Kadiatou, la fan d’Internet

Kadiatou Barry, 12 ans, a quitté sa Guinée natale pour participer au Congrès panafricain de la jeunesse qui se tient en ce moment à Tripoli (Libye). Rencontre avec la plus jeune participante de ce rassemblement qui n’a pas la langue dans sa poche.

De Tripoli

Impossible de la rater. Avec ses tresses perlées et son grand sourire, la Guinéenne de 12 ans Kadiatou Barry est la plus jeune participante du Congrès panafricain de la jeunesse organisé à Tripoli du 26 au 28 février. La demoiselle a beau se trouver parmi plus de mille aînés, elle ne s’en laisse pas compter. Elle noue contact avec enthousiasme et naturel, pose plein de questions et parle sans arrêt. « Je parle trop, même ma mère me fuie ! » plaisante-t-elle. A peine présentée, elle sort sa carte de visite, comme une vraie pro. Dessus, on lit Kadiatou 55 Barry, un numéro qu’elle revendique car il représente l’année de naissance de son père. C’est d’ailleurs grâce à lui qu’elle se trouve dans la capitale libyenne car il est président de l’association ENTIS (Education aux Nouvelles Technologies de l’Information Sans frontières) à laquelle elle appartient.

Cette association de sensibilisation et de formation aux NTIC est basée à Conakry. Kadiatou, qui est élève de 6e au Complexe scolaire Saint-Georges, prend son rôle au sein de la structure très au sérieux. « Je suis une membre active et quand mon père quittera l’association, c’est ma sœur et moi qui la reprendrons. J’en ai envie car j’aime être en contact avec plein de gens et, surtout, j’adore Internet ! »

Internet précoce

D’ailleurs, Kadiatou avoue se connecter quasiment tous les jours. « Je sors de l’école à 14h. Je rentre un peu à la maison puis je file au cyber avec ma copine Fanta. » Il faut dire que question clavier, elle a été précoce. Dès 2001, à 8 ans, elle suit son grand frère et sa grande sœur, accros aux cybercafés. « Ils passaient parfois 4 ou 6 heures là-bas, j’avais trop envie de les suivre. Et ça m’a plu tout de suite ! Sur Internet, je recherche des informations sur mes stars préférées, je les imprime pour les lire à la maison. Je cherche des renseignements sur les nouvelles musiques, sur des séries télé et je consulte mes e-mails… car j’en reçois pas mal. J’ai trois cousines sur Paris et on s’écrit. » Kadiatou se sert aussi du Web pour l’école. La forte en maths passionnée de lecture (« surtout les contes ») travaille ses exposés à l’aide de la souris…

« A Conakry, le cyber c’est pas cher. La connexion est bonne, c’est ouvert de 8h à 22h et chaque quartier compte au moins deux ou trois cybers. Les jeunes y vont beaucoup et leurs parents sont pour. Internet, c’est vraiment une bonne invention. Ça permet de relier les gens plus facilement que le téléphone. C’est pratique. » Et quand elle ne joue pas au foot avec Fanta, et qu’elle n’écoute pas Lorie ou Corneille, la jeune Guinéenne se prend à rêver du Canada, « un pays où l’on travaille beaucoup et où les études sont bonnes ». En attendant, elle profite du Congrès avec son frère et sa sœur, qui sont aussi du voyage en Libye. « Ça a été une surprise de partir car on nous a prévenus à la dernière minute mais je suis très contente d’être ici. Cette réunion est une bonne idée. Papa m’a expliqué ce qu’étaient les Etats-Unis d’Afrique. L’idée me plaît car la Guinée fait partie de l’Afrique. » Depuis qu’elle est à Tripoli, elle a serré la main de Muammar Khadafi, lors d’une rencontre réservée aux femmes, dimanche. Elle participe aussi aux sessions, comme les grands. Et que veut-elle faire plus tard ? Je vous le donne en mille : elle veut être ministre de l’Information…