Kenya : Richard Lenana Ole Pulei, premier conseiller régional handicapé du pays

Richard Lenana Ole Pulei et son épouse

Le massaï Richard Lenana Ole Pulei est un élu pas comme les autres. Non parce qu’il circule en chaise roulante, mais parce qu’en dépit de son handicap – une raison supplémentaire de se surpasser -, il a choisi de servir ses concitoyens de la région Olkejuado au Kenya. Afrik l’a rencontré au sommet Africités qui se déroule actuellement à Nairobi.

De notre envoyée spéciale

CLLR Richard Lenana Ole Pulei, 49 ans, est l’un des membres du Country Council (un conseil régional) de Olkejuado dans le district de Kajiado dans la vallée du Rift au Kenya. Il représente l’Oloolua Ward, en pays massaï, soit plus de 14 000 citoyens. Il est l’un des deux conseillers qui représentent sa région au sommet Africités, le rendez-vous des collectivités locales africaines qui se tient depuis lundi dernier à Nairobi, la capitale kenyane. Elu local depuis 2003, Richard Lenana Ole Pulei bénéficie du soutien inconditionnel de sa femme Nancy qui lui apporte sa précieuse aide dans la conduite de ses activités.

Afrik.com : Mardi matin, vous participiez à un forum sur la participation des populations dans la vie des collectivités locales où vous remarquiez que les personnes handicapées n’étaient, non seulement pas impliquées dans ce processus, mais que rien n’était fait pour leur faciliter la vie. Avez-vous obtenu un début de réponse à la question que vous souleviez ?

CLLR Richard Lenana Ole Pulei :
Oui, dans la mesure où ma préoccupation a été prise en compte dans les recommandations de cet atelier. Les personnes handicapées doivent être véritablement associées à la prise de décision au niveau local.

Afrik.com : Menez-vous, à votre niveau, des actions à destination des personnes handicapées ?

CLLR Richard Lenana Ole Pulei :
Mon conseil régional m’a beaucoup soutenu dans cette perspective. Nous avons eu ainsi l’opportunité d’offrir à quelques uns des enfants handicapés et d’enfants d’handicapés des bourses pour leur permettre de poursuivre leurs études. Mais les bourses que nous mettons à disposition ne sont pas très importantes. C’est juste le strict minimum quand on considère que les personnes handicapées sont très pauvres, car elles n’ont pas la possibilité d’entrer en compétition. Et qu’en plus, elles ont besoin d’assistance, d’être suivies médicalement et de logements adaptés. Dans ces conditions, la vie au quotidien peut s’avérer très onéreuse. Néanmoins, le plus important avant tout, c’est qu’elles ont besoin d’être aimées par la société. Si elle ne leur donne pas de l’espoir, les personnes handicapées se sentent inutiles.

Afrik.com : Vous êtes l’exemple même de cette participation à la vie locale. Cela a-t-il été difficile pour vous ?

CLLR Richard Lenana Ole Pulei :
Cela n’a pas été facile parce qu’en tant qu’élu, vous devez convaincre les gens. J’étais en compétition avec huit autres candidats. Les enjeux sont d’autant plus importants que je suis originaire d’une zone rurale, des régions très pauvres où il n’y a pas d’infrastructures. Communiquer et circuler n’est donc pas très simple.

Afrik.com : Comment gérez-vous votre handicap dans l’accomplissement des tâches inhérentes à votre charge ?

CLLR Richard Lenana Ole Pulei :
Je suis aussi performant que n’importe qui d’autre. C’est un travail que j’aime et je veux faire la différence. Je m’emploie à démontrer à mes adversaires, qui pensent peut-être que je ne suis pas à la hauteur, que je peux même faire mieux.

Afrik.com : Y a-t-il des handicapés qui sont impliqués dans la vie locale dans votre région ?

CLLR Richard Lenana Ole Pulei :
Oui et ils font du bon travail. Nous avons, par exemple, un groupe de paraplégiques qui aide les gens paralysés à mieux vivre avec leur handicap. Ils auraient besoin de plus de soutien de la part de la communauté et du gouvernement.

Afrik.com : Le gouvernement kenyan fait-il, selon vous, ce qu’il faut pour les personnes handicapées ?

CLLR Richard Lenana Ole Pulei :
Le gouvernement les soutient, mais il est temps qu’il s’implique davantage. Comme je vous le disais tantôt, les handicapés ne sont pas pris au sérieux. Les gens ne perçoivent pas la gravité de nos difficultés. Aujourd’hui, nous sommes prêts à nous faire entendre pour la défense de nos intérêts afin que l’Etat puisse agir dans ce sens.

Afrik.com : Avez-vous réussi à sensibiliser vos collègues quant à la situation des handicapés ?

CLLR Richard Lenana Ole Pulei :
Il y a une véritable prise de conscience parmi eux. Je suis le premier handicapé au Kenya à me retrouver à un tel poste. Ils ont ainsi découvert qu’une personne comme moi pouvait être tout à fait performante. Il y a eu également une prise de conscience au sein des populations en général, surtout dans le district d’où je viens. Les Massaï ne traitent pas bien les handicapés, ils ont tendance à cacher les enfants qui le sont. Je me suis d’ailleurs attelé à aller les chercher au fin fond des villages pour les scolariser.

Afrik.com : Qu’est-ce qui vous a poussé à vous investir dans la vie de votre région ?

CLLR Richard Lenana Ole Pulei :
J’étais déjà très impliqué dans le service aux communautés, notamment ceux en direction des personnes handicapées pour une meilleure intégration de celles-ci dans la vie communautaire.

Afrik.com : Que faisiez-vous avant de devenir élu local ?

CLLR Richard Lenana Ole Pulei :
J’étais fonctionnaire. J’étais parmi les 26 000 personnes qui ont été compressées en 2000 par l’Etat kenyan dans le cadre de mesures d’ajustement structurel. C’est après cela que j’ai commencé à m’investir dans la vie communautaire. Je voudrais profiter de l’occasion pour demander aux gouvernements africains de cesser de compresser les personnes handicapées, car cela revient à les tuer. Elles se retrouvent sans aucun revenu parce qu’incapables de trouver un autre employeur. J’avais une famille à charge et mes enfants étaient encore assez jeunes. Je pense que des politiques devraient être mises en place pour les protéger. Je voudrais également lancer un appel à l’intention des ONG et des bailleurs de fonds afin qu’elles viennent en aide aux handicapés, particulièrement dans mon district, car elles sont véritablement en difficulté du fait que nous ne pouvons pas toujours les atteindre. Ce qui est primordial si on veut leur donner la chance de s’éduquer, de bien se nourrir et d’avoir accès à ce qui leur est indispensable. Au Kenya, nous avons certes l’éducation gratuite dans le primaire, mais les personnes handicapées doivent être accueillies dans des établissements spécialisés qui sont souvent privés. Leur état nécessite souvent des opérations chirurgicales. Avec des moyens adéquats, nous pourrons leur offrir les soins qu’il leur faut.

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