Inégalité hommes-femmes en Côte d’Ivoire : un écart faramineux !

Malgré toutes les belles déclarations, les chiffres sont désastreux en Côte d’Ivoire. L’inégalité hommes-femmes est très importante. La Côte d’Ivoire est en rouge dans tous les classements relatifs au genre.

Dans son article, Goli Laeticia Carelle, met en avant le poids des hommes depuis le père, jusqu’au mari, au juge, au politicien, au législateur. L’auteure souligne ensuite que la faute des inégalités est loin de revenir aux seuls hommes. Les femmes sont aussi responsables. Certaines sont tout simplement gardiennes des inégalités par tradition ; d’autres ayant réussi préfèrent faire cavalier seul plutôt que de penser à leurs jeunes sœurs. Les écarts importants auront longue vie si la situation demeure…

A l’heure où les gouvernements de la planète entendent franchir le pas pour une « planète 50 /50 », l’Afrique semble être restée un continent qui exclut les femmes des grandes instances et des postes de hautes responsabilités. En effet, le « phénomène social que constitue la position de la femme dans la société y est encore plus net avec une touche marquée d’injustice criante », affirme en 1979 Jeanne GERVAIS, première femme Ministre de Côte d’Ivoire.

Trois décennies après, la Côte d’Ivoire figure au bas de l’échelle des indicateurs internationaux concernant l’équité du genre ; 136e sur 144 pays dans le monde dans le classement du World Economic Forum ; 43e sur 52 pays africains selon la Banque africaine de Développement et 171e sur 188 pays pour les Nations-Unies. Des chiffres alarmants, quoiqu’il existe un arsenal juridique favorable à l’égalité des genres. Qui en est responsable ?

L’homme mari

Sur le chemin de leur émancipation, les femmes rencontrent les hommes. Parmi eux l’homme-mari à qui il revient respect et pouvoir. À lui acquis, la femme-épouse reléguée aux tâches domestiques sur qui il détient une autorité absolue résidu de son éducation. L’homme-mari nourrit la peur de voir son épouse lui échapper. Accepter son ascension professionnelle, c’est perdre la mainmise sur celle sur qui il détient des droits légitimes. Il faut donc l’amener à choisir. Ainsi, sous la pression de la vie conjugale, certaines abandonnent l’idée d’avoir une carrière trop prenante et restent soit hors du circuit professionnel, soit sans progresser. Il est difficile de trouver un équilibre. En Afrique, les femmes consacrent en moyenne 4h05 minutes par jour aux tâches domestiques, contre 1h30 minutes pour les hommes.

L’homme père

La division sexuelle du travail commence très tôt, les filles sont formées à être des épouses (apprendre les tâches ménagères, s’occuper des enfants, etc.). Apparait au sommet de ce processus de conditionnement, l’homme-père, plus regardant sur l’éducation scolaire du garçon que celle de la fille. La scolarité des filles est d’ailleurs un processus enclenché tardivement et plus difficilement que celui des garçons. Ce qui réduit leurs chances de plus tard pouvoir prétendre à de hauts postes.

La conséquence est directe, dans les conseils d’administration des 25 plus grandes capitalisations africaines (hors Afrique du Sud), un membre sur 10 seulement est une femme. Pis, 11 de ces groupes ne comptent pas la moindre représentante féminine. Une femme salariée sur 26 occupe un poste de direction, contre un homme sur 5 (Banque mondiale 2010).

L’homme politique

Au sommet de l’Etat, le constat est le même, l’homme-politique et ses pairs, écartent les femmes du pouvoir central en gardant la majorité numérique (la Côte d’Ivoire compte 9 femmes ministres sur 36), et la souveraineté politique. Il bloque consciemment la promotion et l’accès des femmes aux postes de responsabilités, leur abandonnant des ministères similaires aux tâches féminines (éducation, santé, environnement…) Générations après générations les femmes se heurtent à l’éternel « plafond de verre ». Notion apparue aux Etats-Unis dans les années 1970, elle désigne l’inaccessibilité dans une structure hiérarchique, de certaines catégories de personnes d’un niveau de pouvoir, de rémunération ou de hiérarchie auquel elles pourraient prétendre. Un plafond toujours incassable pour les femmes politiques ivoiriennes.

L’homme législateur et l’homme juge

Pourtant juridiquement, l’intégration politique et sociale de la femme ivoirienne est garantie au travers d’instruments puissants tels que la Constitution et les traités internationaux. Mais l’homme-législateur dominant (226 hommes sur 255 députés) ne favorise pas la mise en place des lois effectives en ce sens. D’ailleurs ce n’est que très récemment en 2015 avec la réforme du code du travail, qu’il définissait expressément le harcèlement sexuel au travail. Une pratique répandue dans la société ivoirienne et néfaste à l’avancée professionnelle des femmes.

A côté du législateur, l’homme-juge ne témoigne pas d’assez de zèle pour faire respecter les droits des femmes et ne les protège pas des abus et dépassements des hommes. Le harcèlement sexuel par exemple fait très peu l’objet de rapports et de poursuites judiciaires. Rares sont les cas ayant aboutis, de ce fait l’ampleur du phénomène est généralement sous-estimée.

Quand les femmes en rajoutent elles-mêmes

S’il est indéniable que l’on vive dans une société au patriarcat exacerbé, il serait inadéquat de réduire les obstacles liés à l’insertion de la femme aux seuls agissements masculins. Cela rendrait cette analyse bancale. Car, dans leur ascension, les femmes se heurtent aussi à d’autres femmes. En tête de file, leurs mères. Celles-ci, premières enseignantes et gardiennes des valeurs sociales spirituelles et familiales, qu’elles s’évertuent à transmettre, conscientes ou non de leurs impacts négatifs mais résignées. En effet, perpétuer les choses provoque toujours moins de heurts que vouloir de les changer. Une raison qui fait perdurer notre société machiste, c’est bien que les femmes elles-mêmes contribuent à transmettre ces valeurs où la femme est par définition dominée.

En outre le combat des femmes est terni par une catégorie de femmes opportunistes qui usent de subterfuges afin de gravir les échelons parce que sous-qualifiées. Leurs pratiques retardent les plus méritantes, jettent un discrédit sur celles-ci et encouragent les hommes véreux dans leurs pratiques malsaines. Malheureusement elles sont nombreuses. Et servent souvent de modèles de réussite aux plus jeunes.

Certaines autres lorsqu’elles émergent ne consentent pas grand effort envers leurs consœurs, car les jeunes femmes doivent être aidées par les femmes qui ont réussi, afin de marcher dans leurs pas et d’atteindre plus rapidement leurs objectifs.

Il reste encore une catégorie de femmes qui acceptent de rester dans l’ombre des hommes. Sans envie de se démarquer, n’y de s’imposer, refusant ainsi d’échapper à ce qui leur est tracé comme destin… Ce sont des femmes qui ne veulent pas reconnaitre l’existence du problème féminin. Car le reconnaitre les obligerait à se déterminer.

Favoriser l’accès des femmes aux plus hautes responsabilités passera obligatoirement par un changement des mentalités et des cultures aussi bien chez les hommes que les femmes, et l’érection d’une nouvelle forme d’éducation émancipant les filles des pesanteurs patriarcales. Un travail de base qui doit être accompagné par le changement de règles incitant les hommes politiciens, juges, hommes d’affaires à donner à la femme sa juste place dans la société. C’est à cette condition que la parité politiquement formalisée deviendra de fait réellement appliquée.

Goli Laeticia Carelle, diplômée de droit public, Université Catholique de l’Afrique de l’Ouest