Kadhafi, Sarkozy : les hommes qui aimaient les femmes

Nicolas Sarkozy a joué la carte du charme en envoyant sa femme Cecilia en service recommandé, dimanche, à Tripoli, pour régler la question des infirmières et du médecin bulgares condamnés pour avoir inoculé le virus du sida à des enfants. Mouammar Kadhafi, sensible à la gente féminine, pourrait offrir une victoire de prestige au chef de l’Etat français, qui avait lancé un appel aux « femmes martyrisées » au soir de sa victoire aux présidentielles.

Nicolas Sarkozy n’a pas son pareil pour distinguer et exploiter les failles de ses partenaires et adversaires. Le parti socialiste sort des présidentielles et des législatives plus divisé qu’il ne l’était déjà ? Il le dynamite en débauchant ses éléphants. Les militants français issus de l’immigration en ont assez du paternalisme stérile de ce même parti ? Le chef de l’Etat leur offre trois postes dans son gouvernement… Impliqué depuis son arrivée à l’Elysée dans le dossier des infirmières et du médecin bulgares, Nicolas Sarkozy semble avoir décelé l’une des faiblesses de Mouammar Kadhafi : les femmes.

Mars 2006, Afrik participe à Tripoli au Congrès panafricain de la jeunesse organisé par la Jamahiriya. La journée, c’est discours enflammé du colonel pour tout le monde. Le soir, les hommes restent à l’hôtel pendant que les femmes, journalistes et membres d’associations, sont invitées à rencontrer en personne l’invétéré séducteur de Guide de la Révolution dans sa demeure, protégée par sa garde rapprochée exclusivement féminine.

Au passage, les « amazones » repèrent une jeune Béninoise dont le physique semble convenir au maître des lieux et l’installent dans un hôtel, sans doute pour lui offrir de rejoindre leur garde. Le discours du colonel sur la place de la femme dans la société est à la limite du féminisme, mais ce discours, fluctuant au gré des circonstances et des interlocuteurs, est presque aussi décalé de la réalité libyenne que celui du Guide sur le panafricanisme.

Au secours des « femmes martyrisées dans le monde »

Nicolas Sarkozy a-t-il joué la carte du charme pour porter le dernier coup, victorieux, à la série d’interventions diplomatiques occidentales en faveur des « infirmières » ? Cecilia Sarkozy « a été très frappée par cette affaire des infirmières bulgares depuis longtemps », a expliqué lundi Roger Karoutchi, le secrétaire d’Etat aux relations avec le Parlement, sur la chaîne d’information I-Télé. « Elle s’est sentie très impliquée à la fois du sort de ces 500 enfants et du sort de ces infirmières, et quand Nicolas Sarkozy lui a dit “Tu peux peut-être avoir un rôle d’intermédiaire ? elle a dit banco”.» Cecilia Sarkozy est arrivée ce dimanche à Tripoli, accompagnée de Claude Guéant, le secrétaire général de l’Elysée et plus proche collaborateur du président.

Le Guide sera sans doute plus sensible aux charmes de la première dame qu’à ceux de son ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, favorable à la deuxième guerre en Irak et à une intervention humanitaire au Darfour. Une région que Tripoli considère comme partie intégrante de sa zone d’influence. En revanche, à défaut du patron du Quai d’Orsay, et pour un succès assuré, le président français aurait pu adjoindre la charmante secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères d’origine sénégalaise, Rama Yade, à la doublette élyséenne…

Kadhafi offrira-t-il une victoire diplomatique de prestige au président français ? Selon l’hebdomadaire français Le Point, le scénario envisagé consiste à faire raccompagner les infirmières et le médecin vers Sofia à bord de l’avion des deux émissaires français, en l’échange d’une modernisation de l’hôpital de Benghazi, où travaillaient les infirmières et le médecin bulgares.

Les images de l’avion se posant sur l’aéroport de la capitale bulgare seraient du plus belle effet pour Nicolas Sarkozy, qui au soir de sa victoire aux présidentielles, le 6 mai dernier, avait lancé un appel « à toutes les femmes martyrisées dans le monde pour leur dire que la France sera à leurs côtés, qu’[elles] peuvent compter sur elle ». Les téléspectateurs au fait des durcissements intervenus dans la procédure de l’asile, en France, en partie durant les deux mandats du président de l’UMP à l’Intérieur, s’étaient étranglés devant leur poste.

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