Elections au Kenya: Kibaki et Odinga se disputent le pouvoir

C’est ce jeudi, 27 décembre, que les Kényans doivent élire leur président de la République, à l’occasion d’élections générales. Le président sortant Mwai Kibaki et Raila Odinga, son ancien allié, sont les deux favoris. Les Kényans élisent également leurs députés et leurs élus locaux. L’opposition redoute des fraudes.

Plus de 14 millions d’électeurs sont appelés à départager deux candidats en lice : le président sortant Mwai Kibaki, 76 ans, candidat à sa réélection, et Raila Odinga, 62 ans, son ancien allié devenu son rival. Ces élections générales concernent également le renouvellement des 210 membres du Parlement et 2.484 élus locaux, dans ce pays d’Afrique de l’Est considéré comme un pôle de stabilité dans une région très troublée (guerre en Somalie, tensions entre l’Ethiopie et l’Erythrée).

Mobilisation de l’électorat

La clôture de la campagne électorale a eu lieu lundi dernier, avec les derniers meetings publics de deux candidats. Ils en ont profité pour appeler les partisans à se rendre massivement aux urnes ce jeudi. « Il faut que vous alliez tous voter afin que nous puissions gagner et continuer le travail », a pour sa part lancé, en swahili (l’une de deux langues officielles du pays), le candidat Kibaki. Alors que son challenger a prévenu sur le refus des élections non transparentes. « Nous n’accepterons pas le résultat d’élections truquées. J’appelle mes sympathisants à se déplacer le jour du scrutin et à s’assurer que les élections soient justes », a déclaré M. Odinga, accusant le gouvernement de préparer des fraudes.

Le président sortant, qui prône la continuité, a mis en avant ces résultats économiques et l’instauration de la gratuité de l’école primaire, mais ses détracteurs lui reprochent d’avoir échoué dans la lutte contre la corruption. Son adversaire, Raila Odinga, qui a passé au total neuf ans derrière les barreaux pour son opposition à l’ancien président, Daniel Arap Moi, a été ministre de M. Kibaki et l’un des artisans de son succès en 2002, avant de s’en éloigner, persuadé de son destin de présidentiable. Plus charismatique, tribun et fin tacticien, il se présente comme le défenseur des démunis, mais ses opposants critiquent son opportunisme et son goût pour les belles voitures.

Le troisième candidat d’envergure, Kalonzo Musyoka, 54 ans, est à la peine dans les sondages, mais espère bien jouer le rôle d’arbitre, ce à quoi ne peuvent prétendre les six autres petits candidats.

Scrutin à un tour

Les bureaux de vote ont été ouverts jeudi à 06H00 (03H00 GMT) et devraient fermer à 17H00 (14H00 GMT). Les premiers résultats officiels devraient être rendus publics le lendemain, le temps de collecter les résultats des dépouillements des zones rurales de ce pays de 36 millions d’habitants. Le scrutin est initialement à un tour et le candidat remportant la majorité relative sera désigné vainqueur ; toutefois un deuxième tour, assez peu probable, demeure tout de même une possibilité. La Constitution kényane prévoit que le candidat ayant récolté le plus de voix doit impérativement avoir obtenu 25% des suffrages exprimés dans au moins cinq des

Violence lors de la campagne

La campagne électorale aura une nouvelle fois été marquée par des violences. Mais elles ont été bien moindres que dans les années 90, la Commission nationale des droits de l’Homme faisant état de 70 morts depuis juillet (contre des centaines lors de la campagne électorale 1997). Quelque 15.000 observateurs seront déployés à travers le pays pour surveiller le bon déroulement du scrutin. Selon le chef de la mission d’observation pour l’Union européenne, qui a déployé depuis vendredi près de 150 observateurs, le degré de violence s’est accentué à l’approche des élections. « Nous avons noté avec inquiétude le niveau de violence (…) pendant le processus électoral, en particulier (dans les régions de) Kuresoi et du Mont Elgon », a déclaré Alexander Graf Lambsdorff.

Environ 300 personnes ont été tuées, et 60.000 déplacées par des affrontements tribaux cette année dans la région du Mont Elgon, dans l’ouest du pays. Les militants soulignent que les conflits, d’origine foncière, ont été alimentés par les candidats en campagne. L’ambassade des Etats-Unis, qui a envoyé 200 observateurs, tire, quant à elle, la sonnette d’alarme concernant le traitement des femmes impliquées dans la campagne. En l’espace d’une semaine, au moins deux femmes ont été victimes de viol, après avoir été attaquées par des hommes armés.