Kenya : le procès de William Ruto se tiendra à la Haye

Pas de délocalisation pour le procès du Vice-président kényan, William Samoei Ruto. La Cour pénale internationale (CPI) a tranché ce lundi 15 juillet. Le procès se tiendra en septembre prochain à la Haye, aux Pays-Bas.

L’actuel Vice-président kényan, William Ruto, accusé de trois crimes contre l’humanité : meurtre, déportation ou transfert forcé de population et persécution, lors des violences post-électorales de 2007, sera jugé en septembre à la Haye, aux Pays-Bas, a déclaré ce lundi la Cour pénale internationale (CPI). Cette décision s’oppose aux nombreuses demandes soumises par l’accusé et les victimes, qui voulaient que le procès soit délocalisé au Kenya ou en Tanzanie.

« Les juges de la CPI ont décidé (…) que le début du procès contre William Ruto se tiendra au siège de la Cour, à La Haye, au Pays-Bas », a informé le tribunal dans un communiqué. En juin dernier, la chambre de la Première instance avait recommandé qu’une partie du procès devant la CPI soit organisée au Kenya ou en Tanzanie, ce qui aurait été une première pour la Cour. En revanche, la date fixée initialement par les juges est maintenue. Cette recommandation avait obtenu les faveurs de la défense de M. Ruto et celle de son co-accusé, le présentateur de radio, Joshua Arap Sang. Les avocats des accusés avaient demandé, fin janvier, la tenue du procès en Afrique, dans l’intérêt des témoins, mais aussi des accusés, qui ne pouvaient pas assurer une présence permanente durant toute la procédure judiciaire.

Une audience qui coûterait cher en dehors de la Haye

Mais les juges ont fini par décider de maintenir l’audience à la Haye, « après une longue discussion durant laquelle ils ont pris en considération les observations de toutes les parties », affirment-ils. Depuis la décision sur la confirmation des charges contre William Ruto le 23 janvier 2012, la CPI se dit vouloir organiser un jugement qui prendrait en compte toutes les parties prenantes. « Les juges ont pris en compte de nombreux éléments, tels que la sécurité et le coût de l’organisation des audiences en dehors de La Haye, les conséquences éventuelles pour les victimes et les témoins, ainsi que la longueur des procédures qui seraient tenues en dehors du siège de la Cour », a déclaré la CPI. Et vraisemblablement, il s’avère moins difficile d’organiser le procès aux Pays-Bas plutôt qu’à l’étranger.

Une affaire d’Etat

Le Kenya attend beaucoup de ce procès, qui pourrait mettre la lumière sur les crimes commis lors des violences post-électorales de 2007-2008. Le bilan très lourd de plus de 1.000 à 1.500 morts, et plus de 600.000 déplacés, témoigne de la violence de ce conflit ethnique. Le plus meurtrier du Kenya indépendant. William Ruto, candidat du Mouvement démocratique orange (ODM) à la Présidentielle de 2007, arrivé à la 3ème position, avait contesté le scrutin, tout comme les autres candidats. Ce qui a déclenché les violences, qui seraient en partie causées par Ruto, Sang, voir même l’actuel Président kényan, Uhuru Kenyatta, qui appartenait alors à un camp rival de son actuel Vice-président. Le mois dernier, les juges ont fixé au 12 novembre prochain le procès du Président Kenyatta, ce qui serait la première fois qu’un chef d’Etat en fonction se présenterait devant les juges de la CPI.