Incendies meurtriers de Paris : réactions des associations aux déclarations des politiques

Après l’incendie meurtrier qui a fait 17 morts, dans la nuit de jeudi à vendredi dans le XIIIe arrondissement de Paris, plusieurs personnalités politiques françaises ont délivré les solutions qu’elles estiment nécessaires pour éviter ce type de catastrophe. Des associations travaillant sur le terrain donnent leur point de vue sur ces propositions.

Dix-sept morts, dont 14 enfants. Après ce triste bilan, causé dans la nuit de jeudi à vendredi par un incendie dans le XIIIe arrondissement de Paris, les déclarations des personnalités politiques ont afflué. Elles demandent notamment le recensement des logements insalubres et la construction de nouvelles habitations. Mais cela sera suffisant-il pour éviter l’incendie de vendredi dernier ? Une catastrophe identique avait déjà tué 24 personnes en avril dernier dans le IXe arrondissement de la capitale française. Des promesses avaient alors été faites, mais, selon certaines associations, rien n’a bougé. Comment réagissent-elles aux présentes déclarations ? Beaucoup espèrent des mesures rapides et adaptées, ainsi que la fin de la stigmatisation des sans-papiers. Une allusion à la déclaration du ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy, qui a déclaré, selon les propos rapportés par le quotidien Le Monde : « La difficulté, c’est que tout un tas de gens, qui n’ont pas de papiers pour certains, s’amassent à Paris, et qu’il n’y a pas de conditions pour les loger ».

– Patrick Mony, Groupe d’information et de soutien des immigrés
« Combien de morts faudra-t-il pour qu’il y ait un sursaut politique ? »

« Dans notre communiqué, nous avons surtout réagi contre les propos de M. Sarkozy, car il a franchi un pas dans l’obscénité. Car la seule chose qui le préoccupe, c’est la lutte contre les sans-papiers. Sans pudeur, il ne respecte même pas les familles des victimes. Il responsabilise les sans-papiers alors que, dans cette affaire, il n’y en a pas. Le problème du logement n’est pas un problème de sans-papiers, mais de déficit politique dans ce domaine depuis plusieurs décennies. Notamment en ce qui concerne la baisse de la promotion du logement social. J’aimerai bien voir M. Sarkozy construire un HLM dans sa ville de Neuilly ! On sait qu’il y a des milliers de logements insalubres, où des familles sont intoxiquées au plomb. Ce mal touche surtout les enfants, en leur laissant des séquelles irréversibles et en les handicapant. On sait que des familles sont en danger, mais il n’y a pas de politique de logement. Je ne sais pas combien il faudra de morts pour qu’il y ait un sursaut politique. Les discours et les idées de suffisent pas. Il faut une volonté politique, des moyens financiers, mais aussi juridiques. Car il est aberrant que l’on mette des gens à la rue l’été parce qu’ils ne peuvent pas payer leur loyer. Il ne faut pas s’étonner qu’ensuite, parce qu’ils n’ont pas de solution alternative, ils s’entassent dans des lieux insalubres, avec le risque d’une catastrophe. Par ailleurs, il faut lutter contre les discriminations permanentes contre les populations immigrées, issues de l’immigration, d’origine étrangère, voire étrangères. Les plus grandes associations de logement dénoncent cette pratique, qui est aussi bien le fait des HLM, des organismes privés, que des collectivités locales. Et il faut que les victimes aient le moyen de se défendre et d’attaquer ceux qui les discriminent. »

 Guy Freyche, Comité des sans logis – Relais logement
« La proposition de Bertrand Delanoë est très intéressante »

« L’association est peu interloquée par l’incendie qui a touché le bâtiment pris en charge par l’Etat, la mairie et Emmaüs (association). Nous ne savons pas si c’est un incendie volontaire, mais je me suis rendu sur les lieux avant le drame et l’immeuble était dans un état extrêmement vétuste. On pouvait donc s’attendre à cet incendie. Nous estimons que le projet du maire de Paris (Bertrand Delanoë, ndlr) de mettre en place une commission pour mettre en place un plan d’urgence (destiné à recenser et remettre en état les logements insalubres et loger les familles dans des hébergements adéquats) est une idée très intéressante. D’autant plus qu’elle devrait réunir les pouvoirs publics et les associations, qui cette fois ne seront pas laissées de côté. Cette idée aura un véritable impact si elle est créée rapidement et qu’elle n’est pas bidon. Je connais un peu Bertrand Delanoë et je pense qu’il y avait une dose de sincérité réelle dans son discours. Mais il faut qu’il soit appliqué vite et de façon concrète. Car nous sommes pris à la gorge. Il n’y a pas assez de place à Paris, et certains ne veulent pas vivre en banlieue, ce qui est un autre problème. Il faut par ailleurs protéger les Africains, car depuis cinq ans, ce sont toujours eux qui morflent dans les incendies. Ce n’est pas la flamme qui est raciste, mais le racisme est la cause de la flamme. »

