Kadhafi « prêt au sacrifice » pour défendre son régime

Le colonel Mouammar Kadhafi a déclaré mercredi qu’il est « prêt au sacrifice pour défaire l’ennemi ». Il défie ainsi les rebelles et l’OTAN qui avaient suggéré qu’il puisse rester en Libye à condition qu’il quitte le pouvoir. Le dirigeant libyen qui ne cède pas à la pression internationale semble chaque jour plus isolé. La Grande-Bretagne, qui a expulsé les derniers diplomates fidèles au régime, a reconnu à son tour le Conseil national de transition comme le seul gouvernement légitime.

« Je suis prêt au sacrifice pour défaire l’ennemi ». C’est ce qu’a annoncé mercredi le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi dans un enregistrement sonore diffusé par la télévision libyenne. « Nous n’avons pas peur. Nous les défions. Nous payerons le prix avec nos vies, nos femmes et nos enfants », a affirmé le Guide libyen. Par ailleurs, il a vivement demandé à ses partisans de « marcher sur Al-Abal Al-Gharbi », une région montagneuse au sud-ouest de Tripoli, sous le contrôle des rebelles. Il a également envoyé un message à la rébellion, qu’il invite à déposer les armes : « Traîtres, remettez vos armes… Choisissez : mourir ou se rendre ». Selon lui, sans « la couverture de l’aviation de l’Alliance atlantique, les insurgés n’auraient pas pu prendre le contrôle de cette région ».

Des négociations compromises

Les négociations semblent plus que jamais compromises. Les rebelles ont pourtant indiqué mercredi avoir proposé à Mouammar Kadhafi de passer la main tout en restant au pays. « Nous avons fait une proposition. Le délai est passé. La proposition n’est plus valable », a indiqué Moustafa Abdeljalil, le chef du Conseil national de transition (CNT), l’organe politique des rebelles libyens à Benghazi, précisant qu’une proposition en trois points avait été transmise au dirigeant libyen par l’intermédiaire de l’ONU.

D’après le dirigeant du CNT, Mouammar Kadhafi devait abandonner le pouvoir et renoncer à toutes ses responsabilités, son lieu de résidence aurait été « le choix du peuple libyen » et aurait été placé sous « surveillance étroite ». La France et la Grande-Bretagne ont également suggéré la même offre au dirigeant libyen ces derniers jours mais sans succès. Le Premier ministre libyen, qui a rencontré l’émissaire de L’ONU à ce propos, est resté inflexible à l’issue de l’entretien, réitérant qu’un départ du pouvoir de Mouammar Kadhafi n’était « pas un sujet de discussion ».

Le CNT reconnu par Londres

La pression internationale s’est accrue sur le régime de Tripoli. La Grande-Bretagne a reconnu le CNT comme le « seul gouvernement légitime » de la Libye. Les dirigeants britanniques ont également invité l’organe politique de transition à s’installer à l’ambassade libyenne, à Londres. « Le Royaume-Uni reconnaît le Conseil national de Transition et traitera avec lui comme seule autorité gouvernementale en Libye », a ainsi déclaré lors d’une conférence de presse le chef de la diplomatie britannique, William Hague. Une décision que le vice-ministre libyen aux Affaires étrangères, Khaled Kaaim, a qualifié d’ « irresponsable, illégale », qui viole « les lois britanniques et internationales ».

Londres a également annoncé l’expulsion des huit derniers diplomates fidèles au régime, trois mois après avoir congédié l’ambassadeur libyen, Omar Jelban. Ce dernier avait été prié de quitter le pays après l’attaque contre des bâtiments diplomatiques britanniques à Tripoli. Deux autres diplomates libyens, dont les « activités sont contraires aux intérêts » britanniques, avaient également dû quitter le pays.

Un conflit qui s’enlise

Cinq mois après le début du conflit en Libye aucune des deux parties n’a pris un avantage décisif. Le régime de Tripoli n’a pas été en mesure de reprendre le contrôle des trois grandes zones tombées entre les mains des rebelles, dont la Cyrénaïque, la ville portuaire de Misrata, les montagnes du Djebel Nefousa. Quant aux rebelles, dépourvus de compétence militaire et de discipline, ils ne parviennent plus à progresser malgré les armes qui leur ont été livré par la France et le Qatar. Ces livraisons d’armes posent problème : la Russie a rappelé à plusieurs reprises qu’elles outrepassent le mandat donné par le Conseil de sécurité de l’ONU, qui n’autorise que des opérations aériennes destinées à « protéger les populations civiles ».

Il y a quinze jours, le CNT s’était vanté dans les médias d’avoir repris le terminal pétrolier de Brega. Or, il semble qu’il n’en soit rien : la petite ville côtière serait toujours tenue par les troupes loyales à Kadhafi. L’OTAN, qui s’est longtemps refusé à admettre l’enlisement du conflit, semble plus que jamais engagé dans une guerre dont l’issue est compromise par l’échec des négociations.