Africités 2006, le rendez-vous kenyan des autorités locales africaines

L’Afrique des collectivités locales se retrouve à compter de ce lundi à Nairobi, la capitale kenyane, dans le cadre du sommet Africités. Jean-Pierre Elong Mbassi, le secrétaire général du CGLUA (Cités et gouvernements locaux unis d’Afrique), en résume les enjeux pour Afrik.

De notre envoyée spéciale au Kenya

« Des stratégies qui permettent de s’ajuster aux Objectifs du millénaire pour le développement, car, au rythme actuel, ils ne seront atteints que dans 110 ans », dixit Jean-Pierre Elong Mbassi. Les propos du secrétaire général du Partenariat pour le développement municipal (PDM) et du CGLUA (Cités et gouvernements locaux unis d’Afrique), organisateur du quatrième sommet des collectivités locales, Africités, situe bien la portée de la rencontre qu’accueille la ville de Nairobi du 18 au 24 septembre 2006. Après Abidjan (Côte d’Ivoire) en 1998, Windhoek (Namibie) en 2000 et Yaoundé (Cameroun) en 2003, les collectivités locales – le continent africain compte 15 000 communes – et leurs partenaires se donnent encore rendez-vous pour faire rimer décentralisation et développement. Le salon international des maires et collectivités locales, Citexpo, se tient parallèlement aux travaux d’Africités.

Afrik.com : Quels sont les enjeux de ce quatrième sommet Africités ?

Jean-Pierre Elong Mbassi :
Les enjeux de ce sommet sont contenus dans le thème choisi : « Construire des coalitions locales pour la réalisation effective des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) au sein des collectivités locales africaines ». Le premier de ces enjeux est de persuader l’ensemble des acteurs impliqués dans le développement, en particulier l’Etat, que sans l’intervention des autorités locales dont Kofi Annan, le secrétaire général des Nations Unies, a dit que 70% des OMD tombaient sous leur responsabilité, qu’il n’est pas possible de les atteindre sans elles. Il s’agit également de faire savoir à ces acteurs que sans un partenariat avec eux, il ne sera pas non plus possible d’atteindre ces objectifs. Deuxième enjeu : il faut que la décentralisation se poursuive afin que la gouvernance de nos Etats s’améliore. Le développement sera local ou ne le sera pas. La démocratie est locale ou ne l’est pas. Le troisième enjeu est qu’il y a une Afrique qui travaille pour améliorer le quotidien de milliers et de milliers de personnes et l’image de cette Afrique-là doit être projetée dans les média. Il n’y a pas que l’Afrique des désastres et des catastrophes. L’espoir est dans cette Afrique volontaire et non dans les jérémiades dans l’injustice du monde que nous n’avons pas les moyens de corriger. Ce sont ceux qui se battent pour que les choses changent et qui ont foi en leur combat qui doivent être mis en lumière.

Afrik.com : Qui participera à ce sommet ?

Jean-Pierre Elong Mbassi :
Nous attendons 5 000 participants, sinon autant qu’à Yaoundé, c’est-à-dire au moins 3 500 délégués. En l’occurrence tous les grands acteurs du développement local comme l’association des bidonvillois, les associations de jeunes, de femmes, les représentants du pouvoir traditionnel, les milieux des affaires, de la finance et de la microfinance, les syndicats et les organisations paysannes, des experts et des universitaires, les professionnels de l’administration locale et centrale. Les maires, les ministres et les partenaires au développement sont également attendus. Les deux premiers jours sont consacrés à des rencontres thématiques qui porteront sur les thèmes du sommet, à savoir les OMD. Les représentants des Nations Unies nous diront où nous en sommes et discuteront de leurs différentes stratégies avec les représentants des populations concernées. Ensuite, nous revisiterons les politiques locales à la lumière de ces Objectifs. Enfin, tous ces acteurs se réuniront pour faire des recommandations adressées aux ministres et aux partenaires au développement. Viennent s’ajouter à ces sessions thématiques, des sessions spéciales. Elles concernent l’ensemble des gens qui veulent travailler avec les collectivités locales. Le dernier volet du sommet est politique et se déclinera en une réunion des maires, des ministres et une rencontre tripartite entre maires, ministres et partenaires au développement afin de discuter de l’agenda de la coopération dans le domaine de la décentralisation en fonction des OMD.

Afrik.com : Justement où en est cette décentralisation dans les pays africains ?

Jean-Pierre Elong Mbassi :
La décentralisation avance et elle est très marquée par la différence entre la volonté politique et la réalité de sa mise en oeuvre sur le terrain. Cette dernière rencontre les résistances des administrations centrales qui ont été habituées à gérer de façon centralisée la vie publique. C’est un combat dans lequel les collectivités locales doivent arracher petit à petit plus de pouvoir. Cela ne sera possible que si elles rendent service aux populations avec efficacité et transparence. C’est l’unique gage de leur victoire.

Afrik.com : Y a-t-il des modèles à suivre sur le continent ?

Jean-Pierre Elong Mbassi :
A l’heure actuelle, l’Afrique du Sud est le pays le plus prometteur dans ce domaine. La décentralisation figure dans la Constitution sud-africaine. Les autorités locales sont reconnues comme un niveau de gouvernement intangible. Les Sud-Africains ont, par ailleurs, organisé les relations entre les pouvoirs local, provincial et central. C’est l’un des meilleurs exemples en matière de décentralisation, mais il y en a d’autres. Le Ghana a aussi fait des progrès très importants, l’Ouganda également, de même que le Burkina Faso et le Mali.

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