Kasubi, coeur spirituel des Bagandas

Parmi les 31 nouveaux sites inscrits sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO en décembre 2001, quatre se situent en Afrique subsaharienne : Tsodilo, au Botswana, la colline royale Ambohimanga, à Madagascar, la vieille ville de Lamu, au Kenya et les tombes des rois du Buganda à Kasubi, en Ouganda. Zoom sur Kasubi.

Les tombes des rois du Buganda, à Kasubi, sont le troisième site ougandais inscrit sur la Liste du patrimoine mondial, après la forêt de Bwindi et les monts Rwenzori. Témoignage exceptionnel à la fois de l’architecture vernaculaire et des traditions vivantes des Bagandas (ethnie du peuple Bantou), ce site demeure un lieu de culte dont certaines parties restent interdites aux visiteurs. Il est aussi un  » poumon vert  » dans une zone d’urbanisation rapide.

Perché au sommet d’une colline dans le district de Kampala, le site de Kasubi comporte, outre la zone principale des tombes, des terres cultivées et un secteur contenant plusieurs bâtiments et cimetières. Le centre du site est occupé par le Muzibu Azaala Mpanga, bâtiment principal circulaire, surmonté d’un dôme. Nous devons ce splendide palais à Mutesa Ier, 35e Kabaka (souverain) du royaume du Buganda. Deux ans après sa construction en 1882, il a été transformé en cimetière, abritant la dépouille de son maître, puis de ses successeurs. Orné de signes de pouvoir – tambours, lances, boucliers, médailles et photographies des Kabakas – l’intérieur est cloisonné à l’aide d’un gigantesque drapé d’écorces, qui cache la  » forêt sacrée « , où se trouvent les quatre tombes. L’entrée dans la  » forêt  » est strictement réservée aux veuves des Kabakas et à la famille royale.

Interdit aux non-veuves !

Si Kasubi réussit à résister aux méfaits de l’urbanisation, c’est sans doute à cause de la crainte et du respect qu’inspirent au sein de la population les esprits des Kabakas, mais aussi grâce à une gestion de type traditionnel. Entre 1967 et 1993, le site était contrôlé par le gouvernement central. Mais depuis le rétablissement des institutions royales traditionnelles en Ouganda, il est placé sous l’autorité du Kabaka.

Les Nalinga, gardiens spirituels, et les Lubungas, coordinateurs de l’utilisation des sols, sont les principaux gestionnaires du site. Les veuves des Kabakas, qui ne vivent que de petites oboles déposées dans les paniers qu’elles disposent parmi les tombes, entretiennent ces dernières. Les loyers et les droits d’entrée sont l’unique source de financement du site. L’État n’apporte aucune contribution.

Esprits des Kabakas

L’entretien est traditionnellement assuré par deux clans : les Ngeye, pour les toits de chaume et les Ngo pour la décoration et les tissus d’écorce. Des responsabilités héritées de leurs ancêtres, qui garantissent l’authenticité des travaux exécutés sur le site, mais posent néanmoins quelques problèmes. Selon la coutume, les Ngeye n’acceptent ni conseils ni ordres techniques venant de l’extérieur. Or, l’entretien traditionnel tend à disparaître et un bon nombre de petits bâtiments ont actuellement des toitures de tôle galvanisée, en raison du manque de fonds.

Sans doute la meilleure façon de préserver le site de Kasubi, menacé par les pluies, les termites, les incendies, voire les pillages de bois, serait de faire revivre les compétences traditionnelles tout en y associant des méthodes modernes de conservation.

Lire aussi :

Lamu, capitale swahilie :

Tsodilho et prier :