Khadafi fait la leçon à Sarkozy sur les droits de l’homme

Après avoir nié mardi avoir abordé la question des droits de l’homme dans son pays avec Nicolas Sarkozy, Mouammar Khadafi a fait la leçon aux Européens et particulièrement à la France sur ce thème. Devant des représentants de la communauté africaine réunis à l’Unesco, il s’est interrogé sur les raisons qui poussent des jeunes gens issus de l’immigration à casser et incendier… les invitant à rentrer sur leur continent s’ils ne sont pas certains d’être traités à l’égal de leurs compatriotes.

Khadafi n’apprécie plus d’être constamment renvoyé à la situation des droits de l’homme dans son pays depuis qu’il a posé les pieds sur le territoire français. Mardi, sur la chaîne publique France 2, il a nié avoir abordé cette question avec son homologue français et affirmé qu' »aujourd’hui, la question des droits de l’homme ne se pose pas » en Libye. La veille, après une entrevue avec le Guide de la révolution libyenne, Nicolas Sarkozy a pourtant affirmé devant la presse avoir « dit au président Kadhafi combien il fallait continuer à progresser sur le chemin des droits de l’homme, dans tous ses aspects ». Un entretien que ses collaborateurs ont confirmé.

Las, Mouammar Khadafi – qui ne se considère pas comme un président mais comme un Guide sans pouvoir, celui-ci étant dans la Jamahiriya (Etat des masses) théoriquement détenu par le peuple – ne s’est pas contenté de nier. Il a contre-attaqué mardi soir devant des représentants de la communauté africaine en France réunis à l’UNESCO. « Je m’intéresse aux Africains (…) et je remarque que l’intérêt des autres pour les Africains n’est pas le même, a-t-il expliqué, selon la traduction simultanée de l’arabe au français. Les Africains immigrés sont considérés comme des marginaux, des nécessiteux. Parfois, ils réagissent par des actes de violence, ils allument des incendies. Nous sommes contre la violence. Mais cela veut dire qu’ils vivent des situations difficiles, qu’ils souffrent. Cela mérite qu’on s’y intéresse. Pourquoi ces incendies qu’ils allument ? Et ce qu’il y a des droits qui ne sont pas respectés, qui sont violés ? », s’est-il interrogé.

« Quand nous parlons des droits de l’homme, nous devons aussi les appliquer aux étrangers »

Très applaudi par un public acquis, le chef de l’Etat libyen a poursuivi sa diatribe. « Nous sommes dans le pays des droits de l’homme (…) Le citoyen français, le citoyen belge, le citoyen anglais jouit de ces droits. Mais quand nous parlons des droits de l’Homme, nous devons aussi les appliquer aux étrangers (…) Qu’est ce qui fait que des jeunes brûlent des voitures, il y a des raisons, a-t-il insisté. Nous et le gouvernement français devrions le savoir. Nous avons besoin réciproquement les uns des autres. Il n’y en a pas un qui doit avoir la priorité sur l’autre. Cette question doit être étudiée en détail, a-t-il assuré, au contraire de son hôte, qui avait estimé le 29 novembre qu' »expliquer » les violences serait les « excuser ».

Mouammar Khadafi en a rajouté une dernière couche en regrettant que les Africains aient été « colonisés, réduits à l’esclavage », « utilisés dans les guerres », exploités pour « travailler dans le bâtiment, construire les routes, dessécher les marécages », puis « balancés dans les banlieues ». « La situation est claire, si nous n’avons pas notre place en Europe, nous avons notre continent », a-t-il conclu, promettant de « prendre soin » des personnes intéressées par un retour.

Utilisant toujours la première personne du pluriel pour s’identifier à son auditoire, il a expliqué que ses services allaient organiser « des groupes d’étude afin de vous contacter, discuter avec vous et savoir si nous devons rester ou rentrer chez nous ». En grande forme, « le soldat de l’Afrique » a invité les Européens d’origine immigrée récente à s’organiser « dans le cadre de la loi » afin d’être plus représentés dans les instances politiques européennes et françaises. Il pourra de nouveau discuter de ces aspects avec le président Sarkozy, qui le reçoit une dernière fois ce mercredi.

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