– Micheline Unger, Droit au logement
« Stigmatiser les sans-papiers est un raccourci pour ne pas traiter les vrais problèmes »

« En s’attaquant aux sans-papiers, Nicolas Sarkozy raccourcit le problème et stigmatise les populations avec ou sans papiers. La vérité, c’est qu’il y a des populations, pour la plupart immigrées, qui se trouvent dans des endroits insalubres parce qu’elles gagnent un bas salaire ou qu’elles souffrent de la discrimination à l’emploi. Le raccourci de Nicolas Sarkozy, qui intervient alors que la douleur des familles est encore vive, ne change pas la donne : les populations immigrées ou sans papiers qui vivent dans des lieux insalubres sont des êtres humains, qui pour les trois-quarts travaillent. Mais elles ne sont pas respectées et traitées dignement. Beaucoup de familles que nous connaissons qui ont des papiers vivent dans des logements indignes. Si Nicolas Sarkozy s’en prend aux sans-papiers, c’est pour se protéger et ne pas régler les vrais problèmes. »

– Alain Bosc, Cimade (qui s’occupe des sans-papiers)
« La stigmatisation des étrangers peut entraîner la xénophobie et le racisme »

« Ce n’est pas la première fois que Nicolas Sarkozy met en cause les sans-papiers. Nous avons dénoncé à plusieurs reprises la stigmatisation des étrangers par le gouvernement, et plus particulièrement par Nicolas Sarkozy : il est dangereux de manier des concepts qui désignent les étrangers comme potentiellement à risque, car cela peut nourrir des sentiments de xénophobie et de racisme. L’incendie dramatique qui s’est produit est la conséquence de la précarité dans laquelle sont maintenus les étrangers et de la politique de logement qui met aussi bien en danger les étrangers que les Français qui vivent dans une situation précaire. »

– Christian Laruelle, Association service social familial et migrants
« Il faut construire de nouveaux logements et aussi lutter contre la discrimination »

« Vouloir supprimer les taudis et faire en sorte que les gens soient relogés décemment, ce n’est que du bon sens. Il faut améliorer les logements existants et en créer de nouveaux. Mais dans le domaine du logement, il y a deux paramètres à prendre en compte : la pénurie, surtout à Paris et en région parisienne, et la discrimination. Nous sommes bien placés pour voir que les immigrés, comme certains Français de souche, ont beaucoup de mal à se loger ou se reloger. Cette situation s’amplifie en ce qui concerne les immigrés. Je ne sais pas si les déclarations des politiques vont être vraiment appliquées, je le souhaite pour que cela ne reste pas un effet d’annonce. »

– Pierre Henry, France terre d’asile
La politique de Nicolas Sarkozy pousse les migrants à venir à Paris

« Nicolas Sarkozy a perdu une bonne occasion de se taire, d’autant plus que cette déclaration intervient dans un moment difficile pour les familles de victimes. Car, après l’incendie de l’hôtel Paris Opéra, un recensement des immeubles et des hôtels insalubres avait déjà été demandé. En ce qui concerne les sans-papiers qui « s’entassent » à Paris, la plupart des personnes qui logeaient dans l’immeuble qui a brûlé étaient en règle. Selon certains, quelques victimes étaient même des binationaux franco-maliens. Pour le reste, Nicolas Sarkozy est le promoteur d’une politique qui pousse les immigrés du pays à venir sur Paris : depuis quatre mois, il manque de crédits dans certains départements (notamment à l’Ouest) pour l’hébergement. Faute de crédits, les préfets ont interrompu tout hébergement pour les nouveaux arrivants. Ces gens, parfois victimes de discrimination, étaient alors ballottés de département en département sans pouvoir trouver de solution. Ils se rendent donc à Paris en espérant que leur problème sera réglé. C’est la politique de Sarkozy qui concentre les gens dans la capitale, elle-même saturée. Or, en tant que ministre de l’Intérieur mais aussi de l’aménagement du territoire, il devrait avoir une vision globale de ce qui se passe sur le territoire. »

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