Justice pour Ousmane Zongo

Salimata, en pleurs, à son arrivée à New-York

C’était le 22 mai dernier. Ousmane Zongo, 43 ans, père de famille burkinabé émigré à New-York, tombait sous les balles d’un policier dans des conditions encore obscures. Bavure policière ? Sa veuve et son frère étaient cette semaine aux Etats-Unis pour demander justice.

Mercredi 30 juillet, Salimata Sanfo pose pour la première fois un pied aux Etats-Unis. La jeune veuve de 27 ans est venue demander justice pour le meurtre de son mari, Ousmane Zongo, tué le 22 mai dernier. Parti aux Etats-Unis en 2002 pour travailler à New-York, le père de famille est mort à 43 ans sous les balles d’un officier. Ce jour-là, des policiers perquisitionnent dans l’immeuble où travaille Ousmane, à Harlem, lieu d’un trafic de cd. Attiré par le bruit, Ousmane sort de son officine et tombe face à l’un des policiers.

S’ensuit une course-poursuite dont les causes n’ont pas encore été éclaircies. Jusqu’à un cul-de-sac où Zango reçoit quatre balles dans le corps, car il aurait tenté de sortir une arme, selon la version du policier. Evacué à l’hôpital, il décèdera des suites de ses blessures. Il n’était pas armé et n’était pas concerné par le trafic. Des question restent donc en suspend : pourquoi cette course poursuite et pourquoi le policier a-t-il tiré alors qu’Ousmane était face à un mur ? Salimata quant à elle, a aussi une question à poser aux policiers new-yorkais : « Je veux leur dire : regardez-moi en face et dites-moi pourquoi vous avez tué mon mari ! » Accompagnée par son beau-frère, Daouda Zongo, elle a été accueillie à l’aéroport par l’avocat en charge du dossier, Sanford Rubenstein.

Rencontres décisives

Pendant une semaine, ils ont pu faire des rencontres décisives. Tout d’abord, le révérend Al Sharpton, qui les soutient depuis le début. Ce défenseur des droits de l’Homme à New-York et possible candidat à la présidentielle américaine, a déjà joué un rôle significatif dans l’affaire d’Amadou Diallo, Guinéen de 22 ans tué de façon similaire (mais de 41 coups de feu) par quatre policiers new-yorkais en 1999. Grâce à lui, Salimata et Daouda ont pu rencontrer le responsable de la police qui leur a fait ses excuses et leur a promis de faire de son mieux pour que justice soit rendue.

Ils ont également été reçus par le procureur général en charge de l’enquête, qui leur a affirmé qu’il suivrait l’affaire de près. Enfin, jeudi, Salimata a pu se recueillir sur le lieu du crime. C’était son premier vœu, afin, dit-elle de pouvoir expliquer à ses deux enfants de 3 et 5 ans comment et où est mort leur père. La veuve et le frère d’Ousmane sont retournés à Ouagadougou vendredi soir, le cœur plein d’espoir. « Nous sommes optimistes », explique M. Maïga, qui leur a servi d’interprète durant leur séjour américain. « Il y a eu beaucoup d’émotion et la famille a reçu de nombreuses marques de soutien, psychologique et même financier. Nous savons qu’il est difficile pour un Africain d’obtenir justice mais nous espérons. »

« Ousmane était nos bras et nos jambes »

Le fait qu’Al Sharpton et son conseiller, l’avocat Sanford Rubenstein, s’intéressent à l’affaire est plutôt bon signe. Ces derniers, décidés à prouver la culpabilité de l’officier, ont demandé un procès criminel suivi d’un procès public ainsi que 150 millions de dommages et intérêts. « Nous ne sommes pas intéressés par l’argent », a affirmé Daouda Zongo. « Mais si la personne a tué mon frère pour rien, elle doit être punie. » Ousmane Zongo a été inhumé le 9 juin à Ouagadougou, son corps ayant été rapatrié grâce à la mobilisation de la communauté burkinabé de la ville, très choquée, et à l’ambassade.

A Harlem, Ousmane fournissait et réparait des objets d’art africains. Ses voisins et ses employeurs le décrivent comme quelqu’un de doux et de modéré. Il parlait peu anglais et était venu s’installer à Manhattan pour raisons économiques. Grâce à son travail, il faisait vivre toute sa famille et envoyait des médicaments et des fournitures scolaires dans son village natal. « Ousmane était nos bras et nos jambes », explique son frère. L’immeuble où il travaillait abrite un certains nombre d’immigrés africains, Burkinabés mais aussi Guinéens, Sénégalais, Maliens, Ivoiriens. L’un des locataires, un Béninois, résume, amer : « Encore un Africain innocent et désarmé tué de sang-froid et sans raison. Au moins, la police a avoué qu’il n’avait rien à voir avec le trafic et qu’il ne portait pas d’arme. Maintenant, je dis à mes enfants : si des policiers vous arrêtent, restez calmes et montrez bien vos mains car dans ce pays, c’est votre couleur de peau qui détermine si vous êtes un criminel aux yeux de la police. »