Inauguration du musée des Arts premiers quai Branly à Paris

Jacques Chirac a inauguré, ce mardi à Paris, le musée des arts premiers du quai Branly. Après cinq ans de laborieux travaux, le bâtiment, conçu par Jean Nouvel, va exposer une collection de 300 000 objets d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et d’Amérique. Il a pour vocation de promouvoir le dialogue des cultures. L’ouverture au public est prévue vendredi.

Par Louise Simondet

A chaque Président son musée… George Pompidou avait voulu Beaubourg, Giscard d’Estaing, le musée d’Orsay et François Mitterrand sa pyramide du Louvre… Aujourd’hui, Jacques Chirac a « son » musée du Quai Branly. Donner « leur juste place » aux arts premiers dans les musées français, tel est le souhait du Président français. C’est maintenant chose faite. Au terme de 5 ans d’un monumental chantier, le ruban a été coupé ce mardi matin au Quai Branly. Accompagné d’une centaine de personnalités, le Président de la République a commencé sa visite et déambulé à travers les nombreuses salles qui composent le bâtiment. Kofi Hannan, le secrétaire générale de l’ONU, Rigoberta Menchu, le prix Nobel de la paix guatémaltèque (1992), Dominique de Villepin, Lionnel Jospin ou encore Jean-Pierre Raffarin avaient fait le déplacement pour cette cérémonie d’ouverture. Dédié au arts et civilisations d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques, ce musée représente pour Jacques Chirac une véritable fierté personnelle.

« Le musée du quai Branly, d’une certaine façon, c’est aussi la reconnaissance de la diversité culturelle, de ce qu’elle apporte au monde d’aujourd’hui et de ce en quoi elle est nécessaire, ne serait-ce que pour le respect de l’homme et pour la paix », a-t-il souligné. Ce temple de la culture a été pensé et réalisé par l’architecte Jean Nouvel, qui a voulu créer « un territoire avant de faire un bâtiment, un territoire de découverte où l’on suit un chemin initiatique. » Dissimulé à la vue par une végétation dense, protégé du bruit des quais par une palissade de verre, sa façade ne s’offre que progressivement au visiteur. A quelques pas de la Tour Eiffel, bordant la Seine, le nouveau musée se dresse, imposant. Le bâtiment, long de 220 mètres, est posé sur pilotis, à 10 mètres au-dessus du sol. Il surplombe un jardin qui s’étend sur 1,8 hectare. Cette antre culturelle expose 3 500 objets d’une collection qui en comprend 300 000. Une dizaine d’expositions temporaires permettront au public de découvrir d’autres œuvres, issues pour la quasi-totalité du musée de l’Homme et de l’Ancien musée des arts d’Afrique et d’Océanie.

L’Afrique à portée du regard

A l’intérieur, une ambiance tamisée vous plonge dans l’univers des arts primitifs venus des quatre coins du monde. Un parcours de rencontres avec des civilisations et des cultures trop souvent mises de côté. Masques et tapas (étoffes végétales) en Océanie, costumes d’Asie, instruments de musiques ou textiles pour l’Afrique, autant d’œuvres qui éveillent l’œil et attisent la réflexion. « Le musée sera un lieu de passage entre les cultures, entre les civilisations, entre les hommes », explique Jacques Chirac. Le lieu, si particulier, carrefour des civilisations, espère accueillir un million de personnes par an.

« Le musée du Quai Branly va contribuer à valoriser les œuvres africaines », note le sculpteur sénégalais Ousmane Show. La collection africaine comprend une large diversité d’objets, l’un des plus importants fonds d’art africain du monde. Sur les 300 000 objets, plus de 70 000 objets proviennent du Maghreb, d’Afrique subsaharienne, de Madagascar et sont ainsi exposés. L’exposition propose deux parcours sur près de 1 200 m2 : le premier, géographique, invite à voyager à travers l’Afrique et le deuxième, thématique, permet de découvrir des œuvres et de les envisager selon leurs usages et leurs techniques de réalisation. Les collections d’Afrique subsaharienne sont essentiellement constituées par des objets venues du Mali, de Côte d’Ivoire, du Nigeria, du Gabon, du Congo et du Niger.

La collection léguée par Pierre Harter, médecin et grand spécialiste des arts du Cameroun, occupe une place privilégiée dans ce lieu. Elle constitue une précieuse contribution au patrimoine du musée. Ce legs comporte une cinquantaine de masques et de sculptures et un espace lui a été spécialement dédié à l’intérieur du musée. Ousmane Sow précise : « La présence de ces œuvres dans cet espace fera comprendre aux personnes des autres continents que l’Afrique a fait un travail remarquable dans le domaine de la culture. »

Une naissance difficile

Mais pour pouvoir contempler toutes ces œuvres, il aura fallu tout l’acharnement du Président. La création du musée a pris du temps. Partie d’une rencontre en 1992 entre Jacques Chirac, alors maire de Paris, avec le marchand d’art Jean Kerbache, passionné, comme lui, d’arts lointains. Tous deux mûrissent l’idée de créer un musée pour les arts premiers. Ebauche. Chirac devient Président en 1995 et décide un an plus tard de lancer ce projet qui lui tient particulièrement à cœur. Une commission de réflexion est alors ouverte sur la place des arts primitifs. Il est décidé que les collections qui alimenteront ce nouveau musée proviendront des fonds du musée de l’Homme et de celui du musée des Arts d’Afrique, d’Amérique et d’Océanie (MAAO). Une initiative qui ne plaît guère aux musées concernés.

Un an plus tard : première polémique. Le chef de l’Etat annonce la création d’un « Musée des arts et des civilisations », ainsi que l’ouverture au Louvre de salles comportant des objets d’Afrique, d’Océanie, d’Amérique, et d’Asie. La colère des hommes des musées n’est rien comparée à celle des scientifiques, qui désapprouvent fortement le pillage du Musée de l’homme, un endroit scientifique, au profit d’une institution artistique. Mais le projet continue de prendre forme. En 1998, Jacques Chirac choisit le terrain d’emplacement de son futur musée et se décide pour le Quai Branly. Mais les problèmes sont loin d’être terminés… En 2002, les travaux sont retardés suite à la découverte sur le chantier d’une pirogue, creusée dans un tronc de chêne et datant de l’Antiquité. Des fouilles archéologiques sont entreprises sur le site… En 2005, le bâtiment est achevé. Un projet qui a surmonté bien des aléas et des tempêtes. « Le musée du Président » aura coûté 235,2 millions d’euros, c’est-à-dire 7% de plus que le budget initial. Oublié tous ces déboires, vendredi prochain, tout ce travail sera récompensé. Le Musée du Quai Branly ouvre enfin ses portes au public…

Lire le discours inauguratif de Jacques Chirac

Visiter le site du musée du quai Branly

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