Kenya : Raila Odinga n’a pas dit son dernier mot

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L’opposition kenyane a reporté au 8 janvier prochain son rassemblement de protestation contre le résultat des présidentielles, à Nairobi, ce qui n’empêche pas le directeur de l’International Crisis Group d’estimer qu’elle a rempli son objectif. Le temps de Raila Odinga est néanmoins compté pour résoudre le conflit qui l’oppose à Mwai Kibaki.

Le Mouvement démocratique orange (ODM) a reporté, jeudi, en fin de matinée, le rassemblement prévu le jour même, à Nairobi, pour protester contre les résultats des élections présidentielles du 27 décembre dernier. Son candidat et président, Raila Odinga, était largement en tête du scrutin après le décompte de 70% des votes, mais il s’est vu dépasser sur le fil dans des circonstances troubles, par le président sortant, Mwai Kibaki, du Parti de l’unité nationale (PNU), qui s’est promptement fait introniser afin d’éviter toutes discussions. Les violences survenues à l’annonce de ces résultats, sur fond de tensions ethniques, auraient fait 346 morts à ce jour. Même reporté au 8 janvier en raison du déploiement des forces de police à Nairobi, qui ont tiré en l’air à balles réelles pour disperser les partisans d’Odinga, François Grignon, directeur Afrique de l’International Crisis Group (ICG), à Nairobi, estime que l’objectif de l’opposition est rempli.

Afrik : Mwai Kibaki a-t-il mesuré les conséquences de son geste lorsqu’il s’est fait introniser président, alors que des doutes existaient sur la réalité de son score ?
francois_grignon_web.jpg_ François Grignon :
Non, ça c’est sûr. Je crois qu’il s’attendait à ce que sa victoire soit contestée, mais qu’il pensait que cela allait passer, que l’opposition allait finalement accepter le résultat. Il ne s’attendait sûrement pas à une mobilisation si massive et qui dure autant. Il ne pensait sûrement pas non plus à perdre sa légitimité aussi rapidement et largement. Après l’opposition, les observateurs internationaux ont dénoncé le comptage des bulletins. Et c’est désormais le président de la commission électorale qui dit avoir annoncé les résultats sous une pression énorme, de la part de Mwai kibaki, et explique qu’ils sont sans doute frauduleux.

Afrik : Etait-il possible d’imaginer des violences d’une telle ampleur, avant que le scrutin ne déraille ?

François Grignon :
Non, ce n’était pas imaginable. Ca a été très brutal et général. Les violences ont éclaté à Eldoret, Nairobi, sur la côte, à Mombasa…

Afrik : Ces violences sont-elles comparables à celles qui ont fait près de 70 morts depuis juillet dernier, notamment dans la région de la vallée du Rift, dans des conflits fonciers présentés comme ethniques ?

François Grignon :
Il n’y a quasiment pas eu de violences préélectorales. Le Kenya est quand même un pays très violent, notamment politiquement. Vous avez des conflits fonciers, des conflits liés à l’accès à l’eau, dans différentes régions du pays, notamment dans la vallée du Rift. Ce qu’on a eu ces derniers jours, c’est une escalade de la protestation, face à ce qui est considéré comme un vol des résultats, qui s’est accrochée à ces conflits locaux, instrumentalisés par des hommes politiques, et qui les a ranimés.

Afrik : La manifestation de l’OMD prévue ce jeudi a été reportée au 8 janvier…

François Grignon :
Elle a été reportée mais je pense que l’objectif de l’opposition est rempli car elle a paralysé le pays et elle va recommencer.

Afrik : Le temps ne joue-t-il pas contre elle ?

François Grignon :
L’opposition a une capacité de pression significative, d’autant que le pouvoir est confronté à une perte de légitimité, au niveau international comme au niveau national. La résolution de ce conflit doit pour elle se faire à court terme car, à plus long terme, la politique du fait accompli va bénéficier à Mwai Kibaki.

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