Kenya : « Que se passerait-il si mon pénis ne voulait pas guérir? »

Le gouvernement kényan a lancé un programme ambitieux qui a pour objectif d’amener 80 pour cent de l’ensemble des hommes non-circoncis – soit environ 1,1 million de personnes – à être circoncis d’ici 2013. La plupart des hommes non-circoncis vivent dans la province occidentale de Nyanza, et la campagne est considérée comme étant un grand succès.

IRIN/PlusNews s’est rendu à Kisumu, la capitale de la province de Nyanza, et s’est entretenu avec plusieurs hommes des raisons pour lesquelles ils refusent d’être circoncis.

La douleur : Boniface Oyoo, âgé de 25 ans, conduit un ‘boda-boda’, une moto-taxi, à Kisumu. Il a dit qu’il avait entendu parler de la circoncision masculine médicale volontaire et de ses avantages, et qu’il savait même où il pourrait se rendre pour bénéficier de ces services, mais qu’il avait peur de la douleur et des éventuelles complications.

« J’ai parlé à mes amis qui y sont allés. Ils m’ont dit que ce n’est pas douloureux quand on vous coupe, mais après que vous soyez rentré à la maison, il y a de la douleur, c’est cela que je crains », a dit M. Oyoo. « Alors, des fois je pense, ‘Que se passerait-il si mon pénis ne voulait pas guérir ? »

Perte de revenus : Toby Onyango, âgé de 22 ans, peintre dans un atelier de réparation de voitures à Kisumu, a dit craindre de perdre une partie de son salaire s’il s’arrêtait de travailler pour se faire circoncire et ensuite cicatriser.

« Je veux y aller… [Mais] je suis payé au jour le jour – je dois manger et nourrir ma famille », a-t-il dit. « Si je pouvais avoir une autre source de revenus durant cette période, j’irais ».

Que penserait ma femme ? Jairus*, 41 ans, un père de famille, sait que l’intervention réduirait ses risques de contracter le VIH, mais il a dit que sa femme deviendrait suspicieuse.

« Ma femme croit que je suis fidèle – et si je vais me faire circoncire, elle va penser que je l’ai trompée », a-t-il dit. « Je ne veux pas créer cette méfiance ».

Culture : Contrairement à la plupart des communautés ethniques au Kenya, les Luos, le groupe ethnique le plus largement représenté dans la province de Nyanza, ne pratiquent pas, traditionnellement, la circoncision masculine, et beaucoup d’entre eux ne veulent pas aller à l’encontre de la norme culturelle.

« Nous, les Luos, nous ne pratiquons pas la circoncision… C’est comme trahir ma culture, et même les amis avec lesquels j’ai grandi me regarderaient de travers », a dit John Ngesa, 37 ans.

Perte de la sexualité : Romano, 21 ans, trouve que la période de cicatrisation de six semaines, durant laquelle on conseille aux hommes de ne pas avoir de relations sexuelles, est trop longue à gérer.

« C’est là que votre petite amie peut vous quitter pour un autre homme », a-t-il dit. « Quand vous êtes circoncis, vous devez cicatriser, et quand vous êtes guéri, votre petite amie est partie ».

Le test VIH : le conseil VIH fait partie du processus de circoncision masculine et un test VIH est recommandé ; pour certains hommes, la peur de connaître leur statut représentait la raison la plus importante pour ne pas y aller.

« Je ne suis jamais allé faire un test VIH et j’ai peur de ça… il y a certaines choses que nous faisons qui nous font craindre le test », a dit Jaoko*. « Donc si je dois passer un test VIH pour être circoncis, alors je ne peux pas y aller ».

Je suis marié, comment pourrais-je avoir le VIH ? : Des hommes mariés plus âgés étaient particulièrement réticents à se faire circoncire, en partie parce qu’ils se considèrent comme étant à faible risque de contracter le VIH, même si le virus s’est répandu plus rapidement parmi les couples mariés et vivant ensemble.

« Je suis marié, et où attraperais-je le VIH, alors que je suis un homme fidèle ? J’ai confiance en mon épouse », a dit Dan Musa, 43 ans, à IRIN/PlusNews. « Quand vous êtes fidèle, vous êtes sauf ».

* Un nom d’emprunt