Kenya : l’alcool frelaté tue 50 villageois

Cinquante villageois kenyans ont trouvé la mort après avoir ingéré de l’alcool fortement frelaté avec du méthanol, composant chimique notamment utilisé dans l’industrie. Le Président Mwai Kibaki a déclaré la guerre aux producteurs et vendeurs de ces boissons dangereuses et illégales. Plusieurs personnes ont d’ailleurs été arrêtées dans le cadre de l’empoisonnement des villageois.

Ils pensaient boire un verre pour se détendre, ils ont bu un breuvage qui leur a ôté la vie. Cinquante personnes sont mortes à l’hôpital général de Machakos (Sud du Kenya) après avoir ingéré un alcool local frelaté avec du méthanol, un composant chimique qui sert notamment d’antigel ou de solvant. Parmi les survivants, certains sont aveugles ou ont perdu une grande partie de leurs facultés visuelles. Ce n’est pas la première fois que des décès sont provoqués par des boissons alcoolisées illégales. Mais c’est cette affaire qui semble avoir été la goutte d’eau de trop pour le gouvernement, qui s’est engagé à lutter contre les producteurs et les vendeurs des breuvages incriminés.

« 50 morts, huit aveugles »

« Les victimes viennent toutes du même village : Chumui, a expliqué le Dr Simon Mueke, directeur de l’hôpital général de Machakos, à Afrik. En tout 159 personnes sont passées entre nos mains. Nous avons reçu un malade vendredi à 17 heures. Le lendemain, un deuxième est arrivé à 4 heures du matin, puis, à partir de 8 heures, ils ont commencé à affluer. Ils arrivaient somnolents, aveugles, en vomissant… Certains finissaient par s’effondrer et mourir. Depuis hier (lundi, ndlr) après-midi, le nombre d’entrées a beaucoup baissé. La nuit dernière, seul un patient s’est présenté ».

Si la plupart des victimes ont été acheminées à l’hôpital de Machakos, quelques unes ont été transférées à l’hôpital général Kenyatta. Il s’agit pour la plupart de cas graves. « Cinq patients, dont l’état s’est stabilisé, sont en observation et nous avons deux personnes en unité de soins intensifs », souligne le service communication de la structure. Au total, le Dr Simon Mueke précise qu’il y a eu « cinquante morts, dont deux femmes. Trente-neuf corps n’ont pas été récupérés. Dix-neuf personnes restent en observation, dont cinq rentreront chez elles demain (mercredi, ndlr) ». Concernant les séquelles, il ajoute que les « 14 patients ont eu des complications oculaires : huit ont définitivement perdu la vue et six ont une vision réduite ».

Du méthanol et du formol pour corser le breuvage

Le carnage a été provoqué par l’addition de méthanol dans un alcool local. « Je viens de recevoir les analyses des échantillons prélevés. Ils confirment que le méthanol était bien la cause du décès : il était concentré dans la boisson à hauteur de 94,72%. Cela signifie que ce que les gens ont bu était du méthanol quasiment pur », annonce le Dr Simon Mueke. Un procédé qui doit permettre de « corser » la boisson, vendue à un prix modique. La dose de méthanol aurait été trop forte, ce qui a causé les complications. Comment un composant chimique si dangereux a-t-il arrivé dans les mains de producteurs ? D’aucuns estiment qu’il fait en fait l’objet d’une contrebande. Outre le méthanol, le formol est aussi utilisé pour produire des boissons artificiellement puissantes. « Le formol est initialement utilisé pour toutes les cellules vivantes d’un corps afin d’empêcher un mort de pourrir », rapporte The Standard, quotidien kenyan. D’autres utilisent de la sève du sisal, qui peut servir à fabriquer de l’alcool, pour concentrer leur breuvage. Selon le journal, leur objectif est de diluer la quantité qu’ils ont pour pouvoir vendre plus.

« En 2000, au moins 134 personnes sont mortes et des dizaines ont été rendues aveugles après avoir consommé ce genre de boisson dans les bidonvilles de la capitale, Nairobi », rappelle l’Agence France Presse. Mais ce sont les décès de ce week-end dernier qui ont provoqué la colère des autorités. Avec en tête de file, le Président Mwai Kibaki. « Nous devons, en tant que nation, réfléchir sérieusement sur les circonstances dans lesquelles tant de gens sont mortes des mains de brasseurs cupides de cette bière mortelle, afin de trouver des solutions sur le long terme à ce problème », a déclaré le chef de l’Etat. Alors que les administrateurs de la région concernée par le drame sont vertement critiqués pour n’avoir pas réagi plus tôt, Mwai Kibaki invite la population à dénoncer les producteurs et vendeurs.

Pour l’heure, la police a arrêté sept suspects, selon les informations recueillies par Xinhua auprès de Charles Mathenge, directeur de la police. Le coup de filet a notamment permis de mettre aux arrêts Margaret Kamene, surnommée Mama Mambo, et deux fils de sa « concurrente » Francisca Kavuu Mutua (dite Mama Eric). Qui court toujours.