Jeune, séropositif et plein de vie

Rodrigue avait 13 ans lorsqu’il a appris qu’il était porteur du virus du sida. Très vite, une ONG lui a permis de bénéficier des antirétroviraux nécessaires pour prolonger sa vie. Résultat : cet adolescent d’origine burkinabè mène aujourd’hui une existence normale. Enfin presque : de peur d’être rejeté, il se refuse à l’amour charnel. Afrik.com l’a rencontré lors de la Pré-conférence internationale sur le sida de Dakar (ICASA 2008), au Sénégal, qui se tient du 3 au 7 décembre.

Notre envoyée spéciale à Dakar

« Je tombais régulièrement malade. Un jour de septembre 2005, on m’a demandé de faire des examens. Quand les résultats sont arrivés, ma mère adoptive m’a dit que j’étais séropositif », raconte Rodrigue, calme et posé. Alors que de nombreux jeunes et adultes considèrent ce verdict comme une condamnation à mort, cet adolescent d’origine burkinabè qui a grandi en Côte d’Ivoire explique être resté lucide. C’est le fruit de la sensibilisation au VIH/sida. « Je voyais des gens témoigner à visage découvert à la télévision et je savais que les antirétroviraux permettaient de prolonger la vie. Ça m’a rassuré », confie le collégien de 16 ans au teint ébène.

J’inventais des maladies

L’ONG Chicata, qui prend en charge des enfants affectés et infectés par le VIH, a permis au jeune citoyen ivoirien d’accéder au traitement. Un traitement contraignant. Parce qu’il faut le prendre à vie, parce qu’il fatigue physiquement, mais pas seulement : « Au début, je prenais mal les médicaments. Il faut les prendre à des heures précises et, étant à l’école, ce n’était pas facile. Quand j’étais avec mes amis, j’inventais des maladies pour qu’ils ne découvrent pas la vérité, ou alors je ne prenais pas les médicaments parce que j’avais peur qu’ils me posent trop de questions et fouillent pour savoir ce que j’ai vraiment ».

Reste que les avantages pèsent plus lourds que les inconvénients. Rodrigue l’a compris en côtoyant les jeunes des différents groupes d’adolescents séropositifs auxquels il appartient. Depuis, son existence est rythmée du matin au soir par la prise de son traitement. Il se débrouille cependant pour atténuer comme il peut les effets secondaires. Exemple : il a avancé à 5H40 l’ingestion d’un médicament qui le fatigue particulièrement. Il peut ainsi se rendormir et récupérer un peu avant d’aller en cours…

Ruptures de stock

A n’en pas douter, Rodrigue est déterminé à rester en vie. Et il s’en donne les moyens, même quand le système d’approvisionnement est défaillant. « Parfois, il y a des ruptures de stock. Et plusieurs fois j’ai été à court de traitement », confie l’élève. Une situation qui peut se révéler angoissante. « Le manque d’ARV pédiatriques perturbe beaucoup les jeunes. Ils se demandent s’ils vont mourir », souligne Gertrude Becky, chargée de projet au programme protection VIH/sida au bureau pour l’Afrique de l’Ouest de Save the Children.

Rodrigue avait peur lui aussi, mais il a trouvé le moyen alternatif d’éviter la rupture de traitement, qui peut générer des résistances. « On me disait à chaque fois de repasser, qu’on allait voir ce qu’on pouvait faire, et il n’y avait rien, indique-t-il. Mais je sais que certains prennent le traitement pour deux mois d’affilée. J’allais en voir certains et je leur demandais s’ils pouvaient m’en donner une partie. Et ça marchait. » Cette détermination réjouit Gertrude Becky, qui a rencontré Rodrigue il y a un an, lors d’une rencontre associative sur le VIH : « C’est un enfant courageux. Il vit positivement avec sa maladie. Il a bien compris qu’avec les ARV on peut vivre ».

Sexualité entre parenthèses

Et pour ce qui est de vivre, Rodrigue vit. « Je mène une vie comme celles des autres jeunes. Je fais même du sport. Je joue souvent au football », dit-il. Il reste toutefois des activités qui sont pour lui compliquées à gérer. Sur le plan sexuel, entre autres. C’est la raison pour laquelle Rodrigue a décidé d’y réfléchir à deux fois avant de se donner à une fille. Pourquoi ne porte-t-il pas un préservatif pour protéger sa partenaire et ne pas risquer de se réinfecter ? « Je pense que si j’ai des relations sexuelles avec une fille, il faut qu’elle connaisse mon statut », affirme-t-il.

Rodrigue pense qu’avec une fille infectée l’aveu et le dialogue seraient peut-être plus faciles. Mais il ne recherche pas pour autant une séropositive. « Je peux tomber sur une séropositive qui ne va pas m’intéresser et une autre séronégative qui va me plaire. Dans ce cas-là, si je l’aime vraiment, je vais essayer de lui faire comprendre et de lui avouer que je suis séropositif », conclut Rodrigue. En attendant de trouver l’élue, il pratique l’abstinence. Aussi, il milite pour que les jeunes infectés se soignent et que les séronégatifs se protègent car, rappelle-t-il, « une seule erreur peut vous être fatale ».

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