Kenya : la section parlementaire s’ouvre sous haute tension

La première session parlementaire de l’année 2008 s’est ouverte ce mardi matin à Nairobi dans un climat houleux. La police a été fortement déployée dans la capitale et ses alentours pour éviter d’éventuels heurts entre les partisans de l’opposition et ceux du président, dont la réélection est controversée. C’est dans ce climat tendu que l’ancien secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan doit arriver dans le pays pour tenter une médiation.

Les parlementaires kenyans se sont réunis mardi pour la première fois depuis les élections générales contestées du 27 décembre. L’ambiance était houleuse entre le Mouvement démocratique Orange (ODM) de Raila Odinga, candidat malheureux à la présidentielle, et le Parti de l’unité nationale (PNU, au pouvoir) du président Mwai Kibaki. L’ODM est majoritaire à l’assemblée, avec 99 députés sur 222, contre 43 pour la formation politique au pouvoir.

Craintes de frictions

Un important dispositif sécuritaire a été mis en place dans le centre de Nairobi, près du parlement et dans le bidonville de Kibera, fief de Raila Odinga. Par craintes de frictions entre les militants de l’ODM et du PNU, des Kenyans se sont d’ailleurs massés dans les gares routières, prêts à quitter la ville en cas de troubles.

Des troubles qui pourraient bien éclater mercredi, premier jour d’une série de manifestations organisées par l’ODM et interdites par le pouvoir. « Quelle loi, a interrogé Raila Odinga, le chef de la police applique-t-il lorsqu’il dit qu’il a interdit les rassemblements ? Quel texte parlementaire, quelle partie de la Constitution cite-t-il comme lui donnant le droit d’interdire à la population de se réunir ou de participer à des manifestations publiques puisqu’il n’y a pas d’état d’urgence ? »

Le gouvernement divisé

C’est dans ce climat délétère que Kofi Annan est attendu, mardi ou mercredi, au Kenya. Après l’échec du président de l’Union Africaine – le chef de l’Etat ghanéen John Kufuor – l’ancien secrétaire général des Nations Unies va tenter une médiation entre Raila Odinga et Mwai Kibaki. La présence de Kofi Annan, qui a appelé les acteurs de la crise au calme lundi, semble diversement appréciée dans les rangs du pouvoir.

« Nous n’avons pas invité Kofi Annan ou une toute autre personnalité éminente à venir pour négocier la paix entre les deux groupes. (…)Nous avons gagné les élections, donc nous ne voyons pas l’objet de la venue de quiconque pour une médiation sur un partage du pouvoir», a déclaré lundi le ministre kenyan des Routes et des Travaux publics, John Michuki. A l’inverse, une déclaration du gouvernement indiquait jeudi que le pouvoir était toujours enclin au dialogue…

La communauté internationale fait toujours pression pour une normalisation de la situation au Kenya. L’ancien archevêque du Cap et prix Nobel de la Paix Desmond Tutu et les anciens présidents tanzanien Benjamin Mkapa, botswanais Ketumile Masire, zambien Kenneth Kaunda et mozambicain Joaquim Chissano œuvrent pour pacifier le pays. Quant à l’Union Européenne, elle envisageait lundi des sanctions, entre autres financières, si les blocages persistent.