Jour de l’an

Le premier jour de l’année, c’est toujours, dans toutes les régions du monde, dans toutes les religions du monde, dans tous les calendriers de la terre, le moment où le tableau est effacé, où la page est vierge, où l’on peut choisir l’avenir, le projet sur lequel on s’engage.

L’impression dominante, en ce premier jour de la troisième année du troisième millénaire, c’est que la suite est déjà écrite, qu’elle est désordonnée, brutale, sanglante, qu’on aura beaucoup de mal à éviter le pire, c’est-à-dire l’affrontement des races et peut-être l’anéantissement des générations.

Et pourtant le monde a connu de brillantes civilisations qui traversèrent des millénaires. L’Egypte, pour commencer, de dynastie en dynastie, empire dont l’histoire se compte en milliers d’années. Et d’où ont jailli les monothéismes fondateurs de notre modernité.

Et pourtant notre siècle à nous est si jeune, entre ordinateur et vidéo, entre liberté du commerce et visas de tourisme, entre famine en Somalie et permis de travail… Nous sommes dans un désordre intellectuel et réel, un monde mal maîtrisé qui ne voit pas où il va, ni quelles lignes de force viendront structurer notre espace commun.

Sauf que ces lignes de force peuvent aussi s’appuyer sur la confiance en l’Homme, pas seulement sur la défiance. Qu’elles peuvent écrire le mot  » partage  » et non  » appropriation « . Qu’elles peuvent se fonder sur une claire conscience de notre vraie fraternité, et non sur l’exacerbation de nos différences.

On dira ce que l’on voudra de  » L’Année de l’Algérie  » qui commence en France aujourd’hui. Il reste que son sens profond, tenace, véritable, qui irrite tous les sectarismes, c’est de donner le pas à la création sur les politiques, aux peuples sur les nationalismes, et de défendre un idée de notre avenir commun qui s’appelle respect mutuel et dialogue des cultures. Et pour cela même, c’est aussi une leçon d’optimisme.