Jezile et Hip Hop Colony, deux films sensations

Du 9 au 13 octobre dernier, plus de 11 000 professionnels des médias du monde entier étaient réunis à Cannes pour le traditionnel MIPCOM, le Marché International des programmes. L’occasion pour les diffuseurs, producteurs et distributeurs de concrétiser leurs projets. Malgré le peu de représentants africains, Afrik.com a repéré pour vous deux films qui risquent de faire sensation dans les mois à venir.

 « Jezile » : l’histoire revisitée de Jésus

Après avoir remporté la première récompense internationale du cinéma africain avec l’Ours d’or du meilleur film pour U-Carmen eKhayelitsha, le réalisateur britannique Mark Dornford-May a présenté les premières images de Jezile, son nouveau film tourné en Afrique du Sud. Ce long métrage revisite le parcours de Jésus et sa lutte pacifique contre le pouvoir en place. L’histoire se déroule dans un pays fictif d’Afrique sous le joug d’une dictature privilégiant la force au dialogue. Une situation que l’on retrouve dans beaucoup de pays africains aujourd’hui.

Dans une interview au magazine Screen Africa, Mark Dornforn May, réalisateur explique que ce film est politique par nature avec la persécution comme thème central « les personnes, qui ont fait l’histoire en défendant des valeurs morales et l’égalité entre les hommes, ont été rejetées à cause de leur croyance. Il existe beaucoup d’exemples, de Martin Luther King à Mandela, la liste est longue. Ce film raconte l’histoire de ces hommes qui donnent leur vie pour une cause, comme l’a fait Jésus. »

Un Jésus noir

Le réalisateur a choisi Andile Kosi, un acteur noir, pour interpréter Jésus. Selon lui « l’image d’un Jésus blond et aux yeux bleus est un stéréotype. Il est probable que Jésus ait eu la peau noire. Il est d’origine sémite, dans la lignée d’Abraham et d’Ismaël. »

Pour M. Dornford May, l’enjeu de ce film est de raconter une histoire que tout le monde connaît et dont chacun se fait sa propre image. Selon l’acteur principal, Andile Kosi, ce film est avant tout l’histoire d’un homme convaincu. « C’est un film sur les convictions. Dans le film, quand Jezile doit affronter les forces opposées, il recommande à ses disciples d’utiliser les mots et leur foi pour les convaincre. Je pense que c’est simplement une histoire sur la foi de personnes capables d’aller jusqu’au bout de leurs convictions malgré les obstacles. »

Tourné principalement en xhosa, une des onze langues nationales de l’Afrique du Sud, Jezile devrait être terminé au milieu de l’année prochaine.

 « Hip Hop Colony » : quand la musique est une arme

Dans ce nouveau documentaire, le réalisateur kenyan Michael Wanguhu enquête sur le phénomène hip-hop au cœur de l’Afrique de l’Est, particulièrement au Kenya. Intitulé Hip Hop Colony, le film analyse l’émergence et la consécration de ce courant dans l’industrie musicale kenyane, jusqu’alors dominée par les créations traditionnelles en swahili, la langue nationale.

Hip Hop Colony est une série de portraits de rappeurs kenyans qui souhaitent pour la plupart utiliser le rap pour sortir de la pauvreté. C’est aussi un moyen pour eux de faire passer des messages forts à leurs dirigeants. « Avec les dernières élections au Kenya, les politiciens se sont aperçus de l’influence du hip-hop sur les jeunes, qui représentent la majeure partie de la population. Dans leur musique, les artistes souhaitent renverser un régime qu’ils jugent corrompu », a déclaré Michael Wanguhu dans les pages du magazine Screen Africa.

Tout au long du film, le réalisateur fait le parallèle entre l’esprit du hip-hop dans le Bronx et la culture kenyane. Le documentaire suggère également que l’émergence du hip-hop au Kenya est lié au mouvement Mau Mau, une guérilla organisée contre l’Angleterre colonialiste. Les textes de cette musique cultiveraient une mentalité rebelle dans l’esprit des jeunes Kenyans, même si le pays est indépendant depuis 1964.

Réalisé caméra au poing, Hip Hop Colony a gagné le prix du meilleur documentaire urbain au Festival du Film Noir de Houston.

Jonathan Politur pour Afrik.com