Khartoum se démarque

Le Soudan ne sait plus quoi faire pour plaire aux Etats-Unis. Le président Al Béchir multiplie les opérations de charme pour épater George Bush. Dernière action en date : interdiction totale aux militants d’Al Qaïda, réseau de Ben Laden, de se réfugier au Soudan. Le gouvernement a distribué aux autorités de tous les aéroports, ports et postes frontières soudanais une liste comprenant les noms de 20 personnes, ordonnant l’interdiction de leur entrée au Soudan.

Depuis  » la victoire  » des Etats-Unis en Afghanistan, le Soudan revient, trop souvent aux yeux de Khartoum, dans la bouche des officiels américains. Avec la Somalie, il était désigné comme une  » cible probable « , accusé de protéger les fidèles de Ben Laden. Khartoum, depuis le 11 décembre, réitère à qui veut l’entendre qu’elle est disposée à coopérer avec Washington dans sa lutte antiterroriste. Mais le régime d’Al Béchir n’arrive pas à gommer l’image d’un pays paria. Non seulement, il a donné refuge à Ben Laden pendant près de sept ans (90-96) mais il a érigé l’islamisme en politique d’Etat dans un pays partagé entre chrétiens, animistes et musulmans. En instaurant la charia’, Khartoum a volontairement occulté ses autres composantes.

Esclavagisme. Pis, Khartoum porte la détestable l’étiquette d’un pays esclavagiste. Les cris d’indignation des autorités ne convainquent pas les ONG et les instances internationales. Réfractaire à toute enquête internationale, Khartoum redécouvre les vertus du dialogue. L’isolationnisme a été, économiquement, trop lourd. Le régime d’Al Béchir vient même d’accepter qu’une commission, dirigée par un sénateur américain, vienne enquêter sur  » la vente d’esclaves « . Poussant sa logique jusqu’au bout, Khartoum a aussi demandé la médiation américaine dans le conflit qu’il l’oppose à la rébellion sudiste.

Que cherche khartoum ? A exploiter ses gisements pétroliers, découverts récemment, diront certains. A sortir d’une guerre économique qui l’a épuisé, répondront d’autres. C’est sûrement pour toutes ces raisons. Mais ce n’est certainement pas parce que le régime islamiste a été, soudainement, subjugué par la démocratie. Terme toujours impie au Soudan.