de la Banque mondiale ou d’une autre institution financière. Poussés par la nécessité, et l’intérêt, ils sont de plus en plus nombreux à se recycler dans la culture de plantes toxicomanogènes. L’Organisation non gouvernementale (ONG) Oxfam, qui milite pour un commerce équitable, a publié mardi une étude sur la question. A la veille d’un sommet à Genève qui doit réunir les principaux acteurs du marché du café. Le souhait principal de l’organisation : que les grands groupes occidentaux, (Nestlé, Procter and Gambler…) qui eux, prospèrent, achètent les fèves de café à un prix plus « décent ». De façon à ce que les agriculteurs ne soient pas tentés de se tourner vers la culture de la coca ou de la marijuana, en Amérique latine, ou vers celle du khat, en Afrique de l’Est. Un stimulant naturel consommé depuis des siècles dans la corne africaine, mais considéré comme une drogue dans certains pays.

Un commerce inique

Dans la province éthiopienne d’Harrar, il y a encore quelques années, les agriculteurs vendaient le kilo de café autour de 3 dollars. Ils n’en tirent plus que 86 cents, selon l’étude menée par Oxfam. Du coup, en l’espace de cinq ans, la part du café dans les recettes extérieures éthiopiennes est passée de 70%, avec 330 millions de dollars de revenus, à 35% et 165 millions de dollars. « Le secteur du café dans les pays en développement, et en particulier en Ethiopie, est dans une crise profonde. Les prix du café ont chuté et il n’y a aucune raison de croire que cette tendance va s’infléchir », avait expliqué le Premier ministre éthiopien, Meles Zenawi, lors d’un sommet sur le café organisé par Oxfam, à Addis Abeba, en septembre 2002.

« En dépit de cet effondrement de la valeur de la fève de café, il n’y a pas eu de réduction significative du prix payé par le consommateur. Ce qui n’est pas étonnant puisque l’agriculteur éthiopien ne touche qu’un pour cent de ce montant (…) Il n’y a pas de preuve plus flagrante de l’iniquité du commerce mondial », avait conclut le chef de l’Etat éthiopien. Selon l’ONG britannique, les pays producteurs de café ont vu leurs revenus passer de 12 à 5,5 milliards de dollars en dix ans. Dans le même laps de temps, les revenus de la vente de ce même café, dans les pays industrialisés, seraient passés de 30 à 70 milliards de dollars.

Des cultures rentables

Devant l’absence de réaction des institutions financières internationales et des industriels du café, les agriculteurs d’Afrique et d’Amérique latine se sont recyclés dans des cultures plus rentables. Le khat en fait parti. Les Etats-Unis, le Canada, la Norvège ou encore la Suède classent cette plante dans la catégorie des drogues. Et les chercheurs africains sont de plus en plus nombreux à tenter de convaincre les agriculteurs de ne plus le cultiver. Sans succès, vu les conditions du marché. De la même façon, la pression est de plus en plus forte sur la Grande-Bretagne, principal marché occidental de ce narcotique, ainsi que sur les autres pays européens, pour son interdiction.

Selon l’étude d’Oxfam, les revenus provenant du khat en Ethiopie ont doublé en cinq ans, atteignant les 58 millions de dollars. Ils représentent 13% des recettes extérieures. Comparé au café, le kilo de « thé d’Abyssinie » se vend à 9 dollars le kilo. Et sa culture demande moins de travail que le caféier. Dans ces conditions, seuls des décisions fortes des instances financières internationales pourraient infléchir la tendance et éventuellement freiner sa culture. D’autant que l’Etat éthiopien, qui la contrôle et en tire des revenus substantiels, n’a aucune raison d’y mettre fin.