Kenya : Uhuru Kenyatta prête serment, la CPI n’abdique pas

Le président kényan Uhuru Kenyatta a prêté serment ce mardi. Il devient ainsi le quatrième chef d’Etat du pays, cinquante ans après son père. Pour autant, la Cour Pénale Internationale n’a pas renoncé à le traduire en justice pour son rôle présumé dans les violences post-électorales de 2007-2008, qui ont 1000 morts et 600 000 déplacés. Contacté par Afrik.com, Human Rights Watch exige qu’il réponde de ses actes.

C’est fait. Uhuru Kenyatta est officiellement le quatrième président du Kenya, cinquante ans après son père Jomo Kenyatta, premier chef d’Etat du pays. A 51 ans, il est aussi le plus jeune dirigeant du Kenya. Il a prêté serment ce mardi devant des milliers d’invités. Il a posé sa main sur la bible et déclaré : « Moi, Uhuru Kenyatta, conscient du poids des responsabilités qui m’incombent en tant que président de la République du Kenya, je jure fidélité et allégeance à la République du Kenya ». Il a également promis de protéger et de faire respecter « la souveraineté, l’intégrité et la dignité du peuple kényan ».

Plusieurs chefs d’Etat africains ont assisté à la cérémonie, dont le président sud africain Jacob Zuma et l’Ougandais Yoweri Musevini. A l’exception de son principal opposant, Raila Odinga, quelque 60 000 partisans ont fait le déplacement au Stade Kasarani. Un stade décoré aux couleurs de drapeau national, noir, rouge, vert et blanc, selon BBC Afrique.

Une joie de courte durée ?

Actuellement, les partisans du président sortant sont euphoriques. Mais la joie risque d’être de courte durée. Bien qu’il soit élu à la tête du pays, la Cour Pénale internationale (CPI) qui le soupçonne, avec son vice-président William Ruto, d’êtres impliqués dans les violences post-électorales de 2007-2008, qui ont fait 1000 morts et 600 000 déplacés, n’a pas renoncé à le poursuivre.

Une accusation catégoriquement réfutée par la défense de l’accusé, qui réclame à la CPI d’abandonner les poursuites à l’encontre de son client.
« Les preuves sur lesquelles l’accusation compte s’appuyer sont complètement défectueuses » assure Steven Kay, l’avocat d’Uhuru Kenyatta.

La CPI aux aguets

Il n’y a pas que la CPI qui est en rogne contre le président kényan. Les organisations de défense des droits de l’homme tirent aussi la sonnette d’alarme. Human Rights Watch exige, dans un communiqué rendu public ce 9 avril, que les deux responsables kényans répondent de leurs actes.

Jointe par Afrik.com, Tiseke Kasambala, avocate sud-africaine et fonctionnaire à Human Rights Watch, n’y va pas de main morte, sommant le président kényan et son ancien colistier de coopérer pleinement avec la justice internationale. « Les deux doivent coopérer pleinement avec la CPI. Uhuru Kenyatta a, quant à lui, l’obligation de se présenter devant la CPI. Et c’est évidemment pour son bien », lance-t-elle.

Interrogée sur un éventuel refus d’Uhuru Kenyatta de se présenter devant la CPI, Tiseke Kasambala rétorque : « s’il refuse de coopérer et de répondre à la CPI, dans ce cas, celle-ci va déposer un mandat d’arrêt contre lui. Comme elle l’a fait avec le président soudanais Omar el-Béchir. Il n’y a pas à transiger là-dessus. La CPI ne va pas abandonner les poursuites contre Uhuru Kenyatta ! »