Jacques Bonjawo , le Bill Gates africain

Il a commencé par programmer. Il est à présent manager dans l’une des plus grandes firmes mondiales. Microsoft. Pour certains, c’est un modèle de réussite sociale. Mais il reste simple, un peu étudiant dans l’âme… Bill Gates ? Presque. Jacques Bonjawo, son bras droit. Interview d’un Camerounais qui n’a pas oublié ses origines.

Jacques Bonjawo n’élève pas la voix. Il s’habille simplement. Ne serait son sourire de petit garçon, rien ne distingue cet homme de 42 ans de milliers d’autres. Pourtant, Jacques Bonjawo est l’un des piliers de la plus grosse firme informatique du monde. Manager de la division Internet MSN.com chez Microsoft, il a la confiance de Bill Gates pour tout ce qui concerne les Nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC). Non content d’avoir brillamment réussi, cet Africain, Camerounais d’origine, veut en faire profiter ses compatriotes. Pour la sortie de son livre, Internet une chance pour l’Afrique, le Bill Gates de Yaoundé revient sur son parcours. Interview.

Afrik : Comment un enfant de Yaoundé devient-il un jour le n°3 de Microsoft ?

Jacques Bonjawo : (sourire) C’est un peu abusif de dire que je suis  » numéro 3 de Microsoft « . En fait, c’est arrivé par hasard. Je ne voulais pas aller chez Microsoft. Il se trouve que j’ai présenté le travail que je faisais pour mon ancien employeur lors d’un colloque… Dans ce milieu, tout se passe un peu de manière informelle. Microsoft m’a contacté. J’ai passé une série de tests pour eux. Toute une journée, de 7h à 21h. Et ça a marché. Mais surtout, ce qui m’a décidé, c’est l’ambiance très conviviale qui règne là-bas. La corporate culture (culturel d’entreprise, ndlr), comme on appelle ça.

Afrik : Dans votre livre, vous remarquez que  » Plus de 300 000 Africains titulaires d’un doctorat vivent en dehors du continent.  » Vous-même, comment vivez-vous le fait d’appartenir à cette diaspora des cerveaux africains ?

Jacques Bonjawo : Il ne faut pas se sentir coupable d’être à l’étranger. Je participe à un projet d’université virtuelle pour former des étudiants africains, dont je suis très fier. Microsoft me sert puisque j’ai réussi à mettre en place un partenariat entre ce projet d’université virtuelle imaginé par la Banque mondiale, Microsoft et la fondation Pathfinder que je dirige. Grâce aux nouvelles technologies, l’important n’est pas l’endroit où je me trouve. Ce qui compte, c’est ce que je fais pour mon pays et pour le Continent.

Afrik : Est-ce que vos origines ont été un atout pour réussir à Redmond, le siège de Microsoft ?

Jacques Bonjawo : Pour une compagnie mondiale comme Microsoft, il est important d’être représenté par toutes les nationalités. C’est une question d’image. Et moi, je profite du fait que, toujours pour cette question d’image, Microsoft choisira plutôt un projet rentable et éthique qu’un projet uniquement rentable. Et je me sers de ça pour aider au développement du numérique en Afrique. C’est ce que j’appelle une  » win win situation  » (une situation gagnante pour tous, ndlr).

Afrik : Pensez-vous être un modèle pour vos compatriotes ?

Jacques Bonjawo : Non. Ceux qui n’ont pas les privilèges que j’ai aujourd’hui et qui arrivent à survivre… Eux sont les vrais héros. Ils me donnent l’inspiration. C’est eux que j’aimerais aider. Je voudrais aider les gens à mettre en valeur leur potentiel.

Afrik : Une question indiscrète pour finir, Monsieur Bonjawo, combien gagnez-vous aujourd’hui ?

Jacques Bonjawo : (sourire) On ne dit pas ce genre de choses chez Microsoft.

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