Je libère Gaza depuis la nuit des temps, qui a mieux ?

1. A mes homologues les adultes :

 j’avais usé mes fonds de culotte sur les chaises de café, mais je n’y rentre aujourd’hui que pour un « direct » siroté d’une façon express.

 j’avais essayé le « promosport » et autres chimères comme font les bourgeois non-musulmans de Tunis pour le « tiercé » (pari sur les chevaux) ; ils s’achètent un seul billet hebdomadaire avec le couffin de la ménagère.Je me suis rendu compte c’est hyper-aliénant…

 je ne construis pas une seconde maison ; je ne brigue pas une pour les enfants ;je n’ai pas changé ma bagnole …

 j’applaudis fort mon équipe préférée, et quand ça ne marche pas côté résultat , j’ai ce terrible mal de tête que seul les fous du stade connaissent. Durée : 15 minutes, pas plus ; mais je me réjouis également de voir deux autres équipes jouer ;mais je me réjouis du triomphe d’une équipe adverse quand celle-ci joue contre une équipe étrangère. Je suis tunisien.

 je préfère l’EST, le CA, le CSS, l’ESS etc. à Manchester, le Real ou Chelsea. Pourquoi ?Le devoir de voir la beauté dans tout ce qui est tunisien me rend impassible à quelque autre beauté que ce soit, sauf la beauté de l’art( du foot) en soi ; ce qui n’est pas un prétexte de considérer l’événement en entier (championnat euro etc.) d’une qualité meilleure que présente l’événement « made in Tunisia »

 je n’ai pas d’amis adultes.

2. A mes homologues les parents :

 j’insinue à mes enfants des enseignements pris au diapason du vécu populaire.

 j’initie mes enfants à aller voir du côté où je suis né : les murs, les senteurs et les couleurs ont beaucoup à leur raconter.

 Je ne regarde jamais les saletés télévisés du genre « dlilik mlak »ni permets à mes enfants de participer à ces jeux d’initiation à l’insatisfaction et à la voracité proposés par les grandes surfaces sous le haineux titre de « promotion ».

 je demande rarement à mes enfants pourquoi ils n’ont pas fait la prière ; c’est eux qui le font à mon égard.

 je n’incite pas ma progéniture à m’accompagner à la mosquée ; je suis mon propre imam, alors pourquoi ne seront-ils pas eux-mêmes leur propre imam , jusqu’à ce que vienne le jour où un imam refuse de me parler des rites du pèlerinage quand ni moi ni les autres fidèles qui l’écoutent ne vont à la Mecque en ce moment?

3. A mes collègues les enseignants :

 je ne dis pas « bourricot !» à un élève.

 je ne refuse pas de rendre un point sur le calcul de la note d’une copie d’élève, ni prétexter que le prof c’est sacré, donc le refus de corriger l’erreur l’est également.

 quand je commets une faute d’orthographe etc. je la fais corriger immédiatement ; sinon je ne dors pas la nuit.

 qu’un élève porte une casquette, un bonnet ou une « chéchia » en classe, ça m’est égal. Pourvu que mon droit au bon déroulement de la leçon est préservé.

 j’ai horreur d’écouter un collègue pointer du doigt un élève fumeur, alors que le même collègue ne sait pas se faire respecter en classe. Je serais d’ailleurs pour une levée de l’embargo sur cette pratique(devenu banale et anodine) à moins que le maintien de cette interdiction soit justifié par des raisons purement hygiéniques et civiques.

 je pose à mes élèves des questions qui leur signifient que j’ai le désir ainsi que le plaisir d’apprendre d’eux.

 je n’exigerais pas qu’un élève se garde d’utiliser son téléphone portable en classe si, dans les mêmes lieux, il s’avérait que moi-même je me permettais ce luxe; cette arrogance des temps modernes; cette pratique d’incommunication…

 je ne fais pas de cours particuliers institutionnalisés.

4. A mes demi-collègues les journalistes :

 j’ai des contributions didactiques dans la presse tunisienne arabe et française depuis 1983.

 en 1991, quand le peuple frère d’Irak fut humilié par une horde sauvage de 30 pays sans scrupules aucuns, je mis fin à l’utilisation du français dans mes écrits.

 en 1992, j’ai écrit, en arabe, un livre sur l’idée que je viens de lancer ( sur la presse virtuelle) ; le livre a élu domicile dans les tiroirs d’une grande maison d’édition de la place.

 quand, l’été dernier, j’ai repris l’écriture en arabe et ai voulu renouer avec la publication dans la presse de MON pays, voici les bribes de quelques souvenirs de résultat : j’attends encore qu’on me publie un poème qui ne traite ni de politique ni de pouvoir ni.. ; j’attends encore qu’un rédacteur en chef vienne au rendez-vous qu’il avait lui-même fixé à 11 h, un jour de début juillet 2008, dans la grande, élégante et « futuriste » bâtisse de son journal ; j’attend la réponse d’au moins cinq organes de presse du pays pour me dire au moins ceci : « vos propos sont inappropriés ;donc nous refusons de vous publier »..

 dire que ces messieurs ont peur de mon idée, ce serait trop égocentriste de ma part.

 dire que ces gens ont peur du pouvoir politique, ce serait de l’ingratitude vis-à-vis de la plus haute sphère de l’Etat, quand on sait que le chef de l’Etat lui-même avait mis ces gens-là en garde contre l’autocensure.

 dire que ces gens ont peur d’eux-mêmes, pour eux-mêmes et de leur plume, et qu’ils n’ont pas peur POUR leur plume, censée être un outil de formation et de « formatage », ça c’est une certitude que seule Gaza me permet de dévoiler.

 quand on m’oblige ainsi à retourner à la langue étrangère pour pouvoir publier mon idée dans la presse virtuelle, c’est à qui la faute ?

 quand messieurs les journalistes parlent d’arabisation, force est de leur poser la question suivante : avez-vous contribué à arabiser dans les fins fonds de votre essence humaine, de vos sentiments, de votre mental…vos convictions, vos idées et vos solutions pour les problèmes de développement ?

La réponse nous vient de GAZA. Heureusement ou malheureusement ? Libérer Gaza est sur mes tablettes depuis belle lurette. Qui a mieux ?

Tunis, le 12 janvier 2009

Mohamed Hammar, Initiateur de l’Education Libertaire de l’Âme,
de l’anticonformisme antipolitique