Keziah Jones très show dans le métro

Deux membres du groupe Adjabel

Keziah Jones est de retour dans le métro parisien, où il a commencé à chanter lorsqu’il avait 19-20 ans. Le chanteur nigérian s’est produit dans quatre stations pour faire la promotion de son dernier album, Nigerian Wood. Chaque fois, les fans et curieux se sont rendus en masse au rendez-vous. Afrik a pu le constater ce jeudi à Montparnasse. Ambiance.

13h30 à Montparnasse. Des flèches rouges libellées du sceau « RATP Destination Musique » marquent le chemin menant au concert. Au bout de la piste, une petite scène couverte de tapis, des amplis et, déjà, quelques caméras… Une jeune femme, non journaliste, reste scotchée au dispositif de sécurité. « Je suis allée hier (mercredi, ndlr) au concert de Keziah Jones à Olympiades, raconte Céline, 27 ans. Il y avait énormément de monde, jusque dans les escalators et les escaliers. »

« Je vais peut-être acheter son dernier album »

Céline n’est pas fan de Keziah Jones mais, en un concert, elle l’est devenue. « Comme tout le monde, je ne connaissais de Keziah Jones que « Rythm is love ». Mais j’ai tellement aimé le spectacle d’hier que je vais peut-être acheter son dernier album », confie-t-elle. Et d’ajouter : « Je me demande s’il reste des places pour son concert à l’Olympia le 13 novembre… ».

Deux membres du groupe AdjabelAlors que le trio haïtien d’Adjabel, la première partie du chanteur nigérian, se prépare sur fond de percussions, une fan de toujours de Keziah Jones se confie. « Il a une musique tribale et tripale qui m’a permis d’accéder moi-même à la musique. Je le suis depuis le début et ce qui m’intéressais c’était de voir son évolution », commente Rose-Marie, 68 ans.

700 personnes

Du coup, cette baba-cool des temps modernes a assisté à tous les concerts gratuits que Keziah Jones a donné dans le métro, avec le soutien du Réseau Agrée Transport Parisien (RATP). Des concerts qui ont connu un franc succès. « Rien que ce matin nous avons reçu 33 000 demandes pour le concert de Montparnasse. En tout, 700 personnes sont venues à Miromesnil et Olympiades. La moitié était des gens qui passaient par là et les autres étaient des invités », explique Patrick Vautier, responsable marketing de la RATP.

L’artiste s’est-il montré à la hauteur des attentes de son public ? Si la majeure partie de ceux présents ont passé un bon moment, Rose-Marie a été un peu déçue. « A Miromesnil, il a peu joué mais c’était bien. A Olympiades, je n’étais pas contente : je pensais qu’il ferait un bœuf avec René Miller et ça n’a pas été le cas. En plus, Keziah Jones s’est beaucoup arrêté de jouer. Et le pire c’est que les jeunes l’applaudissaient ! Moi, j’aurais voulu siffler. C’était du sous-Jimmy Hendrix », lance-t-elle, dépitée et en colère.

Speed dating musical

Lorsqu’Adjabel entre en piste, un peu après 14h30, la foule est compacte et la chaleur se fait presque étouffante. Le groupe haïtien a commencé son show en jouant du nago, un rite du Nigeria, pour rendre hommage appuyé à Keziah Jones et rappeler le lourd héritage africain d’Haïti. L’audience peine à se dandiner, faute de place, mais elle ne manque pas d’encourager le groupe par des applaudissements.

Keziah JonesSur l’une de leurs musiques, le percussionniste se fond dans la foule et danse avec une, deux, trois… cinq partenaires. Un vrai speed dating musical ! C’est dans cette ambiance bon enfant que Keziah Jones arrive. Il est un peu plus de 15h. Acclamé à tout rompre, le prince de l’afro-beat chante des classiques et quelques titres de son nouvel album, Nigerian Wood, sorti en France le 1er septembre.

« Emouvant de chanter à nouveau dans le métro »

La foule écoute avec respect et en silence la voix de l’artiste de 40 ans passer du grave à l’aigu. Les yeux souvent fermés, Keziah Jones esquisse un sourire enjôleur, caresse l’assemblée de son regard tendre. Pas de doute, il est content d’être là. « C’est émouvant de chanter à nouveau dans le métro. (…) Pour la promotion de mon nouvel album, je me suis dit que c’était bien de retourner aux basiques », a-t-il expliqué.

C’est en effet dans le métro que Keziah Jones a commencé à chanter. Il avait alors 19-20 ans. Il se souvient : « J’ai beaucoup chanté à Châtelet-Les-Halles, Saint-Michel,… C’était difficile à l’époque, je vivais au jour le jour. (…) Pour attirer les gens, je portais un chapeau, une écharpe et les gens passaient en se demandant ce que j’allais faire. Quand je commençais à jouer, ils se disaient « ah, intéressant ». Et quand je commençais à chanter, je captais complètement leur attention. En fait, je leur faisais croire que je n’avais rien de spécial mais après j’accrochais leur esprit ».

La recette est toujours efficace. D’autant qu’aujourd’hui « il a un micro et des amplis » pour transporter sa voix, tantôt suave, tantôt féline. Pour ceux qui ne seraient pas convaincus du magnétisme de Keziah Jones, le chanteur se produira à Auber, ce samedi, pour le terminus de sa tournée underground.