Italie-France : mobilisation en faveur de sept pêcheurs tunisiens

Suite au procès, ouvert le 22 août en Sicile, de sept pêcheurs tunisiens accusés d’avoir « favorisé l’immigration clandestine », différentes organisations appellent à la mobilisation et à la libération des inculpés. Ils risquent 15 ans de prison pour avoir débarqué en Italie 44 migrants.

Des organisations humanitaires appellent à soutenir les sept pêcheurs tunisiens accusés, en Italie, d’avoir « favorisé l’immigration clandestine ». Une délégation d’eurodéputés conduite par la Française Hélène Flautre, est attendue ce vendredi à Agrigente (Italie) afin de soutenir les sept pêcheurs tunisiens en procès. La Française sera accompagnée des socialistes italiens Pasqualina Napoletano et Claudio Fava, de Giusto Catania (Gauche unitaire européenne) ainsi que de nombreux représentants d’organisations de défense des droits de l’homme « des deux rives de la Méditerranée ».La Fédération tunisienne pour une citoyenneté des deux rives (FTCR) appelle à la mobilisation ce vendredi, à 18h devant l’ambassade d’Italie à Paris, avec le soutien du MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples). Les 7 hommes risquent 15 ans de prison pour avoir débarqué sur les côtes italiennes, le 8 août, 44 personnes de différentes nationalités. Les accusés se défendent d’être des passeurs et affirment au contraire avoir sauvé la vie du groupe, qui faisait naufrage sur un Zodiac au large de l’île de Lampedusa. Onze femmes, dont deux enceintes, et deux enfants se trouvaient à bord du bateau.

Sauveteurs ou passeurs ?

Le 8 août, alors qu’une flotte de pêche tunisienne navigue non loin de l’île de Lampedusa, les pêcheurs qui sont à bord rencontrent un bateau Zodiac à la dérive. A bord, 44 personnes dont certaines se trouvaient dans un état de santé inquiétant, selon les déclarations des défenseurs des pêcheurs inculpés. Ces derniers alertent immédiatement les autorités italiennes et tunisiennes. Des gardes côtes italiens rejoignent les pêcheurs et leur indiquent de débarquer les 44 migrants sur les côtes siciliennes, s’estimant incapables de les prendre à leur bord. Mais c’est là que l’affaire se complique. Une fois arrivés sur le continent, les pêcheurs sont arrêtés et deux de leurs trois bateaux sont confisqués. Les clandestins sont quant à eux pris en charge par des hélicoptères-ambulances et transférés à l’Hôpital de Palerme.

Depuis, les sept Tunisiens accusés de favoriser l’immigration clandestine clament leur innocence. Durant le procès, qui s’est ouvert le 22 août, malgré différents témoignages de migrants et demandeurs d’asile en faveur des accusés, le parquet n’a pas faibli et est resté sur sa position : les sept pêcheurs sont en réalité des passeurs.

« Ce procès est une mise en accusation du droit maritime international lui-même »

Pour les organisations humanitaires comme le Réseau euro méditerranéen des droits de l’Homme (REMDH), cette affaire n’est pas un cas isolé et met en évidence la politique européenne vis-à-vis des migrants et des réfugiés. Il semble que la justice italienne souhaite, à travers cet exemple, dissuader les migrants ainsi que les pêcheurs de secourir ou débarquer des clandestins sur les côtes européennes. Dans un communiqué, le REMDH affirme qu’en plus de l’acharnement dont les autorités italiennes font preuve, « il existe aujourd’hui un manque de clarté juridique quant aux responsabilités des Etats en matière d’accueil et de prise en charge des migrants et demandeurs d’asile secourus en mer ».

Le Réseau alerte également sur un autre point. Les pêcheurs auraient reçu différents ordres des autorités italiennes les sommant de débarquer non pas sur les côtes siciliennes mais en Tunisie. Pour Kamel Jendoubi, Président du REMDH, si cette affirmation est vérifiée, l’Italie serait en violation totale du droit International car les ordres auraient été donnés « sans que les autorités italiennes n’aient vérifié si les occupants du bateau de pêche étaient ou non demandeurs d’asile ». Pour la député française, Hélène Flautre, « ce procès est une mise en accusation du droit maritime international lui-même » qui pose le principe du secours en mer. Elle estime que si les 7 hommes sont reconnus coupables, il s’agirait d’un « grave précédent » qui conduirait « tout bateau en Méditerranée à y regarder à deux fois avant de sauver des vies en mer ».